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L’adieu à la guerre (à la gloire)

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2007-03-05

Récemment, le gouvernement italien a été renversé, après avoir perdu un débat devant le parlement sur le déploiement militaire en Afghanistan. De leur côté, la Grande-Bretagne et le Danemark ont annoncé l’amorce du retrait de leurs troupes d’Irak. Alors que le gouvernement Bush a décidé d’envoyer 21 000 soldats américains supplémentaires en Irak, et prône l’envoi d’un contingent plus important en Afghanistan, les alliés de l’Amérique rejettent sa politique au Moyen-Orient. Ils sont de plus en plus convaincus que la « victoire » ne peut que leur échapper dans un conflit asymétrique entre des Etats, aussi puissants soient-ils, et des insurgés aux motivations religieuses.

La théorie de « transformation militaire » de Donald Rumsfeld – le renforcement des capacités technologiques pour parvenir à une victoire décisive avec des troupes moins nombreuses – a connu un échec retentissant en Irak. Malgré une supériorité technologique écrasante, Israël n’a pas réussi à battre le Hezbollah au Liban. Plus de roquettes et de missiles sont tombés sur le nord de l’Israël en 33 jours que sur la Grande-Bretagne pendant toute la deuxième guerre mondiale. Les Israéliens doivent désormais tenir compte d’un phénomène entièrement nouveau : une entité asymétrique, le Hezbollah, dotée de la puissance de feu d’un Etat-nation.

Le débat acharné sur l’opportunité d’une augmentation des effectifs américains en Irak n’a donc aucun sens. Ni l’expérience des Soviétiques en Afghanistan dans les années 1980, ni celle de l’OTAN aujourd’hui ne confirment l’idée que le nombre de soldats est le facteur déterminant sur un champ de bataille moderne. En l’absence de fronts géostratégiques, comme au Kosovo, en Afghanistan ou en Irak, la victoire ne dépend pas du nombre. La notion de « bataille décisive » comme « centre de gravité » de la guerre, développée par le grand stratège von Clausewitz, ne s’applique pas dans des conflits précisément dépourvus de « centre de gravité » visible.

De fait, si tous les conflits de la victoire d’Hannibal contre les Romains en 216 av.J.C. à la Guerre du Golfe en 1991 avaient un centre de gravité, avec une concentration massive de force capable de mettre l’ennemi à genoux, les guerres industrielles entre Etats sont devenues anachroniques. La légitimité de la plupart des frontières est aujourd’hui largement reconnue, et les Etats se soumettent de plus en plus aux normes internationales régissant les comportements en temps de guerre.

C’est d’ailleurs cette obligation faite aux Etats de respecter le droit humanitaire, alors que leurs ennemis sont libres de se livrer à des actes de barbarie, qui rend les guerres asymétriques particulièrement inextricables. A l’ère de la mondialisation des médias et de la justice pénale internationale, les critères permettant aux Etats d’employer la force sont d’une complexité sans précédent.

On assiste encore à des combats entre Etats lorsque le front stratégique est identifiable, comme entre Israël et la Syrie, l’Inde et le Pakistan, ou les deux Corées. Dans de telles situations, une guerre peut encore, comme en témoigne l’exemple de l’Egypte en 1973, contribuer à la résolution du conflit. La Syrie pourrait ainsi être tentée de lancer une offensive contre Israël dans le but de sortir de l’impasse au sujet du plateau du Golan.

Au Cachemire en revanche, le conflit asymétrique par alliés et groupes terroristes interposés ne tournera peut-être pas à la guerre totale, en raison de l’existence d’une force de dissuasion nucléaire mutuelle entre l’Inde et le Pakistan. Cette méthode de lutte par émissaires interposés a été largement adoptée par les Etats pour éviter les guerres généralisées.

Cette mutation du champ de bataille signifie que la guerre comme étape décisive dans un conflit international est obsolète. Les interventions militaires ne sont plus, comme le pensait von Clausewitz, une solution politique. La « victoire » ne peut pas apporter la paix, car aucune guerre n’est jamais la dernière.

Au Kosovo par exemple, la guerre conventionnelle n’a duré que deux mois, mais a débouché sur six années de conflit. En Irak, les trois semaines de la campagne Shock and Awe en 2003 ont mené les Américains à la « victoire », mais ont ouvert les portes de l’enfer pour les forces d’occupation comme pour la population civile. Autre exemple, six mois après le pilonnage du Liban Sud, le Hezbollah est toujours aussi puissant. Quant au retour des Talibans en Afghanistan six années après leur défaite, il n’est pas inconcevable.

Or c’est dans cette guerre d’après-guerre que l’infériorité de l’occupant se révèle, quand l’envoi de troupes supplémentaires fournit de nouvelles cibles aux insurgés, à une vitesse bien supérieure à la capacité d’adaptation du contingent. En Irak, de l’aveu des Britanniques, les insurgés sont parvenus en trois ans à faire face à la supériorité technologique de leur ennemi, à un niveau que l’IRA en Irlande du Nord n’a jamais atteint en 30 ans.

La guerre en Irak et les guerres entre Israël et le Hamas et le Hezbollah montrent que la puissance militaire a ses limites, et plaident en faveur de la diplomatie et de la résolution des conflits. Pour venir à bout de conflits politiques et culturels complexes, les alliances internationales et régionales autour d’un objectif légitime sont plus importantes que la simple capacité militaire.

Certes, croire que la puissance et l’intimidation sont inutiles serait d’une naïveté dangereuse. Mais l’emploi de la force n’a plus la même fonction : dans le monde d’aujourd’hui une guerre ne se gagne plus sur le champ de bataille. Pour des résultats durables, il faut mener des politiques étrangères plus éclairées, capables de répondre aux préoccupations légitimes de civilisations en crise.

Ancien ministre des Affaires étrangères israélien, Shlomo Ben-Ami est aujourd’hui vice-président du Centre international de Tolède pour la paix (CITpax). Il est l’auteur de Scars of War, Wounds of Peace: The Israeli-Arab Tragedy.

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AUTHOR INFO

Shlomo Ben Ami is a former Israeli foreign minister who now serves as Vice President of the Toledo International Centre for Peace. He is the author of Scars of War, Wounds of Peace: The Israeli-Arab Tragedy.