Friday, April 18, 2014
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Les êtres humains deviennent-ils meilleurs ?

MELBOURNE – A cause des journaux qui font quotidiennement leur une sur les actes de guerre et de terrorisme, ou sur la répression exercée par des gouvernements autoritaires, sans compter les chefs religieux qui déplorent régulièrement la dégradation des moeurs privées et publiques, il n’est pas difficile d’avoir l’impression que nous assistons à un effondrement moral. Je pense au contraire que nous avons de bonnes raisons d’être optimistes quant à l’avenir.

Il y a trente ans, j’ai écrit un ouvrage intitulé The Expanding Circle, dans lequel j’affirmais qu’au plan historique, le cercle de créatures envers lesquelles nous faisions preuve de considération morale allait s’élargissant, de la tribu à la nation, ensuite à la race ou au groupe ethnique, puis à tous les êtres humains et enfin, aux animaux non humains. C’est, à ne pas en douter, un progrès moral.

Nous pourrions penser que l’évolution conduirait à la sélection d’individus ne prenant en compte que leurs propres intérêts, et ceux de leurs proches, parce que les gênes induisant un tel comportement auraient plus de chances de gagner du terrain. Mais, comme je l’argumentais dans ce livre, le développement de la raison pourrait nous entraîner dans une toute autre direction.

D’un côté, disposer de la capacité à raisonner nous confère un avantage évolutionnaire indéniable, parce qu’elle nous permet de résoudre des problèmes et de planifier pour éviter les dangers, accroissant d’autant nos chances de survie. Et pourtant, d’un autre côté, le raisonnement est plus qu’un outil neutre de résolution de problèmes. Il s’apparente davantage à un escalier mécanique : une fois embarqués, nous pouvons être emmenés là où nous ne pensions pas aller. Le raisonnement nous permet en particulier de comprendre que d’autres, précédemment au-delà de notre perception morale, nous ressemblent sous tous les aspects pertinents. Les exclure de la sphère des êtres auxquels nous devons une considération morale peut alors sembler arbitraire, ou tout simplement faux.

Le livre récemment publié de Steven Pinker, The Better Angels of Our Nature, soutient fortement ce point de vue. Pinker, professeur de psychologie à l’université Harvard, s’appuie sur des recherches récentes en histoire, psychologie, sciences cognitives, économie et sociologie pour soutenir que notre époque est moins violente, moins cruelle et plus pacifique que toute autre période de l’histoire humaine.

Le déclin de la violence s’applique aussi bien aux familles, voisinages, et tribus qu’aux États. En bref, les êtres humains vivant aujourd’hui ont moins de probabilités d’être victimes d’une mort violente, ou de souffrir de brutalité ou de cruauté aux mains d’autrui que leurs prédécesseurs des siècles passés.

Nombreux seront ceux à contester cette observation. Certaines personnes idéalisent le mode de vie supposément plus paisible des chasseurs-cueilleurs par rapport au nôtre. Mais l’examen des squelettes de sites archéologiques démontre qu’au moins 15 pour cent des humains préhistoriques rencontraient une mort violente aux mains de leurs congénères. (A titre de comparaison, au cours de la première moitié du XXe siècle, les deux Guerres mondiales ont causé un taux de mortalité en Europe à peine supérieur à 3 pour cent).

Même les populations tribales considérées comme étant particulièrement « douces » par les anthropologues – par exemple, les Semai en Malaisie, les Kung du Kalahari et les Inuits de l’Arctique centrale – ont un taux d’homicides, par rapport à la population, comparable à celui de Detroit, l’une des villes américaines ayant le taux d’homicides le plus élevé. En Europe, la probabilité d’être assassiné n’est plus aujourd’hui que d’un dixième, et dans certains pays, d’un cinquantième, de ce qu’elle était il y a 500 ans.

Pinker admet que le raisonnement est un facteur sous-jacent important des tendances qu’il décrit. Pour soutenir cette affirmation, il se réfère à « l’effet Flynn » - nommé ainsi en l’honneur du philosophe James Flynn qui a observé que depuis la création des tests de QI, les résultats ne cessent de s’améliorer. Le QI moyen est, par définition, de 100 ; mais pour obtenir ce résultat, les résultats bruts des tests doivent être standardisés. Si un adolescent moyen d’aujourd’hui effectuait un test de QI de 1910, il obtiendrait 130, un score bien meilleur que ceux des 98 pour cent d’adolescents qui auraient fait ce test à cette époque.

Cette amélioration ne peut être imputée à une meilleure éducation, parce que les parties des tests qui affichent des scores plus élevés ne nécessitent pas de maîtriser un bon vocabulaire, ou même des compétences mathématiques, mais portent sur une évaluation du pouvoir du raisonnement abstrait.

Une théorie veut que nous obtenions de meilleurs résultats aux tests de QI parce que nous vivons dans un environnement plus riche en symboles. Flynn lui-même pense que la généralisation de la pensée scientifique joue un rôle.

Pinker estime qu’un pouvoir de raisonnement plus développé nous permet de nous détacher de notre expérience immédiate et de notre étroite perspective personnelle, pour replacer nos idées dans un cadre plus abstrait et universel. Cette aptitude conduit à son tour à des engagements moraux plus justes, dont le refus de la violence. Cette forme de raisonnement est précisément celle qui s’est améliorée au cours du XXe siècle.

Il existe donc de bonnes raisons de penser que nos meilleures facultés de raisonnement nous ont permis de réduire l’influence des aspects impulsifs de notre nature conduisant à la violence. Ce fait sous-tend peut-être le net déclin des décès liés à la guerre depuis 1945 – un déclin plus marqué encore au cours des vingt dernières années. L’être humain n’en reste pas moins confronté à de graves problèmes, dont la menace posée un changement climatique catastrophique. Mais il a aussi aujourd’hui des raisons d’espérer en un progrès moral.

Traduit de l’anglais par Julia Gallin

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  1. CommentedSergio Mayorga

    1. Even though reason makes it possible to solve problems and to plan to avoid dangers, it is a fact that stupid people reproduce at far higher rates. I witness this starkly as I live in a developing country.

    2. Humans may have been getting smarter since 1910. This trend has surely stopped since the surge of Facebook, and is in reverse now. More and more people trifle away their time and their talent perusing banalities and making meta-meta-...-meta-comments.

  2. Portrait of Peter Singer

    CommentedPeter Singer

    Correction by the author:
    The column states that the Semai people of Malaysia have a murder rate comparable, in proportion to population, to that of Detroit.
    I have since been contacted by Professor Robert Dentan, an anthropologist who has carried out extensive research on the Semai, and whose information was used by Bruce Knauft in an article that in turn is referenced in Steven Pinker's book. On the basis of the information supplied by Professor Dentan, and after consulting Professor Knauft, I withdraw the comment about the Semai. The evidence of homicide among the Semai is anecdotal and insufficient to support the conclusion that they have a murder rate comparable to that of Detroit, or anywhere else, for that matter.

  3. CommentedNijaz Deleut Kemo

    Yes, if you are representative of 1% of the worlds population, for sure you are living - getting better. But, what if you do represent 99% of the population (cca. 7 billion). Therefore, OCCUPY MOVEMENT in Spain, U.S.A. and around the globe have made good point, and answered on your wrong thesis, my dear prof. Singer. After all, long time ago Marx said:"The task is not just to understand the world (i.e. neo-colonialism/imperialism) but to change it", and John Cage said:"We can't change our minds (the collective consciousness) without changing the world." So, two dangerous developments in the world still overshadow everything else: first, there are real threats to "Getting Better" for homo sapiens - since 1945 we do have nuclear weapons, and second is, of course, environmental catastrophe (lost habitats, species, natural resources, all since 1850). Simply, our question is not "Are Humans Getting Better?" Why? We do know that science is all about establishing cause and effect. This is why there is a "scientific method" at all. Because it is so easy to fool ourselves (that we are getting better) regarding what causes what to happen in the real world today (i.e. unemployment rate in the Mediterranean countries - cradle of the civilization). Therefore, many problems in the physical world are not amenable to laboratory investigation, or theoretical lamenting. Global warming is only one of them, my dear professor.

  4. CommentedNijaz Deleut Kemo

    NO, MY DEAR PROF. DO NOT USE STATISTIC, OR CONSIDER THIS ONE ONLY ON POPULATION RISE:
    1850................................................ 1 BILLION
    2012................................................ 7 BILLION
    NEXT ONE ON GEOGRAPHICAL REPRESENTATION
    ASIA, AFRICA................................20TH CENTURY AND TODAY (BEGINNING OF 21ST), AND
    EUROPE...........................................19/20TH CENTURY.
    SO MY QUESTION IS: HOW MUCH INDIVIDUALS (PER CAPITA) SUFFERED ON A 1% RATE FOR BOTH PERIODS AND TERRITORIES.
    MY ANSWER IS THAT OUR WAY OF LIVING AND WORKING; I.E. BARBARIANISM, SLAVERY AND COLONIALISM DID THAT. NEO-COLONIALISM IS DOING THAT ONLY 40 YEARS, SO FAR. SO, WE MUST WAIT AND SEE WHAT WILL BE, OUR NEW-NEXT STATISTIC !?

  5. Commentedjohn scanlon

    It is not clear you if stipulate improved individual reasoning for such causes or improved cultural reasoning. The article seems like a case for the former as having a major bearing of our improved outcomes as opposed to the wonderous cultural evolution over time being inherent now in both our institutions (e.g. law & order, concepts of democracy, education), or just plan society & language. It is our advancing cultural progress and conventions which may in large lead to many of our progressive outcomes. Where is the split if any on culture vs individual leading to such outcomes ? Can we go in different directions ('backwards', 'sideways'), and what cultural pressures would lead us there ? Enjoyed the article - thank you.

  6. CommentedProcyon Mukherjee

    Kropotkin’s book ‘Mutual Aid’ had huge number of evidences that proved the theory that societies from ancient times including in the case of animals, both for the wild and the timid to have prospered with one helping the other to face adversities; it is not reason alone that has mattered for people to come together for survival, it is something beyond reason. The survival of the fittest theory and natural selection on the other hand stands the testimony of times that genetic patterns have helped the stronger, farer or more beautiful and attractive to progress than the less endowed ones; truth perhaps lies somewhere in between.
    In today’s world with so many stimuli around us, we have the challenge of rational attention to these stimuli and perhaps due to paucity of time and interest to so many we take the route of rational inattention. This has an impact to our decision making every day. The ability to reason may have improved, but we have other influences that could make us vulnerable and we must be aware that a plethora of information that we are fed with, only a small percentage would end up with a testing of hypothesis with a high probability of success.

    In a world that has to survive and sustain millions of products, services and ideas to which consumers must be attracted to, it is again more than what reason can deliver.

    Whether we are getting better of or worse, again time will tell as yardsticks would keep changing.

    Procyon Mukherjee

  7. CommentedZsolt Hermann

    Interesting article.
    And I share the writer's optimism about the future, as we truly have a cognitive function that we can use for our benefit.
    But we are not doing this consciously yet.
    We can consider human evolution as the development of the Ego.
    We were separated from other animals with the appearance of our Ego, that introduced self awareness, feeling of unique individuality, and the desire for self fulfillment, even at the expense of others beyond necessities.
    This "maximum pleasure/minimum pain" software drove us up to the present moment, where this egoistic development seems to have run into a dead end.
    We evolved into a closed, integral, totally interconnected and interdependent human system, where our egoistic software turned us into cancer cells, suddenly destroying ourselves and the environment.
    We cannot measure this through murder statistics, we need to look at the total picture with the breakdown of almost all human institutions starting from the family unit up to national and international levels.
    And outside of human society we have devoured our environment and now threaten to cause irreversible damage that can seriously threaten even our survival.
    We have a very unique cognitive function, our ability of self analysis and self critique, but we have never used it before. So far we followed our inherent egoistic desires and instincts automatically like robots.
    Today we are at crossroads. The deepening and unsolvable global crisis, and environmental crisis that is the result of our unsustainable, excessive, exploitative lifestyle is pushing us into a corner, where we cannot avoid self scrutiny any longer.
    Now we can activate our mental powers, our human cognition in order to analyze our new global human system, how we relate to nature's laws around us always thriving for homeostasis, and then work out how we, the only truly active element in this system can contribute in such way that we return the whole system into harmony.
    The only question today is if we can do this proactively, wisely, using our mental powers and free choice before we are forced by suffering, or we wait like we have done so far, until the present state becomes so unbearable that we have to change against our will.

  8. CommentedJohn-Albert Eadie

    These are MY ideas, Mr. Singer %^) What I maintain, however is that the "brain software" must have a great leap forward right now, or we won't avoid incineration from climate change.

  9. CommentedJosué Machaca

    Mr. Singer, you said that the world is better now becouse the percentage of deaths decreased. But you did not consider that there are more people in the world. For example, you said "in the first half of the twentieth century, the two world wars caused a death rate in Europe of not much more than 3%". Everybody knows that the two world wars caused millions of deaths. In the past wars caused thousends of deaths only. So, ¿Does the world get better? Your points of view are well, but when we talk of deaths we consider amount, not percentage. (Sorry for the vocabulary, I speak Spanish)

  10. CommentedBoris Krumov

    Hopefully, evolution is not just the physical aspect of itself.
    Making your way around with claws, jaws and biceps might be working for some, but in the longer term choosing the opposite approach is a show of a greater force, the one that really dominates - the force of good.
    Yes, humans are becoming better, but this is a slow and hard process.
    Thanks for the great article !
    Makes you not lose hope :)

    "Blessed are the meek, for they will inherit the earth."

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