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UE : Comment les nouveaux membres peuvent-ils rattraper leur retard ?

by Leszek Balcerowicz

8 des 10 nouveaux membres de l'UE se sont radicalement transformés à une vitesse sans précédent. Pour les 8 pays post-communistes, quel que soit le domaine considéré - la finance, la structure de la propriété, le secteur bancaire, le commerce extérieur, la santé, l'environnement, les marchés ou l'éducation - les institutions ont été entièrement recréées.

Dans beaucoup de ces pays en transition, l'inflation qui atteignait des sommets (251% en Pologne en 1989) a été jugulée et leurs monnaies sont maintenant totalement convertibles. Les entreprises privées tiennent le haut du pavé pour la production et l'emploi, alors qu'elles ne comptaient que pour 23,1% du PIB de la Pologne en 1989 et seulement pour 4% en République tchèque et en Slovaquie.

De la même manière, après l'effondrement du Conseil d'assistance économique mutuelle (COMECON) en 1991, ces pays ont rapidement réorienté leur commerce extérieur vers l'Ouest. Dans l'enseignement les offres de formation se sont multipliées, la pollution de l'air et de l'eau a chuté et l'espérance de vie a augmenté jusqu'à se rapprocher du niveau des pays d'Europe de l'Ouest.

Depuis le début des années 1990, la perpective de leur admission a stimulé les réformes institutionnelles chez les nouveaux pays membres. Mais s'ils représentent 20% de la population de l'UE, ils ne contribuent que pour 5% à son PIB. Aussi, la tâche qui les attend n'est pas moins difficile, ils devront combler ce fossé en augmentant leur taux de croissance pour qu'il rejoigne rapidement celui des principaux pays de l'Union.

Leur appartenance à l'UE ne pourra que les y aider. Leur nouvelle crédibilité politique va susciter l'arrivée de nouveaux investissements étrangers et le budget de l'UE va renforcer le processus de construction des nouvelles institutions, l'investissement dans les infrastructures et la protection de l'environnement.

Il n'y a guère de doute quant à l'impact positif des investissements étrangers. Ils favorisent les transferts de technologie et du fait de leur complémentarité avec les firmes nationales, ils contribuent proportionnellement plus à la croissance que l'investissement intérieur. Des études empiriques confirment aussi le rôle positif des fonds apportés par l'UE sur la croissance, aidant les pays les plus pauvres à rattraper leur retard. Ainsi, le taux de croissance a augmenté en moyenne de 0,4 à 0,9% pour la Grèce, le Portugal et l'Irlande et de 0,3 à 0,5% pour l'Espagne.

L'appartenance à l'Union leur offre l'occasion de rattraper leur retard, mais ce qu'il adviendra dépendra du choix politique de ces pays et de celui de l'UE qui va ou non renforcer son soutien en faveur de la croissance économique. Un résultat positif dépend de plusieurs conditions auxquelles doivent répondre tant l'UE que les nouveaux membres.

La défense du Pacte de stabilité et de croissance . A long terme, des déficits budgétaires importants conduisent soit à la crise soit à un ralentissement économique. Mais même à court terme, il y a une corrélation négative entre un important déficit budgétaire, une faible croissance économique, une inflation élevée et des distorsions sur les taux de change. D'autre part, un déficit budgétaire et l'inflation découragent l'investissement et limitent les gains de productivité.

Le renforcement du marché unique . L'intérêt du marché unique est évident, ne serait-ce que parce qu'il est très attractif pour les investisseurs étrangers. Selon les sondages, 60% des entreprises qui exportent dans au moins 6 pays de l'UE ont vu leurs exportations croître, 80% des consommateurs pensent que le choix des marchandises est plus large et 67% d'entre eux que la qualité des marchandises s'est améliorée.

Les échanges transfrontaliers ont cru de 1/3 depuis la création du marché unique en 1992, ceci grâce au principe de reconnaissance mutuelle qui permet aux entreprises d'appliquer la législation de leur propre pays et aux directives de l'UE visant à harmoniser les réglementations des différents pays. Mais le principe de la reconnaissance mutuelle ne fonctionne pas très bien pour des produits élaborés et les directives de l'UE sont difficiles à appliquer à des marchandises telles que le matériel de construction ou d'électricité industrielle ou des machines. Le prix hors TVA des voitures neuves peut varier de 70% suivant les pays, essentiellement à cause de réglementations qui s'opposent à la concurrence.

Les services sont encore davantage affectés par les obstacles qui subsistent à l'intérieur du grand marché. Ainsi, une nouvelle directive exige que les industriels puissent choisir leur fournisseur d'électricité dès juillet 2004 et leur fournisseur de gaz à partir de juillet 2007. Mais cette directive fait l'impasse sur les particuliers qui en 2001 ne pouvaient choisir leur fournisseur d'électricité que dans 5 pays de l'UE et leur fournisseur de gaz dans seulement 3 pays.

En ce qui concerne la mobilité des citoyens de l'Union, on est loin de la théorie à la pratique. Durant la période 1992-2002, seulement 4% des habitants de l'UE ont traversé une frontière pour travailler ou pour prendre leur retraite et seulement 8% des étudiants étudiaient dans un autre pays de l'UE.

L'intégration des marchés financiers de l'UE initiée en 1999 avec l'adoption du Plan d'action pour les services financiers (PASF) a aussi besoin d'une impulsion supplémentaire. Selon la Commission européenne, la création d'un marché financier européen unique permettrait de réduire de 0,5% le coût des capitaux propres des entreprises de l'UE et de 0,4% le coût du financement de leur dette. Le marché financier unique entraînerait une croissance du PIB de l'Europe des Quinze de 1,1% au cours des 10 prochaines années et ferait progresser l'emploi de 0,5%. Mais en 2002, seules 31 des 42 mesures du PASF étaient appliquées.

Une entrée rapide dans l'Union économique et monétaire (UEM). La meilleure stratégie pour les nouveaux arrivants est de chercher à entrer aussitôt que possible dans la zone euro, ce qui les poussera à achever les réformes de structure nécessaires pour répondre aux critères de Maastricht en ce qui concerne l'inflation, le déficit budgétaire et la dette publique. Cela présenterait des avantages évidents pour la croissance économique à long terme, de même que l'élimination des risques liés aux taux de change, du coût lié à la protection contre ces risques et du coût des transactions dans le commerce extérieur.

Les nouveaux membres sont déjà largement intégrés dans l'économie de l'UE, avec une forte convergence à caractère cyclique entre eux et les pays de l'UME. L'approfondissement de cette intégration va probablement aligner les cycles économiques de ces pays, de la même manière que la synchronisation des chocs de l'offre et de la demande dans l'UE des années 1990. Aussi, le coût lié à l'abandon d'une politique monétaire indépendante et d'un taux de change flexible ne devrait pas être significatif.

Dans chacun des domaines évoqués, les nouveaux arrivants ont encore un chemin difficile à parcourir avant de parvenir à une intégration totale. Mais c'est aussi bien souvent le cas des membres de longue date de l'UE.

Leszek Balcerowicz est gouverneur de la Banque nationale de Pologne et ancien vice-premier ministre de Pologne. Il a été l'architecte des réformes économiques du premier gouvernement post-communiste.

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