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Une armée trop dépensière

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2008-03-18

PARIS – Alors que les États-Unis et le monde entier marquent le cinquième anniversaire de l’invasion de l’Irak, le débat fait rage sur ses conséquences, pour l’Irak, le Moyen-orient, et la position des États-Unis dans le monde. Mais l’impact national de la guerre en Irak – le budget en constante inflation du Pentagone et son influence à long terme sur l’économie américaine – pourrait bien s’avérer sa conséquence la plus durable.

La demande de budget du ministère de la Défense américain, 515,4 milliards de dollars pour l’année fiscale 2009, ridiculise tous les autres budgets militaires du monde. Et cette énorme somme – une augmentation de 5 % par rapport au budget militaire 2008 – n’est destinée à être consacré qu’aux opérations normales de l’armée américaine, à l’exclusion des guerres en Irak et en Afghanistan.

Depuis le début de son premier mandat en 2001, le président George W. Bush a augmenté le budget militaire normal de l’Amérique de 30 %, une fois encore sans tenir compte du coût des guerres qu’il a initiées. L’année dernière, l’intégralité des dépenses militaires et anti-terroristes américaines a dépassé 600 milliards de dollars. On peut penser que les dépenses militaires totales de l’année prochaine seront encore plus considérables. Ajustées en fonction de l’inflation, les dépenses militaires américaines ont atteint leur plus haut niveau depuis la Seconde Guerre mondiale.

Y a-t-il une limite à cette folie dépensière ? Les États-Unis allouent aujourd’hui davantage d’argent à la défense que pendant la guerre contre Hitler ou pendant la Guerre froide. L’administration Bush semble penser que les menaces militaires actuelles sont plus graves. Les voix qui se sont élevées pour parler du “dividende de paix” supposé découler de la chute du mur de Berlin ont été réduites au silence.

Naturellement, étant donné que la croissance de l’économie américaine a été plus rapide que celle des dépenses militaires, la proportion du PIB consacrée aux dépenses militaires a chuté au fil des ans. La part du PIB des États-Unis consacrée aux dépenses militaires représentaient 14 % pendant la guerre de Corée (1950-1953, l’apogée de la Guerre froide), 9 % pendant la guerre du Vietnam et seulement 4 % aujourd’hui.

Pourtant, au vu de la démesure des dépenses militaires actuelles, on est en droit de se demander si tout cela est bien rationnel. L’économie américaine est sans doute en récession, les nuages s’accumulent au-dessus de ses systèmes de retraite et de santé, or son budget militaire n’est peut-être pas très logique, même en termes de stratégie. L’Amérique à elle seule représente environ 50 % des dépenses militaires mondiales, ce qui est sans précédent, historiquement, pour un seul pays. La plupart des autres pays ne s’approchent même pas de ce chiffre.

En effet, le Royaume-Uni, classé deuxième en termes de dépenses militaires annuelles, est loin derrière, avec 55 milliards de dollars, suivi par la France (45 milliards de dollars), le Japon (41 milliards) et l’Allemagne (35 milliards de dollars). La Chine et la Russie, que l’on peut considérer comme des rivaux stratégiques des États-Unis, dépensent respectivement 35 et 24 milliards de dollars (bien que ces chiffres soient sans doute sous-estimés, le véritable montant est sans l’ombre d’un doute loin derrière le niveau des États-Unis). L’Iran, dépeint par l’administration Bush comme une menace majeure, est un nain militaire, avec 6,6 milliards de dollars de dépenses pour l’armée.

Certaines voix s’élèvent aux États-Unis, appelant à des augmentations encore plus conséquentes. Il se trouve en effet que le Pentagone désire agrandir les Marines et les Forces d’opération spéciales. Comme les soldats sont de plus en plus difficiles à recruter et à garder, il s’avérera sans doute nécessaire d’augmenter leurs salaires et d’améliorer leur qualité de vie. Les soldats handicapés coûteront aussi beaucoup d’argent, même si le Pentagone ne paiera pas automatiquement tous leurs frais.

Mais l’objectif avoué de cette apparemment interminable orgie de dépenses – la victoire dans la “guerre contre le terrorisme” – ne semble à aucun moment près d’être atteint. Mike McConnell, le directeur des services de Renseignement américains, a récemment admis devant un comité du Sénat américain qu’al-Qaeda se renforçait et améliorait constamment sa capacité à recruter et former ses membres, et même à attaquer les États-Unis.

Cette estimation est étourdissante, et pourtant très peu de dirigeants américains, qu’ils soient démocrates ou républicains, ne paraissent se demander si la puissance militaire est la meilleure réponse aux problèmes de sécurité. En effet, en s’appuyant principalement sur des solutions militaires pour résoudre des problèmes politiques, les États-Unis semblent augmenter plutôt que réduire les problèmes auxquels ils sont confrontés.

Après tout, les dangers auxquels l’Amérique est confrontée aujourd’hui ne viennent pas de nations, mais d’acteurs qui ne sont pas des États et contre qui les armes nucléaires et les porte-avions sont inutiles. Il serait moins coûteux et plus productif pour les États-Unis d’aborder le problème du conflit israélo-palestinien, de revenir à une approche multilatérale, et de respecter les principes moraux qu’ils recommandent aux autres. Ce n’est qu’en adoptant une telle stratégie que les États-Unis pourront commencer à comprimer le budget enflé du Pentagone et à s’attaquer à leurs nombreux malheurs internes.

Pascal Boniface dirige d’Institut de relations internationales et stratégiques de Paris (IRIS). Son plus récent ouvrage s’intitule Football et Mondialisation.

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AUTHOR INFO

Pascal Boniface is Director of the Institute for International and Strategic relations, Paris (IRIS). His most recent book is Football et Mondialisation (Football and Globalization).