Tuesday, September 2, 2014
0

Angela Merkel à la rencontre du monde

Angela Merkel a finalement été nommée Chancelier de l'Allemagne, devenant ainsi la première femme à occuper ce poste. Même si la continuité restera la caractéristique de la politique internationale allemande, l'engagement international de l'Allemagne sous Mme Merkel prendra un ton et une tournure différents de ce qu'il fut sous la direction de Gerhard Schröder.

M. Schröder est arrivé au pouvoir il y a sept ans, représentant une nouvelle génération dont l'expérience et la formation ne relevaient pas de la Guerre froide, l'intégration européenne et l'amitié transatlantique mais plutôt de l'unification allemande et de la restauration de la souveraineté nationale. Pour son équipe et lui-même, prenant la relève après les 16 années de règne d'Helmut Kohl, l'Allemagne était devenue un pays comme un autre qui ne se différenciait guère des poids lourds européens tels que la France ou la Grande-Bretagne.

En effet, l'une des premières expériences importantes de M. Schröder en matière de politique étrangère fut le sommet européen de 1999 où les dirigeants de la France et de la Grande-Bretagne menèrent la vie dure au nouveau venu de Berlin. La leçon qu’il en tira fut d’insister pour que l’Allemagne ne soit plus considérée comme partie négligeable, exigeant un rôle en accord avec sa taille et son poids.  Cette assertion devint le slogan de l’Allemagne et de sa politique étrangère.

Ainsi, quand M. Schröder invoqua des circonstances extraordinaires pour expliquer l’incapacité de l’Allemagne à respecter ses plafonds budgétaires dans le cadre du Pacte de stabilité et de croissance de l’Union européenne, il semblait défendre l’idée que ces restrictions ne devaient s’appliquer qu’aux petits pays et non pas aux grands partenaires.  Quand il s’opposa à juste titre à l’Amérique dans l’affaire de la guerre d’Irak, on pouvait sentir toute la fierté qu’il y avait à s’opposer à l’unique superpuissance au monde. Quand il établit des liens politiques et personnels proches avec le président russe, Vladimir Poutine, il signala ainsi au monde entier, et aux nouveaux membres d’Europe de l’Est de l’Union européenne restés sensibles en la matière, que la politique étrangère de l’Allemagne ne serait plus jamais à la merci de son passé.

Il faut quand même admettre que c’est sous la direction de M. Schröder que l’Allemagne a abandonné ses réticences pour le déploiement de troupes à l’étranger. Son soutien lors des crises internationales au Kosovo, en Bosnie ou en Afghanistan nécessitait un courage politique conséquent et fit de l’Allemagne l’un des principaux contributeurs aux efforts internationaux pour rétablir la paix. Avoir réussi à extraire le débat de la controverse idéologie domestique est une des principales réalisations du mandat de M. Schröder. Cela servit également à indiquer clairement que l’Allemagne était devenue une puissance internationale en soi.

Avec Mme Merkel, la substance de la politique étrangère de l’Allemagne changera peu, mais le style assertif sera mis en sourdine. Les leaders américains apprécieront son élection comme une preuve de la fin des difficultés dans leurs relations bilatérales. Cette aliénation prit fin, cependant, un peu plus tôt cette année, quand le gouvernement de M. Bush comprit que les alliés sont nécessaires et que l’Allemagne représentait un allié d’importance. Mme Merkel permettra le retour de relations chaleureuses que M. Schröder avait délaissé, mais elle ne deviendra pas la béni-oui-oui de l’Amérique.

Pas plus qu’elle n’abandonnera les liens privilégiés entretenus avec la Russie, auxquels tous les chanceliers allemands ont accordé une importance majeure depuis M. Adenauer. Elle a pourtant déjà clairement indiqué que les voisins à l'est de l’Allemagne n’auront aucune raison de se sentir ignorés. Elle voudra peut-être même renforcer ce message en accordant sa première visite officielle à l’étranger non pas à Paris mais à Varsovie ou Vilnius.

Pour ce qui est de l’Europe, elle est tout autant dévouée à l’intégration que ses prédécesseurs le furent. Elle continuera à mettre l’accent sur le rapprochement avec la France parce qu’il n’y a pas d’alternative, la Grande-Bretagne absente de la zone euro et des accords de Schengen reste l’élément qui ne semble pas à sa place au sein de l’Union européenne.

Cependant, aucune initiative ne sera prise quant à l’intégration tant que les leaders des pays ayant rejeté le traité constitutionnel ne seront pas prêts à réessayer. Mme Merkel pourrait bien alors être en position clé pour apporter un peu de poids à un nouvel effort destiné à remettre en marche la machine de l’Union européenne. Elle continuera à favoriser une éventuelle intégration des États des Balkans, mais elle ne se cache pas de son opposition à l’entrée de la Turquie, ce qui représente un changement d’importance par rapport à la position de l’ère de M. Schröder (bien que son gouvernement ne bloquera pas l’ouverture des négociations prévue pour le début du mois d’octobre).

En fait, Mme Merkel aura peu à faire après son élection pour imprimer sa marque en matière de politique étrangère, car le visible changement de style suffira, du moins dans un premier temps. En tout état de cause, elle aura suffisamment à faire pour mettre en place les réformes économiques pour lesquelles elle aura été élue et qui représentent ses principales priorités. On voit que l’Allemagne émerge enfin de plusieurs années de stagnation économique, et certainement en partie grâce aux réformes lancées sous la direction de M. Schröder. Mme Merkel peut espérer en recueillir les bénéfices sur le plan domestique.

À l’étranger, elle n’a aucunement besoin de faire la preuve que l’Allemagne est un partenaire important en Europe, car ses partenaires en sont pleinement conscients. L’Allemagne représente cependant plus qu’un simple pays parmi d’autres : elle reste essentielle au maintien de deux institutions internationales qui perpétuent son bien-être, l’Union européenne et l’Alliance atlantique. Il semblerait que Mme Merkel soit plus consciente de cette situation que ne le fut M. Schröder. On ne peut qu’espérer que cette reconnaissance lui servira de guide quand il faudra prendre des décisions difficiles et que les changements de style ne suffiront plus.

Hide Comments Hide Comments Read Comments (0)

Please login or register to post a comment

Featured