Saturday, November 22, 2014
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Revers dans la lutte contre le narcotrafic au Mexique

MEXICO – Le trafic de drogues existe depuis des décennies au Mexique. Mais il n’a pas sérieusement menacé la stabilité du pays ou provoqué de conflit avec les Etats-Unis jusque vers le milieu des années�1980, date à laquelle la cocaïne de Colombie à destination des États-Unis a commencé à transiter par le Mexique. La police mexicaine, alors en voie de déliquescence, était particulièrement facile à corrompre et les trafiquants ne s’en sont pas privés.

Le démantèlement des cartels colombiens de Cali et de Medellin dans les années �1990 a créé un vide que les cartels mexicains se sont empressés de combler, consolidant avec le temps leur position dans le trafic de stupéfiants. Mais dans l’ensemble, le niveau de violence au Mexique restait relativement faible.

Cette «�paix des trafiquants�» s’explique par la politique de tolérance du gouvernement mexicain, qui a cherché à préserver un équilibre entre les cartels et l’État pour ce qui est des voies d’acheminement des narcotiques et les territoires infiltrés par les cartels.

Cette trêve secrète s’est maintenue même après la première élection présidentielle démocratique et ouverte du Mexique en 2000, qui a vu l’éviction du Parti révolutionnaire institutionnel, au pouvoir depuis des décennies. Le président nouvellement élu, Vincente Fox, décida alors que le temps de la répression était venu. Au fur et à mesure de l’arrestation des différents barons de la drogue, le fragile équilibre entre gangs fut rompu, ouvrant la voie à une guerre entre les cartels de Sinaloa et du Golfe, les deux cartels les plus puissants, une guerre qui a provoqué une explosion de violence ainsi que des vives protestations de la part des Etats-Unis en raison des combats le long de la frontière.

Lorsque le président Felipe Calderón a pris ses fonction en 2006, il a hérité d’une situation où la violence allait croissant, et où des parties du pays étaient contrôlées par les trafiquants. Il a réagi en lançant une vaste offensive contre les cartels avec l’appui de l’armée.

La croisade de Calderón contre le trafic de drogues a accru sa popularité, mais elle a aussi provoqué une nouvelle escalade de la violence, avec d’une part des affrontements entre les gangs et les forces gouvernementales et de l’autre les règlements de comptes entre gangs. Le gouvernement américain a de nouveau protesté, mais dans le même temps, l’administration Bush offrait une aide de 1,4 milliard de dollars, dans le cadre de l’�«�Initiative Merida�», pour combattre les trafiquants.

En 2008, le gouvernement mexicain décidait de s’attaquer aux centres névralgiques des cartels. Mais cette nouvelle offensive ne fit qu’accélérer la fragmentation des gangs, avec une nouvelle flambée de violences extrêmes�: plus de 5000 personnes ont été assassinées par le crime organisé en 2008, soit plus du double de l’année précédente.

La violence a également pris une tournure plus cruelle. Depuis 2007, plusieurs victimes des cartels ont été décapitées – une tactique à l’évidence destinée à intimider leurs ennemis. Parallèlement, les appels en faveur d’une stratégie plus efficace se sont faits plus pressants. Certains critiques du gouvernement Calderón estiment qu’il est temps aujourd’hui d’adopter une autre stratégie, voire de revenir à la politique de tolérance des gouvernements précédant l’élection de Fox.

Il n’en reste pas moins que d’après les sondages, l’opinion publique reste favorable à la politique de Calderón. La question est donc de savoir combien de temps durera ce soutien. Même si le gouvernement affirme que les violences sont limitées à 3 des 32 États du pays, en réalité le problème s’est étendu à presque tout le Mexique.

La majorité des victimes sont bien sûr des trafiquants. Mais la violence omniprésente a créé un climat d’insécurité qui complique énormément la vie quotidienne de nombreux Mexicains. En fin de compte, la population pourrait se lasser de la politique gouvernementale – une évolution que certains gangs encouragent au moyen d’affiches anonymes et en organisant des manifestations populaires dans le nord du pays demandant le retour de l’armée dans les casernes.

Mais dans le court terme, il ne semble pas y avoir d’alternative à la stratégie de Calderón. Si sa politique de confrontation a provoqué une aggravation de la violence, la politique initiale de tolérance envers les cartels a corrompu les institutions nationales, et préparé le terrain pour le problème actuel.

La seule option du gouvernement semble donc être de poursuivre la lutte contre le trafic de drogue, en espérant que cet effort dans la durée pour restaurer les capacités et l’intégrité des institutions du pays se révélera payant. Le principal obstacle à cet effort reste toutefois la corruption. Si le gouvernement ne parvient pas à l’éradiquer, en particulier au sein des unités chargées de lutter contre la criminalité – un retour à la tolérance sera inévitable.

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