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L'avenir de la Chine et le confucianisme de gauche

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2008-07-07

PEKIN – La compassion manifestée par le gouvernement chinois et la transparence dont il a fait preuve à l'occasion du terrible tremblement de terre du Sichuan a renforcé son autorité et son lien avec la population. Les autorités et l'armée ont travaillé main dans la main avec quantité de bénévoles et d'organisations privées pour venir en aide aux victimes. Même les plus cyniques ont été touchés par l'attitude réconfortante du Premier ministre Wen Jiabao envers les survivants.

Mais les efforts héroïques accomplis lors des opérations de sauvetage ne viendront pas pour toujours au secours du gouvernement. Il faut donc se demander ce qui pourrait lui donner une légitimité politique à long terme. Le communisme ayant perdu sa capacité de mobilisation des Chinois, qu'est-ce qui pourrait le remplacer ?

Pour la majorité des Occidentaux, ainsi que c'était le cas pour beaucoup de Chinois libéraux au cours du 20° siècle, c'est la démocratie. Mais il y a une autre réponse : la vénérable et vieille tradition du confucianisme auxquels des responsables gouvernementaux, des intellectuels critiques et des citoyens ordinaires redonnent vie.

Cette résurrection sautera aux yeux lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques. Ce ne sont pas des citations de Marx que l'on verra affiché, mais des phrases issues des Analectes de Conficius. Des formules telles que "Les peuples du monde sont frères" ou encore "N'est-ce pas l'un des plus grands plaisirs de la vie que de recevoir des amis venus de loin ?" qui expriment ce que la culture chinoise à de meilleur seront offertes à la vue de milliards de téléspectateurs à travers le monde.

Mais il y a un problème. Depuis la dynastie des Han (il y a plus de 2000 ans), les gouvernements chinois successifs ont manipulé à leur profit les principales interprétations politiques du confucianisme. Ce dernier a été combiné avec le légalisme, l'autre grande tradition politique chinoise, pour justifier l'obéissance aveugle à l'autorité, la soumission des femmes et le recours à des punitions exemplaires. Le confucianisme "officiel" que l'on ressuscite aujourd'hui est peut-être moins dangereux – il insiste sur l'harmonie sociale, autrement dit la résolution pacifique des conflits – mais sa morale reste conservatrice.

Or il existe une autre interprétation du confucianisme, que l'on pourrait appeler le confucianisme de gauche. Il appelle les intellectuels à critiquer les mauvaises orientations politiques, à exiger du  gouvernement qu'il assure le bien-être matériel de la population et aide ceux qui n'ont pas les relations voulues pour réussir, qu'il adopte une attitude davantage tournée vers l'extérieur et qu'il s'appuye sur le rayonnement moral davantage que sur la puissance militaire pour parvenir à ses fins. Il laisse ouvert les engagements de nature métaphysique et adopte une attitude tolérante à l'égard des religions. Il insiste sur l'égalité des chances dans l'éducation et sur la méritocratie au niveau du gouvernement - les postes de direction devant être attribués aux membres les plus vertueux et les mieux qualifiés de la communauté.

Ces valeurs s'enracinent dans le "confucianisme des origines" de Conficius, Mencius et Xunzi qui existait avant que le confucianisme ne devienne une idéologie au service de l'orthodoxie d'Etat. A l'époque impériale, des érudits tels que Huang Zongxi étaient porteurs de la tradition critique. Aujourd'hui, les nouveaux confucianistes de gauche tels que Gan Yang envisagent la création d'une "république socialiste confucéenne".

Des confucianistes tels que Jiang Qing reconnaissent ouvertement que leur interprétation de Confucius est proche des idéaux socialistes, pas le "socialisme en place aujourd'hui en Chine, mais les idéaux socialistes défendus par Karl Marx et d'autres. Cette tradition confucéenne veut peser sur la politique contemporaine, mais elle ne se confond ni avec le pouvoir d'Etat ni avec une orthodoxie et elle est toujours prête à dénoncer le fossé entre les idéaux et la réalité.

Le confucianisme de gauche s'oppose au statu-quo : il propose des normes morales à la pensée critique à l'égard de la société et inspire une vision politique pour l'avenir. Contrairement au communisme, il considère que le futur doit tirer sa légitimité de la tradition et se bâtir à partir du passé – ce qui inclut le socialisme – plutôt que de le détruire.

Le confucianisme de gauche est favorable aux réformes institutionnelles, mais il rappelle que la stabilité à long terme et la légitimité des institutions politiques supposent qu'elles s'enracinent dans la tradition chinoise. Jiang Qing est partisan d'un parlement constitué de trois Chambres : une Chambre populaire élue représentant l'intérêt général, une Chambre des personnes exemplaires pour garantir les intérêts des personnes affectées par la politique gouvernementale, comportant des étrangers et des représentants des minorités, et une Chambre de la continuité culturelle qui veillerait au maintien des différentes religions et traditions rencontrées en Chine.

Des propositions concrètes de ce type en vue de réformes politiques inspirées par les valeurs confucéennes sont rarement discutées en Chine continentale. Les contraintes sont moindres sur des débats publics portant sur des institutions démocratiques, précisément parce que peu de Chinois s'intéressent à la démocratie de style occidental. Aujourd'hui, le confucianisme de gauche est l'alternative la plus réaliste au statu-quo politique chinois.

Daniel A. Bell est professeur de théorie politique à l'université Tsinghua à Pékin (Beijing). Son dernier livre s'intitule China’s New Confucianism: Politics and Everyday Life in a Changing Society [Le nouveau confucianisme chinois : politique et vie quotidienne dans une société en mouvement].

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AUTHOR INFO

Daniel A. Bell is Professor of the Arts and Humanities at Jiaotong University, Shanghai, and Professor of Ethics and Political Philosophy at Tsinghua University, Beijing. He is the co-author of The Spirit of Cities: Why the Identity of a City Matters in a Global Age.