Tuesday, September 30, 2014
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Soutenons le printemps birman !

RANGOON – Alors que le Myanmar (Birmanie) est resté presque figé politiquement pendant un demi-siècle, une nouvelle classe de dirigeants essaye d'opérer une transformation rapide de l'intérieur. Le gouvernement a libéré des prisonniers politiques, tenu des élections (et d'autres sont en préparation), entamé des réformes économiques et fait des pieds et des mains pour attirer les investissements étrangers.

Comme on pouvait s'y attendre, la communauté internationale qui applique depuis longtemps des sanctions contre la dictature birmane reste prudente. Les réformes se déroulent à un rythme si rapide, que même les experts les plus renommés sont déroutés.

Mais il est clair pour moi que ce qui se passe actuellement en Birmanie constitue l'occasion d'un véritable changement pour le pays - une occasion que la communauté internationale ne doit pas laisser passer. Elle doit encourager ce changement, non seulement en offrant de l'aide, mais en levant les sanctions qui sont maintenant un obstacle à la transformation du pays.

La transformation qui a débuté après les élections législatives de novembre 2010 se déroule à une vitesse époustouflante. Comme 25% des sièges étaient réservé aux militaires au pouvoir depuis 1962, on pouvait s'attendre à ce que les élections ne soient qu'une façade. Mais le gouvernement formé par la suite répond bien au-delà de ce que l'on aurait pu imaginer aux préoccupations fondamentales de la population.

Sous la direction du nouveau président, Thein Sein, les autorités réagissent favorablement aux demandes d'ouverture politique et économique. Des avancées ont été réalisées pour parvenir à un accord de paix avec les rebelles des minorités ethniques - les conflits avec ces derniers s'enracinent dans la stratégie du "diviser pour régner" du colonialisme que les dirigeants ont continué à appliquer pendant plus de 60 ans après l'indépendance. L'assignation à résidence d'Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix, a été levée et elle fait maintenant campagne pour une élection législative partielle qui aura lieu en avril.amp

Du point de vue économique, le processus budgétaire est d'une transparence sans précédent. Les dépenses en faveur de la santé et de l'éducation ont doublé, partant il est vrai d'un niveau très faible. Dans nombre de domaines essentiels, l'obligation de demander une autorisation gouvernementale a été assouplie. Le gouvernement s'est même engagé à simplifier le système complexe de taux de change.

Le vent d'espoir qui souffle sur le pays est palpable. Pourtant, parmi les Birmans les plus âgés qui ont assisté dans le passé à des périodes de libéralisation illusoire, certains restent circonspects. C'est peut-être aussi la raison pour laquelle la communauté internationale hésite à relâcher la pression sur la Birmanie. Mais la majorité de la population estime que si le changement est bien géré, un retour en arrière sera impossible.

En février j'ai participé à des séminaires à Rangoon et à Naypyidaw, la nouvelle capitale construite il y a peu. Ils étaient organisés par l'un des économistes les plus réputés du pays, U Myint. Ce furent des événements marquants, tant par le nombre de participants et leur implication dans les colloques (plus d'un millier de personnes à Rangoon) que par la grande qualité des interventions par ailleurs émouvantes de deux célèbres économistes birmans qui avaient quitté le pays dans les années 1960 et qui viennent d'y revenir après plus de 40 ans.amp

Ronald Findlay, mon collègue de l'université de Columbia, m'a fait remarquer que l'un d'eux, Hla Myint, 91 ans, ancien professeur à la London School of Economics, est le père de l'une des stratégies en faveur du développement les plus réussies, une stratégie basée sur une économie ouverte et une croissance fondée sur les exportations. De nombreux pays d'Asie y ont eu recours, notamment la Chine. Elle va peut-être finalement s'appliquer à son pays d'origine.

En décembre 2009 j'avais donné une conférence en Birmanie. A cette époque, du fait de la susceptibilité du gouvernement, il fallait faire preuve de prudence dans la manière de présenter les problèmes du pays (la pauvreté, le manque de productivité des zones rurales, le manque de main d'œuvre non qualifiée). Désormais la prudence fait place au sentiment d'urgence face à ces problèmes et à d'autres, ainsi qu'à la prise de conscience du besoin d'aide internationale (la Birmanie est l'un des pays qui en bénéficie le moins relativement à la taille de sa population et à son niveau de revenu).

On s'interroge beaucoup sur les raisons de la rapidité des changements en Birmanie. Peut-être ses dirigeants reconnaissent-ils que leur pays, premier exportateur mondial de riz dans le passé, est maintenant loin derrière les pays voisins. Peut-être ont-ils été attentifs au message du Printemps arabe, ou tout simplement comprennent-ils qu'avec plus de trois millions de Birmans à l'étranger, il est impossible d'isoler le pays du reste du monde et d'empêcher que ne parviennent les idées de l'extérieur. En tout état de cause, le changement est en marche - il constitue une chance qu'il faut saisiramp !

Mais quelle qu'ait pu être leur utilité dans le passé, beaucoup de sanctions internationales semblent maintenant contre-productives. Ainsi les sanctions financières freinent le développement d'un système financier moderne et transparent, intégré au reste du monde. Le système économique qui en résulte est basé sur les liquidités, ce qui est une invitation à la corruption.amp

De la même manière, l'interdiction faites aux entreprises socialement responsables des pays avancés de signer des contrats avec la Birmanie a laissé le champ libre à d'autres, bien moins scrupuleuses. La Birmanie espère conseils et soutien de la part des institutions multilatérales et du programme de développement de l'ONUamp ; au lieu de nous en réjouir, nous continuons à restreindre le rôle que ces institutions peuvent jouer dans la transition birmane.amp

Chaque fois que nous refusons une aide ou imposons des sanctions pour favoriser certains changements, pensons à ceux qui en supportent le fardeau. Ouvrir nos marchés à la Birmanie dans le secteur de l'agriculture et de l'habillement - et même lui accorder des préférences similaires à celles dont bénéficient d'autres pays pauvres - profiterait directement aux paysans pauvres qui constituent 70% de la population et créerait de nouveaux emplois. Les puissants et les riches parviennent à contourner les sanctions financières, même si cela à un coût, mais la population ne peut échapper aussi facilement aux conséquences du statut de paria de leur pays.

Nous avons vu le Printemps arabe fleurir non sans hésitation dans quelques pays seulement, tandis que dans d'autres il n'est pas encore sûr qu'il portera ses fruits. Le Printemps birman paraît plus calme, sans toute la fanfare de Twitter et Facebook, mais tout aussi réel. Il mérite le même soutienamp !

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  1. CommentedPeter Smith

    I think there is little doubt that Burma's economic potential is enormous, and it is perhaps unusual in that much of the country has so far been immune to development, and thus to the environmental and cultural stresses this can produce. Perhaps Burma could become a model for balanced development.

    I would be interested to hear your opinion on the ways developed nation financial institutions might best participate in creating a a success story as Burma continues to emerge from its long isolation from the West.

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