Wednesday, July 30, 2014
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Quelles réponses donner à l’Iran ?

NEW YORK – Nous disposons de nombreuses informations sur le programme nucléaire iranien et ce que nous savons n’est pas encourageant. Il semble que l’Iran enrichit de l’uranium dans deux sites – dont une partie est enrichie à plus de 20 pour cent, au-delà du point nécessaire à des fins civiles. L’Agence internationale de l’énergie atomique a de son côté publié un rapport indiquant que l’Iran avait travaillé à la mise au point d’une arme nucléaire. En clair, l’affirmation des autorités iraniennes selon laquelle le programme nucléaire a pour seul objectif la production d’électricité ou la recherche médicale n’a aucune crédibilité.

Ce que nous ne savons pas est tout aussi important. Nous ignorons par exemple si l’Iran mène des activités secrètes dans des sites inconnus, ou à quel moment le pays serait en mesure de fabriquer une arme nucléaire rudimentaire – les estimations s’échelonnent entre plusieurs mois et plusieurs années. Nous ignorons également si les dirigeants iraniens, en proie à des luttes intestines, ont décidé de mettre au point des armes nucléaires ou seulement de s’arrêter juste avant ce stade en calculant que le pays profiterait des avantages liés à la possession de l’arme atomique sans pour autant courir les risques ou subir les coûts associés à son développement effectif.

Quoiqu’il en soit, les activités nucléaires de l’Iran placent le monde devant des choix difficiles. Aucun n’est sans risque ou sans frais. De plus, ni les coûts, ni les risques ne peuvent être évalués avec précision.

Une option serait d’accepter et de vivre avec un Iran nucléarisé ou proche de l’être. Dans ce cas de figure, l’Iran pourrait éventuellement être dissuadé d’utiliser des armes nucléaires, tout comme l’Union soviétique durant la Guerre froide. Les boucliers antimissile pourraient être développés davantage ; les Etats-Unis pourraient étendre leurs garanties de sécurité de façon à ce que l’Iran comprenne que toute menace d’utilisation ou l’utilisation effective d’armes nucléaires entraînerait une réponse sans équivoque des Etats-Unis.

Mais il y a des inconvénients majeurs à accepter un Iran doté de l’arme nucléaire. Compte tenu de sa propension à recourir à la subversion et au terrorisme contre ses adversaires, un Iran nucléarisé pourrait se révéler plus entreprenant encore. Il pourrait également transférer des matériaux, des technologies ou des armes nucléaires à ses alliés (au Venezuela dirigé par Hugo Chavez, par exemple) ou à des organisations radicales comme le Hezbollah et le Hamas. Et au lieu de promouvoir la prudence et la stabilité dans la région, l’Iran ou Israël pourrait être tenté de frapper en premier en cas de crise.

On ne peut pas non plus être certain que le régime iranien, radical et divisé, se comportera toujours de manière rationnelle et que la prolifération se cantonnera à la République islamique d’Iran. SI celle-ci développe l’arme nucléaire, des pays comme l’Arabie saoudite, la Turquie et l’Égypte pourraient être tentés d’acquérir ou de développer à leur tour des armes nucléaires. Un Moyen-Orient avec plusieurs acteurs nucléaires en mesure d’appuyer sur des détonateurs est le tableau le plus cauchemardesque qui soit.

A l’autre extrême de l’éventail des choix politiques se trouve l’attaque préventive : une frappe militaire (sans doute par Israël, les Etats-Unis, ou les deux) contre des sites iraniens liés à son programme nucléaire. Le principal objectif serait de stopper net l’émergence d’une menace qui n’est pas encore concrétisée.

Ce cas de figure présente également de nombreux inconvénients. Même une attaque préventive réussie ne ferait que retarder de quelques années le programme nucléaire iranien. Les installations seraient très probablement reconstruites, sans doute dans des sites souterrains et fortifiés qui rendraient d’autant plus difficiles des frappes futures.

L’Iran pourrait de plus riposter immédiatement contre un certain nombre de cibles, notamment l’Arabie saoudite, l’Irak, l’Afghanistan et d’autres centres d’intérêt américains ailleurs dans le monde – ainsi que contre des cibles sur le territoire américain. Le Hezbollah pourrait attaquer Israël. Si tout cela se produisait, l’incertitude et le risque de pénurie ferait flamber le prix du pétrole, plongeant l’économie mondiale, déjà instable, dans une récession. Des frappes militaires contre l’Iran pourrait également inciter l’opinion publique iranienne à se rallier au gouvernement, réduisant d’autant les chances de voir émerger un régime plus responsable.

Il n’est donc pas étonnant que les Etats-Unis et d’autres pays aient envisagé des alternatives, dont un changement de régime en Iran. Mais aussi souhaitable qu’il soit, aucune mesure politique ne peut le garantir. La principale stratégie politique envers l’Iran a en conséquence été le durcissement des sanctions économiques, qui ont des répercussions de plus en sérieuses sur l’économie iranienne. La logique qui sous-tend cette stratégie est que le régime iranien, craignant de perdre le contrôle politique en raison du mécontentement populaire lié aux effets des sanctions, recalculera les coûts et bénéfices de ses activités nucléaires et deviendra plus réceptif à l’idée de négocier des limitations de ce programme en échange de la levée des sanctions.

Cette approche pourrait porter ses fruits. Le soutien international aux sanctions est important et continue à croître. Il devient difficile pour l’Iran (dont l’économie dépend en grande partie de ses exportations de pétrole, à hauteur de deux millions de barils par jour) de trouver des clients – et surtout des clients prêts à payer le brut au prix fort. Dans le même temps, la devise iranienne s’effondre, plaçant les produits importés hors de portée de nombreux Iraniens.

D’autres éléments de la politique actuelle qui semblent suivis d’effet sont les efforts clandestins visant à limiter l’importation de technologies sensibles par l’Iran. Un virus informatique a par ailleurs été introduit dans les ordinateurs iraniens, réduisant la capacité des centrifugeuses à enrichir l’uranium. Il est également possible que l’assassinat de scientifiques nucléaires iraniens ait ralenti l’avancement du programme nucléaire du pays.

Mais le ralentir ne revient pas à le stopper. La question se pose donc de savoir si les sanctions actuelles peuvent être étendues et durcies ; à ce sujet, la Chine et la Russie doivent encore déterminer quelles sont leurs priorités. Une autre question est de savoir si les sanctions suffiront pour amener les dirigeants iraniens à accepter des limitations vérifiables de leur programme nucléaire. Et une troisième question non résolue est combien de temps Israël ou les Etats-Unis toléreront les activités iraniennes avant de lancer des frappes militaires.

En fait, la seule certitude est que le programme nucléaire iranien demeurera au centre de l’actualité en 2012 – et en sera très probablement le sujet le plus brûlant.

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  1. CommentedDimitri Synchovic

    The real problem is the fact that none of you so called policy makers or experts seem to do any basic research into the underlying topic you are discussing whatsoever.

    "some of it to levels of 20%, far beyond what is required for civilian purposes."

    This is completely incorrect. Where do you even get this information. Research reactors tend to operate at 20% Enrichment levels for U-235, although some of the older ones utilize 93% enrichment. And they aren't just used for energy research either.

    The majority of medical isotopes, and radioactive material utilized in all sorts of non energy related research (non weapons research) can be created as well. Most documentation supports the fact that enrichment sub 20% poses near 0 risk for any sort of weapons proliferation. This is from our own experts, something I would expect a policy person to know.

    Suggested Reading:
    http://www.princeton.edu/sgs/publications/sgs/pdf/14_1_1-24_Glaser.pdf
    http://world-nuclear.org/info/inf61.html

    The other amusing thing your analysis overlooks is we built the reactor they are using now which requires 20% enriched Uranium to operate. 20% enrichment is the minimum capacity they would need to not be dependent on outside sources for fuel.

    On Top of this all you policy folks seem to ignore the fact that Iran spends $7 billion on its military. One of the lowest numbers of any country in the region. Effectively 1.8% of GDP. Saudi Arabia spends 14%, israel near 10%, though I suspect you can search wikipedia and find this information out yourself.

    Its uninformed and quite frankly ignorant self serving posts like yours with no basis in fact or technical analysis whatsoever that concern me. Are you being paid to beat the drums of war, is this what project syndicate is all about...

    -Dimitri

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