Au cours des vingt-cinq dernières années, la croissance économique mondiale s’est envolée. Pourtant, l’Afrique est toujours en perte de vitesse. Entre 1980 et 2000, la part du continent dans les exportations mondiales est passée de 4,6 % à 1,8 %, et sa part dans les importations de 3,6 % à 1,6 %.
La part de l’Afrique dans les flux mondiaux d’investissements étrangers directs (IED) a également chuté, de 1,8 % pour la période 1986-90 à 0,8 % pour la période 1999-2000. Les associations économiques régionales, comme le Marché commun d’Afrique orientale et australe (COMESA) et la Communauté pour le développement de l’Afrique australe (CDAA), peuvent-elles encourager le commerce et la croissance ?
Les flux commerciaux en Afrique australe sont passés de 131,1 milliards de dollars en 2002 à 112,3 milliards de dollars en 2003. L’Afrique du Sud – l’un des trois seuls pays de la région ayant enregistré un excédent de la balance courante – représentait 65 % du total. Si le commerce extérieur de l’Afrique du Sud a pratiquement doublé entre 1994 et 2002, les exportations du Malawi vers la Tanzanie ou du Mozambique vers la Zambie sont restées négligeables, en dépit de la proximité géographique.
La faiblesse du commerce intrarégional, malgré la CDAA et le COMESA, est le résultat de divers facteurs, dont un éventail de barrières non tarifaires : essentiellement des problèmes de communication et de transport, des procédures et des droits de douane, et le manque d’informations sur les marchés. En outre, par le passé, les pays du Sud de l’Afrique avaient pris le parti du protectionnisme et de la substitution aux importations. Suivant l’argumentation d’une “ économie naissante ”, des exportations majeures étaient limitées et des obstacles juridiques étaient mis en place pour empêcher toute participation étrangère au développement des ressources naturelles, ainsi que des services notamment financiers, ce qui entravait d’autant plus l’intégration régionale.
Aujourd’hui les pays du Sud de l’Afrique se sont engagés à renforcer leur intégration régionale par le biais d’une harmonisation économique. Le plan régional adopté par la CDAA en août 2003 dans la capitale tanzanienne, Dar Es-Salaam, met l’accent sur la promotion du commerce, la libéralisation économique et le développement comme moyen de faciliter l’établissement d’un marché commun de la CDAA. Il faut pour cela achever la formation d’une zone de libre-échange, avec une libéralisation prévue de 85 % du commerce CDAA en 2008, et 100 % en 2012.
La mise en place d’un marché commun, avec harmonisation des politiques pour la libre circulation des facteurs de production, devrait favoriser la compétitivité, le développement industriel et la productivité. Cependant, les protocoles et les traités politiques ne suffisent pas pour stimuler l’intégration. L’obstacle majeur est la grande diversité de la région du point de vue du développement économique et institutionnel. Le plan régional de la CDAA fixe un calendrier pour la mise en œuvre des politiques sur les quinze années à venir, en tenant compte de ces contraintes. Il est axé sur les politiques macroéconomiques, les problèmes de dette et la création d’une stabilité et d’une sécurité favorables aux investissements.
L’harmonisation des politiques macroéconomiques est indispensable pour faire en sorte que les changements survenus dans un pays membre de la CDAA n’aient pas de répercussions négatives pour l’activité économique d’autres pays. Le nouveau plan demande à tous les Etats membres d’harmoniser leurs politiques économiques, fiscales et monétaires, en commençant par la convertibilité des devises, puis l’unification des taux de change, pour finir par une monnaie unique. Plusieurs devises sont parvenues à une certaine convertibilité régionale, ce qui devrait encourager l’harmonisation monétaire et promouvoir le commerce intrarégional, à mesure que les flux commerciaux s’éloignent des partenaires exigeant un paiement dans une monnaie différente.
Une forme d’harmonisation monétaire existe déjà en Afrique australe entre l’Afrique du Sud et le Lesotho, la Namibie et le Swaziland, dont les monnaies s’échangent au même niveau que le rand sud-africain. La Reserve Bank of South Africa met en œuvre sa politique monétaire après consultation des banques centrales des autres pays. Malgré des politiques monétaires restrictives et la régulation des changes, ce dispositif a permis de développer le commerce et l’investissement tout en réduisant l’endettement intrarégional.
Mais la dette demeure un problème inquiétant pour l’Afrique australe dans son ensemble. La dette extérieure globale de la région s’élevait à 75,6 milliards de dollars en 2003, contre 56,6 milliards de dollars en 2000, l’Angola, le Mozambique et l’Afrique du Sud représentant 75,9 % du total. L’Angola, le Malawi, le Mozambique et la Zambie sont endettés en moyenne à hauteur de 150 % de leur PIB, et le service de la dette absorbe chaque année des milliards de dollars.
Par ailleurs, la CDAA a connu une baisse importante des IED, de 9,8 milliards de dollars en 2001 à 3 milliards de dollars en 2003. Cette baisse est essentiellement imputable à l’Angola, au Botswana et à la Namibie – en raison du caractère cyclique des investissements dans le secteur pétrolier – et à l’Afrique du Sud, où les privatisations et les acquisitions ont ralenti. L’Afrique du Sud et l’Angola recevaient à eux seuls 73 % des IED dans la région en 2003.
Pour les pays d’Afrique australe, comme d’ailleurs pour l’ensemble du continent, la compétitivité internationale exige une diversification orientée vers des exportations à plus forte valeur ajoutée et des produits manufacturés. Pour attirer les IED nécessaires, ces pays ont promulgué une législation propre à encourager une plus forte participation du secteur privé, en mettant l’accent sur les investissements étrangers. Pourtant, malgré ces efforts, les flux d’IED dans la région (à l’exception de l’Afrique du Sud) demeurent insuffisants pour avoir un impact économique significatif.
Cette situation reflète la réalité et la perception des risques liés aux investissements dans la région. Les économies les plus dynamiques d’Afrique australe doivent donc faire tout leur possible pour promouvoir l’intégration régionale. La suppression de toutes les barrières commerciales, requise dans le cadre du plan de la CDAA, leur permettrait de tirer pleinement parti de ressources naturelles abondantes, et ouvrirait la voie à une plus forte intégration de toute l’Afrique à l’échelle mondiale.


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