Wednesday, July 23, 2014
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Les entreprises multinationales peuvent-elles sauver l’Afrique ?

Les entreprises multinationales ont été le moteur de la transition postcommuniste en Europe orientale. Elles ont entraîné l’émergence de nouvelles compétences et de nouvelles technologies et ont apporté la formation professionnelle et de meilleures conditions de travail. Elles ont sauvé les systèmes bancaires, modernisé les réseaux de télécommunications, reconstruit les industries à la dérive, augmenté la qualité des marchandises et aboli le système confortable des passe-droits qui spoliait les citoyens ordinaires depuis des décennies.

L’Europe orientale constitue-t-elle une exception ? Les entreprises multinationales peuvent-elles aussi être bénéfiques à d‘autres régions défavorisées telles que l’Afrique subsaharienne, où l’héritage du colonialisme, l’apartheid et une mauvaise administration ont créé un environnement économique fondamentalement différent  de celui des pays d’Europe orientale ?

Selon l’opinion commune, l’Europe orientale se trouvait dans une situation exceptionnelle lui permettant de tirer profit des atouts des entreprises multinationales : sa main d’œuvre était bien formée surtout dans les domaines de l’ingénierie et des sciences et pouvait ainsi facilement échapper au piège classique des « bas salaires pour des compétences limitées ». Les multinationales ont pu palier aux manques du système communiste en offrant aux employés une gestion moderne, des nouvelles technologies et un savoir-faire dans le domaine du marketing.

Or, dans des pays comme l’Afrique du Sud, la Namibie et le Zimbabwe, les compagnies multinationales peuvent se comporter très différemment. Les gouvernements occidentaux se sont montrés particulièrement indifférents, voire hostiles, aux mouvements de libération africains. De gigantesques entreprises ont soutenu les régimes racistes dans la mise en place de systèmes notoires de travail forfaitaire qui n’étaient rien d’autre qu’une forme d’esclavage déguisée.

En outre, les multinationales qui investissent en République tchèque, en Slovaquie, en Hongrie et en Estonie produisent des voitures, de l’électronique haut de gamme et des machines industrielles destinées à la fois au marché intérieur et à l’export. Garantir à la fois un rendement de haute qualité et la fidélité des consommateurs locaux exige de maintenir une force de travail satisfaite de ses conditions et une image publique positive.

En revanche, les pays africains ne voient souvent que le côté le plus mauvais des multinationales : les entreprises énergétiques, minérales et de métaux précieux s’implantent là où se trouvent les ressources et non là où les conditions de travail sont agréables. Un ancien responsable de l’extraction minière dans la région m’a tenu les propos suivants : « L’objectif a toujours été très simple : il s’agissait d’extraire les marchandises du sol et de les exporter au coût le moins cher et en faisant le moins de vagues possible. » Puisque les clients sont à l’étranger et que les produits n’ont pas à être transformés sur place, pourquoi les sociétés devraient-elles moderniser les compétences des employés locaux ou soutenir d’une quelconque autre manière l’économie du pays d’accueil ?

Cependant, les potentielles relations entre l’Afrique subsaharienne et les entreprises mondiales n’ont pas besoin d’être aussi limitées. Des politiques macroéconomiques raisonnables accompagnées d’une résolution non-violente des conflits politiques et raciaux notamment en Namibie, au Botswana ou en Afrique du Sud, peuvent préparer le terrain à des partenariats extrêmement constructifs.

Citons l’exemple de la Namibie. Le gouvernement, tout en admettant que le pays ne sera jamais une base industrielle forte, a adopté une approche claire, équilibrée et déterminée afin d’attirer les entreprises multinationales et de profiter au maximum de leur présence sur son sol. Le Ministère du commerce et de l’industrie a mis au point un programme raisonnable d’incitation aux investissements orientés vers l’export, ainsi qu’un programme de responsabilisation des noirs afin d’encourager les investisseurs à aider la main d’œuvre autrefois négligée. Ce programme s’appuie sur la compétition pour réaliser ses objectifs plutôt que sur une répression bureaucratique.

Considérons les mines de diamants qui sont le secteur industriel et la source d’export les plus importants de Namibie. L’entreprise d’extraction NamDeb, co-entreprise entre le gouvernement et De Beers, est à la tête de toute cette industrie. Or, alors que le gouvernement souhaitait palier au processus d’extraction de moindre qualité par un processus de transformation de haut niveau, De Beers a contrecarré en organisant à l’étranger des opérations de taille de diamants plus rentables.

Arrêtons-nous sur le cas de Samicor, une filiale du groupe israélien Leviev, qui ne produit actuellement qu’une petite proportion des diamants du pays et qui souhaite néanmoins acquérir davantage d’autorisations d’exploitation. En 2004, Samicor s’est engagé à créer l’entreprise de taille de diamants de haut niveau dont le gouvernement a besoin et a depuis recruté et formé 400 employés dans une nouvelle usine établie à Windhoek, la capitale du pays. Parallèlement, grâce à un petit coup de pouce du gouvernement, le conglomérat minier Anglo-American a mis au point des opérations de transformation du zinc dans sa nouvelle mine Skorpion dans le désert namibien, créant ainsi davantage d’emplois qualifiés pour les employés.

Tirer profit des entreprises multinationales n’exige pas systématiquement des négociations gouvernementales de haut niveau. Prenons le cas de Katatura, un bidonville à la périphérie de Windhoek dans lequel le précédent régime d’apartheid avait parqué des dizaines de milliers de noirs dans les années 50 et 60. Le district est unanimement considéré comme pauvre et regroupe 100 000 personnes entassées dans des cabanes en tôle ondulée et en toile goudronnée, sur des kilomètres de chemins et de coteaux crasseux.

Cependant, de nouvelles maisons en briques, et quelquefois en grand nombre, émergent chaque année des taudis. Rosalia, une jeune maman qui habite avec ses sept enfants de pères différents dans une petite cabane, peut paraître indigente aux yeux des occidentaux, or, elle détient un petit commerce de vente de viandes séchées. Elle a fait installer l’an dernier l’électricité dans sa cabane et a investi toutes ses économies dans l’achat d’un réfrigérateur pour conserver les aliments et les boissons à vendre. L’année prochaine, elle agrandira la cabane et essaiera peut-être d’acheter un terrain pour y faire construire une maison en brique. 

Son installation est loin d’être parfaite : à chaque rafale de vent, le sable et la saleté viennent se poser sur la viande. Les commerçants pauvres comme Rosalia aimeraient posséder de vrais magasins. Dans le cas de certains d’entre eux, Namibia Beverages, la filiale locale de mise en bouteilles de Coca-Cola répond à cette demande en leur offrant des cabines en fer solides,  spacieuses, portatives et facilement sécurisées.

Coca-Cola fournit ces cabines aux commerçants qui vendent ses produits, tout comme il fournit des parasols publicitaires aux terrasses des cafés parisiens. Même dans les villages les plus reculés sur la frontière angolaise, où les Ovambo vivent dans des cabanes en bois, où l’offre d’électricité est réduite et où les villageois doivent faire des kilomètres chaque jour pour  trouver du bois de chauffage et de l’eau, une bouteille de Coca-Cola ou de Fanta est facilement accessible.

Grâce à leurs capacités de développement et leurs connaissances détaillées du marché, l’influence des multinationales pourrait certainement servir de levier au règlement de nombreux problèmes de développement, quel que soit l’héritage économique et politique d’un pays. Les groupes d’aide au développement, les gouvernements, les consommateurs et les petits chefs d’entreprise ont simplement besoin d’élaborer des initiatives qui englobent leurs intérêts et ceux des entreprises internationales.

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