Monday, September 1, 2014
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Peut-on se réjouir d'une hausse du prix du pétrole ?

Le baril de pétrole a dépassé le seuil des 40 dollars pendant l'été, et s'approche aujourd'hui des 55 dollars. On est encore loin des records atteints pendant la révolution iranienne de 1979, et on s'attend à une baisse et à une stabilisation autour de 45 dollars. Pourtant, cette flambée a poussé les prévisionnistes à modérer leurs hypothèses de croissance.

" Ces cours élevés devraient se maintenir, " affirme l'économiste américain Allen Sinai " avec des conséquences pour la croissance et l'inflation. " Il s'agit pour lui du " plus grand risque... depuis l'explosion de la bulle spéculative en 2000-2001. "

Or Allen Sinai n'est pas seul. Si le baril se stabilise à 40 dollars, il ne devrait y avoir pratiquement aucune répercussion sur la croissance du PIB dans le monde. En revanche, à 60 dollars, les prévisions seraient revues à la baisse, de 1 % par an.

Cette situation menace également la productivité à long terme. Quand les cours du pétrole sont élevés et instables, les entreprises concentrent leurs investissements moins sur l'accroissement de la productivité et davantage sur l'utilisation flexible des ressources énergétiques. A 40 dollars le baril, le taux de croissance de la production mondiale devrait ralentir de 0,1 % par an ; à 60 dollars, d'environ 0,3 % par an.

Dans la plupart des cas, les banques centrales interviennent pour atténuer les conséquences des difficultés de l'économie mondiale. Ainsi, lorsque les investisseurs deviennent plus prudents, la Federal Reserve, la Banque centrale européenne, la Banque d'Angleterre et d'autres baissent les taux d'intérêts. Et si les consommateurs se mettent à dépenser follement, les banques centrales augmentent les taux d'intérêt, afin de libérer les ressources nécessaires pour éviter l'inflation et la pénurie.

Cependant, cette logique ne s'applique pas à l'ascension des cours du pétrole qui, si elle s'apparente à un impôt sur les activités des entreprises, entraînant une baisse de la demande globale, a aussi pour conséquence une hausse de l'inflation, directe et indirecte.

Les banques centrales réagissent à la baisse de la demande en diminuant les taux d'intérêt, et à la hausse de l'inflation en les augmentant. La flambée des cours du pétrole ayant un impact à la fois sur la demande et sur l'inflation, les banques centrales sont pratiquement impuissantes, et l'économie en subit les conséquences sans aucune intervention.

Pourtant, à très long terme, ce n'est pas nécessairement une mauvaise chose. Par exemple, si les prix élevés s'expliquaient par des taxes redistribuées ensuite aux usagers, ce serait évidemment très positif.

Certes, la plupart des impôts comportent de lourdes " charges supplémentaires " : le coût dépasse nettement les recettes, en raison des innombrables tentatives d'évasion fiscale des contribuables. Ce n'est pas le cas d'une taxe sur les produits pétroliers, qui apporte au contraire des bénéfices supplémentaires. En outre, le choix de moyens de transport consommant moins d'énergie diminue les embouteillages, les économies d'énergie réduisent la pollution, et le coût élevé des solutions de remplacement encourage la recherche sur d'autres technologies, indispensable aujourd'hui pour faire face aux changements climatiques de demain.

Un impôt sur le pétrole bien conçu permettrait aussi de réduire la demande, et donc de restreindre les possibilités de bénéfices exceptionnels pour les gouvernants ou les propriétaires des gisements pétroliers. C'est précisément ce qu'avait proposé, il y a un peu de dix ans, Lloyd Bentsen, premier secrétaire d'Etat aux Finances du Président Clinton, avec une taxe " BTU " pour combler le déficit budgétaire des Etats-Unis.

Le parti républicain et l'American Petroleum Institute avaient fait échouer cette proposition. Une décennie plus tard, les cours du pétrole sont élevés, mais pas à cause d'un impôt bien conçu, ni aux Etats-Unis ni ailleurs. La flambée des prix augmente donc les bénéfices exceptionnels des propriétaires des gisements, plutôt que d'améliorer un peu partout la situation des finances publiques.

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