Friday, August 29, 2014
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Le FMI évitera-t-il une crise mondiale ?

Lorsque les responsables de la finance mondiale vont se rencontrer ce mois-ci à Singapour dans le cadre des assemblées annuelles Banque mondiale-Fond monétaire international (FMI), ils seront confrontés à une question particulièrement importante : comment persuader les principaux membres du FMI, notamment les USA et la Chine, de désamorcer les risques posés par les déséquilibres commerciaux gigantesques que l'on observe au niveau mondial ?

Cette année, les USA emprunteront 800 milliards de dollars pour financer leur déficit commercial. Aussi incroyable que cela paraisse, les USA absorbent sensiblement les deux tiers des économies nettes réalisées au niveau mondial, une situation sans précédent.

Peut-être cette frénésie d'emprunt va-t-elle se calmer peu à peu, ainsi que le président de la Réserve américaine, Ben Bernanke, le croit. Néanmoins, la plupart des responsables financiers de la planète s'inquiètent à juste titre d'un réajustement précipité qui déclencherait une dépréciation massive du dollar et peut-être pire. Si les décideurs politiques continuent à rester les bras croisés, il n'est pas difficile d'imaginer une récession brutale au niveau mondial, ou même une crise financière dévastatrice.

Bernanke a sans doute raison de penser qu'une diminution progressive des emprunts est l'évolution la plus probable. Mais le bon sens suggère d'adopter quelques mesures prophylactiques, même si cela signifie que les USA, la Chine et d'autres responsables majeurs des déséquilibres commerciaux au niveau international devront en avaler la pilule. Malheureusement, il n'est pas facile d'amener les grands pays à s'intéresser véritablement à autre chose qu'à leurs impératifs de politique intérieure.

Même si la comparaison n'est pas tout à fait juste, souvenons-nous de la vieille blague au sujet de l'ONU, organisation proche du FMI : "Quand il y a un conflit entre deux petits pays, l'ONU intervient et le conflit disparaît. Quand il y a un conflit entre un petit pays et un grand pays, l'ONU intervient et le petit pays disparaît. Quand c'est entre deux grands pays, l'ONU qui disparaît."

Heureusement, le FMI n'en est pas encore à se cacher, même si certains grands acteurs n'apprécient nullement ce qu'il a à dire. Le directeur général du FMI, l'Espagnol Rodrigo Rato, insiste à juste titre pour que la Chine, les USA, le Japon, l'Europe et les principaux pays exportateurs de pétrole (aujourd'hui la principale source de revenu) prennent des mesures concrètes pour diminuer les risques de crise.

Même si les détails précis n'en sont pas encore fixés, ces mesures pourraient inclure une plus grande flexibilité du taux de change de la devise chinoise et peut-être un engagement des USA en ce qui concerne une plus grande modération budgétaire. Les pays exportateurs de pétrole devraient s'engager à augmenter leur consommation intérieure pour favoriser les importations. Sorti de la période déflationniste, le Japon devrait promettre de ne plus intervenir massivement pour empêcher l'appréciation de sa devise. Quant à l'Europe, elle devrait accepter de ne pas mettre en danger son redressement économique en instaurant de nouveaux impôts à un moment innapproprié, comme l'Allemagne envisage de le faire.

Le FMI réussira-t-il à forger un accord ? Le récent échec catastrophique des négociations sur le commerce mondial n'est pas un signe encourageant. L'Europe, le Japon et (à un bien moindre degré) les USA n'ont tout simplement pas voulu déplaire à leurs lobbies agricoles, puissants malgré leur petite taille. Le résultat tragique en est que certains des pays les plus pauvres de la planète ne peuvent exporter leurs produits agricoles, alors que c'est l'un des rares secteurs dans lesquels ils peuvent espérer concurrencer la Chine et l'Inde.

Heureusement pour Rato, corriger les déséquilibres commerciaux internationaux peut être gagnant-gagnant, les mesures pour y parvenir aidant chaque pays concerné à résoudre ses problèmes économiques. Ainsi, réévaluer sa devise permettrait à la Chine de limiter la frénésie d'investissement dans le secteur des exportations, ce qui diminuerait les risques d'une crise analogue à celle des années 1990. De même, une forte augmentation de la fiscalité sur le pétrole et les autres sources d'énergie fossiles permettrait aux USA non seulement de redresser leur déficit budgétaire, mais de faire un premier pas pour réagir face au réchauffement planétaire. Quelle meilleure entrée en scène pour le nouveau secrétaire au Trésor américain, Hank Paulson, un environnementaliste affiché ?

Quant aux technocrates de la Banque du Japon, ils réalisent sûrement qu'ils seraient beaucoup plus efficaces dans la gestion de l'économie s'ils s'engageaient à renoncer totalement à des interventions anachroniques sur le taux de change, au profit de techniques plus modernes visant les taux d'intérêt - à l'instar de la Réserve fédérale américaine ou de la Banque centrale européenne.

L'Europe étant dans la phase de redressement de son cycle économique, les rentrées fiscales devraient bientôt croître sans avoir besoin d'augmenter les taux d'imposition. Dans ces conditions, pourquoi risquer d'étrangler l'amorce de redémarrage ? L'Arabie saoudite, avec ses revenus pétroliers à la hausse, est bien placée pour renforcer son image de pilier de la stabilité financière internationale.

Si les emprunts américains d'ampleur colossale finissent dans les larmes et si les principaux dirigeants politiques de la planète n'aident pas le FMI à faire ce qu'il faut, l'Histoire ne fera pas preuve de tendresse à leur égard, ils seront blâmés pour ne pas avoir vu venir une catastrophe annoncée. Espérons que seules disparaissent de la scène internationale les énormes déséquilibres commerciaux, mais pas les dirigeants et les institutions supposés y remédier.

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