Monday, September 1, 2014
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Les multinationales américaines n'abandonnent pas les USA !

BERKELEY – Lors d'une récente conférence à Washington, Larry Summers, l'ancien ministre des Finances américain, a déclaré que les dirigeants politiques devraient s'intéresser aux activités productives localisées aux USA qui emploient des travailleurs américains, plutôt qu'aux firmes qui ont délocalisé leur production - même si leur siége est aux USA. Il a cité une étude de l'ancien ministre du Travail, Robert Reich, qui avait signalé il y a plus de 20 ans que du fait de leur délocalisation, l'intérêt des multinationales américaines ne coïncide pas avec celui du pays.

On peut convenir avec Summer et Reich que la politique économique doit donner la priorité à la compétitivité des USA plutôt qu'à la prospérité de telle ou telle entreprise. Mais la distinction claire qu'ils font entre l'intérêt économique du pays est celui des multinationales américaines induit en erreur.

En 2009 (la dernière année pour laquelle on dispose de données complètes), sur 30 millions d'entreprises présentes aux USA, seules 2226 étaient des multinationales, le plus souvent de grandes entreprises à forte utilisation de capital, très actives sur le plan de la recherche et des échanges commerciaux. En proportion de leur nombre, leur part dans l'économie américaine dépasse largement celle de toutes les autres entreprises présentes sur le sol américain.

En 2009 elles représentaient 23% de la valeur ajoutée apportée par le secteur privé américain (hors banques), ainsi que 30% des dépenses d'investissement, 69% de la recherche et du développement, 25% de la masse salariale, 20% des emplois, 51% des exportations et 42% des importations. Cette même année, le salaire moyen des 22,2 millions d'employés des multinationales était de 68 118 dollars, un quart de plus que la moyenne nationale.

Chiffres tout aussi révélateurs, 63% de leurs ventes, 68% de leurs emplois, 70% de leurs dépenses d'investissement, 77% de leur masse salariale et 84% de leur activité en Rampamp;D (recherche et développement) étaient aux USA. L'importance de leur masse salariale et de leur Rampamp;D aux USA même montre que les multinationales américaines ont tout intérêt à y maintenir leur activité de Rampamp;D et les emplois afférents à rémunération élevée - une bonne chose pour les travailleurs qualifiés américains et pour la capacité d'innovation du pays.

Mais les statistiques montrent aussi deux tendances inquiétantes :

- De 1999 et 2009, la part de la Rampamp;D et de la masse salariale des multinationales dans le secteur privé n'a pas varié, tandis que leur part dans la valeur ajoutée, en dépenses d'investissement et en nombre d'emplois a baissé. La croissance de leurs exportations a été moins forte que la moyenne, tandis que la croissance de leurs importations a été supérieure à la moyenne. Dans leur ensemble, de 1999 et 2009 les multinationales sont passées d'un excédent à un déficit commercial net.

- Pendant les années 2000 les multinationales américaines se sont moins développées aux USA qu'à l'étranger. Ainsi aux USA leur part en termes de valeur ajoutée, d'investissements et d'emplois a baissé de 7 à 8 points de pourcentage et de 3 à 4 points de pourcentage en termes de Rampamp;D et de masse salariale. La baisse de leur nombre de salariés aux USA par rapport à leur nombre total de salariés - une part qui a chuté de 4 points de pourcentage dans les années 1990 - a suscité des interrogations quant à une délocalisation d'emplois dans leurs filiales à l'étranger.

Mais les chiffres révèlent un scénario plus complexe. De 1999 à 2009, les multinationales américaines du secteur manufacturier ont perdu 2,1 millions emplois aux USA, une baisse de 23,5%, mais n'ont créé que 230 000 emplois (une augmentation de 5,3%) dans leurs filiales à l'étranger - ce qui est insuffisant pour expliquer la baisse d'emplois aux USA.

Hormis les multinationales, les entreprises manufacturières américaines ont perdu 3,3 millions d'emplois, soit 52% de leurs emplois durant la même période. De plus en plus d'études montrent que l'automatisation et la sous-traitance à l'étranger ont été des facteurs importants qui expliquent le déclin de l'emploi dans le secteur manufacturier américain dans les années 2000 (qu'il s'agisse des multinationales ou des autres entreprises).

Ainsi, même si les multinationales n'ont peut-être pas délocalisées beaucoup d'emplois dans leurs filiales à l'étranger, comme les autres entreprises américaines, elles ont probablement sous-traité une plus grande partie de leur production auprès d'entreprises étrangères dont elles ne sont pas actionnaires. Cette sous-traitance sans lien de dépendance a pu être un facteur décisif derrière le bond de 84% des importations des multinationales américaines et l'augmentation de 52% des importations du secteur privé entre 1999 et 2009.

Pour comprendre l'évolution de l'emploi au sein des multinationales américaines, il faut aussi se pencher sur le secteur des services. Les statistiques pointent alors un autre élément. Entre 1999 et 2009, les filiales étrangères des multinationales américaines ont crée 2,8 millions d'emplois, une hausse de 36,2%. Mais le secteur manufacturier ne représentait que 8% de cette hausse, la part du lion revenant au secteur des services. Les multinationales américaines dans le secteur des services ont créé des emplois à la fois aux USA et à l'étranger - prés de 1,2 millions d'emplois aux USA et plus de deux fois plus dans leurs filiales à l'étranger.

Pendant les années 2000, la croissance rapide des pays émergents a stimulé le développement des entreprises et la demande des consommateurs en faveur de nombreux services pour lesquels les multinationales américaines sont très compétitives. Beaucoup de ces services nécessitent une rencontre face à face avec les clients, elles ont dû créer des emplois sur place pour répondre à la demande. Parallèlement, le développement de leurs ventes à l'étranger les a poussées à créer des emplois aux USA dans le domaine de la publicité, de la conception, de la Rampamp;D et de la gestion.

Des études antérieures ont montré que les multinationales américaines qui créent des emplois dans leurs filiales à l'étranger en créent aussi aux USA. Autrement dit la création d'emplois à l'étranger s'accompagne de création d'emplois aux USA, plutôt que de s'y substituer.

Ce sont les faits et non une simple impression qui doivent guider la politique à l'égard des multinationales. Or les faits montrent que ces dernières contribuent largement à la compétitivité des USA et y maintiennent la plus grande partie de leur activité malgré des décennies de mondialisation. Les dirigeants politiques feraient bien de se préoccuper des signes qui montrent que les USA deviennent moins attractifs pour les multinationales.

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  1. CommentedMiguel de Arriba

    And multinationals do not relocate only in industrial as well as financial support for not paying taxes.
    Apple pays lower taxes in Ireland, Burger King, Starbucks and McDonald's avoid paying taxes through Swiss operations.

  2. CommentedMiguel de Arriba

    The author contradicts himself. On the one hand, citing numbers on the other hand, a summary that does not correspond with the information provided.

  3. CommentedProcyon Mukherjee

    That the competitiveness is sliding is out in the open with the slide of U.S. position to the 5th in the last Global Competitiveness Report. One of the striking features in this report is the link of public debt with competitiveness. Those nations with high public debt and with rising risks in the sovereign debt default area, the public spending on R&D and Technology innovation in those have dwindled; U.S. is no exception given this trend. U.S. multinationals is part of this challenge, but where they score more is in their ability to leverage financial capital to build efficiency walls that are less pregnable than the rest. Labor market efficiency and technology readiness is a laudable element, so the good things should not be ignored.

    Migration of jobs, that cannot be sustained by efficient deployment of capital and labor, is a given in the globalized world (of capital and labor), there is no need to single out U.S. Multinationals for that denouement.

    Procyon Mukherjee

  4. CommentedNikhil Sonnad

    It's not fair to begin this discussion at 1999. I suspect that this point is misleading:

    "From 1999 to 2009, US multinationals in manufacturing cut their US employment by 2.1 million, or 23.5%, but increased employment in their foreign subsidiaries by only 230,000 (5.3%) – not nearly enough to explain the much larger decline in their US employment."

    I don't have the figures at the ready, but I suspect that that figure would be much more dramatic over a period beginning in the mid-20th century. After all, globalization and "Made in China" were already thriving by 1999.

    I do not disagree with the central thesis of this argument. But I see no problem in admitting that multinationals are in fact abandoning America, and have been for a long time. While Americans may see that as a threat to their future, many in other parts of the world see it as a reason for hope and opportunity.

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