Saturday, October 25, 2014
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Les Barbares sont-ils aux portes de l’UE ?

BRUXELLES – La zone euro traverse une crise fondamentale que les attaques contre les spéculateurs financiers ne résoudront en rien. Le conseil des ministres de l’Union Européene avait promis des centaines de milliards d’euros à ses membres financièrement en danger, alors même que l’économie européenne dans son ensemble n’est pas véritablement en crise. Bien au contraire, la plupart des études et des indicateurs économiques forts montrent une forte remontée à l’exception d’un seul pays véritablement en danger, la Grèce, qui ne représente que 3% du PIB de la région.

La crise pose néanmoins un défi presque existentiel à l’Union Européenne – et a nécessité de tels montants –  parce qu’elle a rapidement remis en question l’un des principes clé de la gouvernance européenne : la nature de l’Etat. Le cas de la Grèce a soulevé une question simple mais essentielle : un état membre peut-il être autorisé à faire défaut ?

D’un certain point de vue, on peut considérer que l’Etat est sacrosaint : l’UE doit intervenir et aider tout membre à la dérive à se remettre sur pied. Mais cette perspective suppose que tous les états membres adhèrent aux valeurs économiques intrinsèques de prudence budgétaire et de réforme des marchés de l’Union. Des problèmes pourraient apparaître uniquement du fait de chocs non anticipés, de difficultés politiques locales ou – le coupable idéal –  de l’irrationalité des marchés.

Appliquée à la Grèce, cette perspective implique que la crise budgétaire du pays résulte de la réaction excessive des marchés financiers mondiaux aux difficultés politiques locales (les excès de dépenses du gouvernement grec avant les élections de l’année dernière). Cela implique de surcroît que la crise est totalement sous contrôle européen et que les autorités européennes ont mis au point un plan complet qui résoudra tous les problèmes structurels et budgétaires de la Grèce. D’où la ritournelle officielle qui peut être qualifiée de ‘méridionale’ : « le plan FMI/UE réussira. Le défaut n’est pas une option. »

Le point de vue alternatif est plus pragmatique et réglementaire. Cette vision ‘septentrionale’ est fondée sur le postulat que les états membres demeurent des entités souveraines, et qu’il peut être envisagé qu’un état membre ne mette pas en place un programme d’ajustement économique nécessaire. Cette vue est incarnée par la clause ‘pas de sauvetage’ du document fondateur de l’euro, qui stipule que chaque pays est responsable de sa propre dette publique. Le défaut devient alors une option si le pays concerné viole les règles de base de la monnaie unique.

Les marchés financiers ne participent pas directement à ce débat. Mais ils jouent gros dans l’histoire. Tout détenteur de la dette grecque, surtout à long terme, doit calculer la probabilité du système politique grec à encourager avec fermeté les réformes nécessaires pour intégralement couvrir sa dette (et dans les temps.)

L’opinion collective des marchés financiers sur la politique économique et budgétaire d’un gouvernement s’exprime par la prime de risque que le gouvernement doit payer sur sa dette extérieure. Les doutes que les marchés financiers expriment contribuent à faire monter ces primes, ce qui rend plus difficile encore de financer un gouvernement qui est déjà confronté à des problèmes financiers. Les marchés financiers se trompent souvent dans leur jugement. Mais les choses sont ainsi et il est difficile de les changer.

Les distinctions entre ces deux perspectives ‘méridionale’ et ‘septentrionale’ peuvent paraître aujourd’hui quelque peu académiques, parce que le défaut n’est vraiment pas envisagé comme une option possible, dans la mesure ou cela déclencherait une réaction désastreuse dans les marchés financiers mondiaux. Mais le Conseil de l’Europe a aussi créé un groupe de travail sous la présidence de Herman Van Rompuy pour élaborer des propositions concrètes afin de réformer l’union monétaire.

La principale décision que ce groupe doit prendre est simple : doit-il diriger ses efforts uniquement à éviter le défaut (y compris par un soutien budgétaire illimité), ou doit-il aussi se préparer à un défaut de l’un de ses états membre de façon à en atténuer les conséquences, le cas échéant ?

La première solution implique nécessairement des mesures élaborées conçues pour donner ‘plus de la même chose’ comme par exemple un renforcement du Pacte de Croissance et de Stabilité, en provisionnant pour la surveillance de la politique économique et la coopération. Mais cette approche ne répond pas à la question fondamentale : que se passerait-il si ce cadre ne fonctionne pas ? Aussi longtemps que les dirigeants de l’UE ne répondront pas à cette question, les marchés financiers continueront à avoir des doutes sur la stabilité de l’euro à long terme.

La stabilisation de la zone euro en terme économique et politique ne peut se faire sans une structure de résolution de crise solide et sans une réelle capacité à gérer un défaut souverain d’un état membre. L’idée selon laquelle les états membres ne peuvent être autorisés à faire défaut implique logiquement qu’une union politique, ou tout au moins budgétaire, doit soutenir l’euro.

C’est le choix devant lequel se trouvent les dirigeants européens : un pas radical vers l’intégration politique ou des politiques, ou un cadre clair pour gérer les conséquences de l’incapacité d’un état membre à respecter les règles fondamentales de l’union monétaire. Même pour tout l’or du monde, les dirigeants européens ne pourront pas esquiver cette question.

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