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Hugo Chávez, Dix Ans de Pouvoir

Kevin Casas-Zamora

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2009-02-12

SAN JOSE – Cela aurait du éveiller quelques soupçons quand, lors de l’investiture du président Hugo Chávez, le 2 février 1999, il a prêté serment sur la Constitution quarantenaire du Vénézuéla, en la certifiant “moribonde.”

Sous cette Constitution aux dernières affres, telle qu’elle nous était révélée, le Vénézuéla n’avait pas seulement connu huit paisibles transitions présidentielles, mais il avait également joui des fruits du pluralisme démocratique et de solides libertés publiques et politiques. Bien sûr, au cours de cette période, la corruption et les conduites irresponsables avaient proliféré autant que les barils de pétrole. En attendant, le Vénézuéla faisait beaucoup mieux que n’importe lequel des pays d’Amérique latine. Ce n’était pas la Suisse, mais pour quiconque, c’était une authentique démocratie.

On ne peut plus en dire autant aujourd’hui. Des élections ont toujours lieu, mais le legs des dix ans de pouvoir de Chávez est fait, d’abord et avant tout, de l’anéantissement des institutions démocratiques. Elu à une majorité écrasante pour laver de ses vices le système politique auquel il a succédé, Chávez a choisi de jeter le bébé avec l’eau du bain. Le régime précédent a bel et bien disparu, avec sa balance des pouvoirs et ses traditions de tolérance, mais ses vices – en particulier les dessous de table et le clientélisme – n’ont fait que s’aggraver. Un peu comme il y a 10 ans, le Vénézuéla, qui pouvait s’enorgueillir d’être une destination privilégiée pour les immigrants du monde entier, stagne dans le sous-développement.

Plus fondamentalement, Chávez incarne des idées qui ne font qu’étouffer l’évolution politique et économique de l’Amérique latine depuis toujours, dont celle qui veut que la justice sociale ne s’obtient qu’en se détournant des réformes et en rejetant les formes démocratiques “bourgeoises” pour une “vraie” démocratie, née de la pureté révolutionnaire et des rêves millénaristes du leader. C’est faux, tout simplement. La révolution Chávez a sans doute fait reculer la pauvreté et les inégalités, mais elle est tout sauf viable et elle a des relents de patronage.

En fait, les mêmes progrès ont été accompli au Chili et au Brésil, sans qu’ils aient eu besoin de tourner le dos aux contrepouvoirs de la démocratie, au pluralisme politique ou à la liberté de la presse et sans disposer de 300 milliards de dollars de revenus pétroliers en l’espace d’une décennie. Par ailleurs, il ne faudrait pas oublier qu’entre 1950 et 1980, le Vénézuéla lui-même avait réduit l’extrême pauvreté de la population de 43% à 8%, un des taux les plus bas en Amérique latine. Et il l’a fait dans la démocratie et la liberté.

Chávez répète aussi, ad nauseam, que si l’Amérique latine va mal, c’est à cause des autres. C’est le mythe pernicieux de la victimisation, toujours en vogue dans les universités de toute l’Amérique latine et contre quoi Carlos Rangel, le regretté journaliste vénézuélien, avait prononcé un éloquent réquisitoire dans des livres tels que L'Occident et le tiers-monde.

Il est évident que l’on ne peut incriminer l’impérialisme yankee pour la fiscalité squelettique, les écoles lamentables, la corruption rampante, la forte délinquance et la faiblesse des institutions politiques du Vénézuéla. Dans tous ces domaines, le Vénézuéla est loin de briller, même au regard des modestes normes latino-américaines, surtout en ce qui concerne sa faiblesse institutionnelle. Quand Chávez qualifie une constitution légitime de “moribonde,” ou quand il déclare l’état c’est moi en décrétant un jour férié obligatoire pour célébrer ses dix ans de pouvoir, ce que l’on voit, ce sont des illustrations d’une mascarade institutionnelle mal ficelée qui condamnerait n’importe quel pays au neuvième cercle de l'enfer.

Aucune de ces idées ne pourrait pavoiser une nation satisfaite, bien entendu. De ce point de vue, l’expérience vénézuélienne est emblématique de l’Amérique latine dans son ensemble. Cet assemblage de croissance économique (actuellement en régression à cause de la crise mondiale), d’inégalités épouvantables et de segmentation sociologique continuera à alimenter les mêmes espoirs déçus et la même frustration sociale qui ont donné à Chávez l’accès au pouvoir.

Tant que les démocraties latino-américaines ne prendront pas au sérieux le devoir qu’elles ont de réduire les inégalités, de développer les chances et de faire éclore des sociétés en leur assurant davantage de cohésion, elles continueront à s’attirer des désastres. Pour éviter cette issue, il est crucial de se débarrasser de certaines croyances réactionnaires et lénifiantes, y compris celles qui prônent que la réduction de la pauvreté dispense de s’occuper des inégalités, ou que le développement est possible sans le recours à des fiscalités modernes et évolutives.

Si le dixième anniversaire du mandat de Chávez peut servir de rappel des périls qui guettent les démocraties injustes – surtout à la veille d’un nouveau cycle électoral latino-américain – alors le Vénézuéla pourrait, du moins, expier sa pénible histoire récente.

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AUTHOR INFO

Kevin Casas-Zamora, Costa Rica’s Vice-President and Minister of National Planning and Economic Policy 2006-2007, is a Senior Fellow in Foreign Policy at The Brookings Institution, Washington, DC.