Monday, July 28, 2014
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L'erreur des conservateurs britanniques

SANTIAGO –  Si l'on va à Londres ces temps-ci, on constate un fait  étrange : plus l'économie est en difficulté, plus l'équipe du Premier ministre David Cameron et les économistes conservateurs proclament qu'une austérité draconienne est bonne pour la croissance économique.

Certains observateurs y voient un acte de foi (sans doute dans les vertus d'un marché entièrement dérégulé). D'autres, comme l'économiste Paul Krugman, y voient un acte de mauvaise foi : les conservateurs veulent limiter les prérogatives de l'Etat, quelles qu'en soient les conséquences pour la croissance.

Il existe cependant deux arguments rationnels justifiant de limiter les dépenses pour stimuler l'économie. D'ailleurs des travaux universitaires ont montré l'efficacité de cette politique dans le passé, par exemple en Irlande et au Danemark pendant les années 1980. Malheureusement pour les conservateurs, la Grande-Bretagne n'est pas dans une situation où une réduction des dépenses permet de relancer l'économie.

Le premier argument en faveur de l'austérité repose sur la relation entre politique budgétaire et monétaire. Dans un pays qui connaît un déficit budgétaire important, pour limiter l'inflation la banque centrale va probablement maintenir les taux d'intérêt à un niveau élevé. Ce sont les restrictions budgétaires qui permettront de les diminuer. Par ailleurs, si le taux de change est flottant, la monnaie se déprécie. Ces deux éléments (la baisse des taux d'intérêt et la dépréciation de la monnaie) favorisent la demande et stimulent la croissance. Si leur impact combiné dépasse la contraction initiale due à la diminution des dépenses, l'économie redémarre après la phase de restriction budgétaire.

Mais il est facile de comprendre que telle n'est pas la situation de la Grande-Bretagne. La Banque d'Angleterre maintient des taux d'intérêt à peine supérieurs à zéro depuis plus de deux ans et demi. Aussi elle ne peut les diminuer, quelle que soit la politique budgétaire.

Le second argument en faveur de coupes budgétaires est plus subtil. Dans une économie où la dette publique gonfle rapidement, plus on attend pour procéder à coupes budgétaires et à des hausses d'impôts, plus ce sera coûteux et douloureux. Les ménages et les entreprises sachant cela, anticipent en freinant leur consommation et en arrêtant d'investir. Selon ce point de vue, un gouvernement conservateur courageux qui applique dès aujourd'hui une politique d'austérité évite au pays des difficultés bien plus importantes dans l'avenir. Aussi, croyant à un avenir prospère, le secteur privé va s'engager dans des dépenses à tour de bras et l'économie va redémarrer.

Autrement dit, sans politique d'austérité, la Grande-Bretagne serait dans la même situation que l'Espagne – ou peut-être  même le Portugal ou la Grèce. Grâce à cette politique qui a également permis de rassurer les marchés, elle ne courre plus le risque d'être confondue avec un pays méditerranéen indiscipliné. Ainsi les Britanniques pourront bientôt recommencer à dépenser, ce qui relancera la croissance.

Toute ces considérations sont intéressantes, mais elles ne s'appliquent pas à la Grande-Bretagne. Rien n'indique qu'une crise ait été arrêtée de peu. Le rendement des bons du Trésor britannique à 10 ans a plongé bien avant l'arrivée de Cameron. Si une crise est imminente, les marchés n'ont manifestement rien remarqué. Et si les coupes budgétaires du gouvernement de coalition avaient suscité l'optimisme quant à une reprise de l'économie, cela se serait traduit par une hausse de la Bourse.

La demande privée n'augmente donc pas. Il faut ajouter à cela l'effondrement de la demande du secteur public en raison de coupes budgétaires drastiques et voilà tous les ingrédients réunis pour une stagnation prolongée. Or selon les derniers rapports sur le sujet, l'économie britannique est en stagnation, ou pire encore.

Plus cette situation s'éternise, plus le problème va s'aggraver. Les chômeurs de longue durée vont finir par se retirer du marché du travail et les entreprises qui investissent insuffisamment ne seront plus compétitives. Les économistes disent que la faiblesse de la demande entraîne la faiblesse de l'offre, ce qui rend une reprise non inflationniste encore plus difficile.

Que doit faire la Grande-Bretagne ?  Avec l'eurozone allant de crise en crise, le salut ne viendra pas de l'extérieur. Il ne reste que le recours à des mesures non conventionnelles. Dans le cadre d'une politique de relâchement monétaire, la Banque d'Angleterre a récemment injecté 75 milliards de livres supplémentaires dans l'économie. Ce sont là des espèces sonnantes et trébuchantes, pas simplement un acte de foi.

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