Friday, November 28, 2014
0

Inde – Pakistan : la diplomatie du cricket

LAHORE – En 2005, lors d’une visite à Islamabad, j’ai rencontré le président pakistanais Pervez Musharraf et lui ait relaté une conversation que j’avais eue avec le Premier ministre indien Manmohan Singh. Le dirigeant indien, que je connais depuis de nombreuses années, m’avait fait part de son désir de voir son legs politique comprendre une amélioration des relations avec le Pakistan.

La réponse de Musharraf ne manquait pas d’intérêt. Il me dit qu’il avait le même souhait, mais que des efforts soutenus des deux côtés seraient nécessaires pour faire évoluer la situation. « J’ai invité Manmohan à venir au Pakistan une demi douzaine de fois. Je lui ai également proposé de se rendre au village, près de Chakwal, où il est né. Mais il continue à tergiverser », me dit-il.

J’ai rapporté ces propos à Singh, qui m’expliqua que dans une démocratie telle que l’Inde, de nombreuses tractations avec les membres de la coalition et  les hauts fonctionnaires de l’administration étaient nécessaires pour que le Premier ministre puisse se rendre au Pakistan, en précisant que « Musharraf est un militaire, il n’a qu’à faire ses valises et venir en Inde ».

Musharraf s’est effectivement rendu en Inde quelques mois plus tard, après avoir extorqué une invitation à Singh pour assister à un match de cricket entre les deux pays à New Delhi en 2005. Il fallut un certain temps au gouvernement indien pour répondre à la demande de Musharraf, mais une fois formulée, elle reflétait la cordialité caractéristique de Singh.

A la fin d’un discours prononcé devant la Lok Sabha, la chambre basse du Parlement indien, Singh confirma formellement l’invitation. « Ce serait idéal si nous pouvions traiter les affaires du pays dans cette auguste Chambre avec le même fair-play dont font preuve nos joueurs sur les terrains de cricket du sous-continent », dit-il. « J’ai le plaisir d’annoncer aux honorables membres de cette Chambre que j’ai décidé d’inviter le président Musharraf à venir en Inde assister au match de cricket entre nos deux équipes. C’est mon vou le plus cher que les peuples de nos pays voisins et leurs dirigeants se sentent libres de se rendre visite quand bon leur semble. Que ce soit pour assister à un match de cricket, ou faire des achats, ou visiter des amis ou leur famille – l’Inde est fière d’être une société ouverte, une économie ouverte. Je souhaite sincèrement que le président Musharraf et sa famille apprécient leur visite dans notre pays ».

La déclaration du Premier ministre fut accueillie par des acclamations, et non par les huées que craignaient certains de ses conseillers. Musharraf assista au match sur le terrain de cricket de Ferozeshah Kotala à Delhi, que l’équipe pakistanaise remporta. Au cours de la rencontre, les deux dirigeants trouvèrent le temps de discuter des relations bilatérales et décidèrent d’initier ce qui fut par la suite appelé le « dialogue composite », sur huit points de contentieux qui avaient envenimé les relations depuis si longtemps. Trois ans plus tard, un groupe terroriste basé au Pakistan tuait plus de 160 personnes à Mumbai, la capitale financière de l’Inde – et dans la foulée, anéantissait l’ouverture diplomatique initiée par le cricket.

Mais une fois de plus, le cricket a permis de relancer le dialogue entre les deux puissances nucléaires rivales du sous-continent. L’initiative est cette fois-ci venue de Singh, qui a invité son homologue pakistanais, le Premier ministre Yusuf Raza Gilani, à venir assister au match de demi-finale de la Coupe du monde de cricket entre l’Inde et le Pakistan, au stade de Mohali, près de New Delhi. Ce match, joué le 30 mars, vit l’Inde l’emporter de justesse.

Mais au plan politique, le poids des dirigeants respectifs de ces deux pays n’était pas équilibré. Du triumvirat qui gouverne aujourd’hui le Pakistan – composé du président, du Premier ministre et du chef de l’armée – c’est l’autorité du Premier ministre qui pèse le moins lourd. Bien que les deux Premiers ministres, Singh et Gilani, aient assisté au match côte à côte, ce sera en finale le processus politique, plutôt que le protocole, qui déterminera l’évolution des relations bilatérales.

Après la rencontre, Singh a déclaré que « l’Inde et le Pakistan doivent travailler ensemble pour trouver des solutions de coopération et une nécessaire réconciliation permanente pour vivre ensemble dans la dignité et l'honneur. Nous devons mettre fin à nos anciennes animosités pour répondre aux problèmes de nos deux nations ». Gilani s’est fait l’écho de ce sentiment :  « Nous devons nous attaquer en priorité à nos ennemis communs – l’inflation, la pauvreté, la faim, la maladie et le chômage – pour ouvrer à la prospérité de nos deux pays ».

Des signes de détente sont manifestes. Les hauts fonctionnaires des ministères du Commerce, de la Défense et des Affaires étrangères doivent se rencontrer au cours des deux prochains mois à la suite d’une réunion des ministres des Affaires étrangères indien et pakistanais. Gilani a invité Singh à se rendre au Pakistan, une invitation qui sera « étudiée attentivement », selon la secrétaire d’État indienne aux Affaires étrangères Nirupama Rao. Elle a par ailleurs estimé « qu'un esprit de Mohali avait soufflé sur les deux pays. Un état d’esprit extrêmement positif et encourageant a émergé des rencontres d’aujourd’hui ».

Nous avons bien sûr déjà exploré cette voie, pour voir déçues les attentes concernant de meilleures relations entre l’Inde et le Pakistan. Rien ne permet de penser que ce sera différent cette fois-ci. Mais pour les deux pays, l’espoir  demeure toujours.

  • Contact us to secure rights

     

  • Hide Comments Hide Comments Read Comments (0)

    Please login or register to post a comment

    Featured