Wednesday, April 23, 2014
Exit from comment view mode. Click to hide this space
2

Une stratégie asiatique pour l’Iran

SINGAPOUR − Lorsque que les agitations liées à l’élection iranienne prendront fin, l’Occident conclura probablement d’un jugement incisif : les méchants ont gagné. Bien sûr, l’Occident a eu raison de prendre le parti des gentils, les manifestants. Donc, l’Occident n’assumera pas sa part de responsabilité dans le résultat final.

Ce qu’il y a de tragique dans un tel raisonnement est qu’il est sans nuance et qu’il ignore la complexité politique ou morale. C’est pourtant essentiel si l’on veut résoudre les nombreux problèmes autour de l’Iran. De plus, avec Mahmoud Ahmadinejad à la présidence de l’Iran, l’Occident aura une fois encore recours aux mêmes méthodes pour faire face aux régimes ennemis : imposer de nouvelles sanctions. Ceci aurait pour conséquence d’aggraver plus encore cette tragédie.

La seule vraie leçon à tirer de ces élections présidentielles très disputées est que le pays compte une société civile extrêmement dynamique. De nombreux iraniens courageux étaient prêts à risquer leur vie pour défendre leurs convictions. Leur habileté à le faire prouve que l’Iran n’est pas un état totalitaire hermétique comme la Corée du Nord. Malgré de nombreuses années de pouvoir théocratique (et peut-être à cause de cela), les esprits iraniens demeurent ouverts et engagés.

Il est donc possible d’espérer que l’Iran puisse changer, se moderniser et s’ouvrir comme ce fut le cas ailleurs en Asie. La seule stratégie viable à adopter est d’arrêter d’essayer d’isoler l’Iran et plutôt de convaincre les iraniens de s’engager plus encore aux côtés de l’Asie moderne.

La vision mondiale de l’Iran s’articule autour de trois civilisations asiatiques majeures : celles de la Chine, de l’Inde et de la Perse (cette dernière étant la plus influente). Les iraniens espèrent avoir des résultats comparables à ceux de la Chine et de l’Inde. Donc, alors que les vaines intimidations de l’Occident n’auront aucun effet, les iraniens vont finir par se rendre compte que leur société est à la traîne de la Chine et de l’Inde au fur et à mesure que ces dernières s’ouvriront sur le monde. Les iraniens trouveront peut-être alors la motivation nécessaire pour revoir leur façon de faire et de penser. Plus les iraniens découvriront la Chine et l’Inde, plus ils seront à même de faire changer les choses chez eux.

De la même manière, l’Occident devrait renouer des liens avec la société iranienne, même si l’absence de relations diplomatiques entre les Etats Unis et l’Iran est un obstacle majeur. Selon la politique étrangère américaine, toute relation diplomatique avec l’Iran serait l’expression d’une forme d’approbation. En fait c’est tout le contraire. La diplomatie fut inventée justement pour permettre d’établir des liens avec les adversaires, et non avec les amis. Personne n’a besoin d’immunité diplomatique pour parler avec ses amis. Il en faut pour échanger avec ses adversaires. Malheureusement, aucun homme politique américain ne semble désireux d’expliquer cette règle élémentaire de bon sens à l’opinion américaine.

Les Etats unis pourraient pourtant tirer les leçons d’autres exemples dans le passé. Nombreux sont les américains qui ont applaudi le président égyptien Anwar el - Sadat pour le courage politique dont il a fait preuve en se rendant à Jérusalem il y trente ans – une décision qui a fini par lui coûter la vie – quand bien même la majorité des égyptiens étaient en total désaccord avec cette démarche.

Il est utile de rappeler les mots du président Richard Nixon lorsque, à la veille de renouer des relations diplomatiques avec la Chine, il se rendit à Pékin : « nous avons pu être ennemis par le passé. Nous avons de nombreux points de désaccord aujourd’hui. Ce qui nous réunit, ce sont nos  intérêts communs qui dépassent ces différences. En discutant de nos différences, aucun de nous ne fera de compromis sur nos principes respectifs. Nous ne pourrons pas effacer les obstacles qui nous opposent mais nous pouvons établir des passerelles qui nous permettront d’ouvrir le dialogue. »

L’Occident devrait ignorer la nature du régime politique iranien dans sa démarche d’approche. Il est pratiquement impossible pour un étranger de comprendre les réelles dynamiques politiques internes de l’Iran. A peine le monde avait-il compris qu’Ahmadinejad n’était qu’un instrument du chef suprême, l’Ayatollah Khamenei, qu’il nommait un vice-président qui n’avait pas les faveurs de ce dernier (il s’est rétracté par la suite). Ce dont nous sommes certains est que le régime est divisé.

Ces divisions permettront l’émergence de nouvelles forces au sein de la société iranienne et tous les moyens devraient être mis en œuvre pour atteindre cette société, à tous les niveaux. Les étudiants iraniens devraient être encouragés à se rendre et étudier dans les universités asiatiques où ils pourront découvrir à quel point les jeunes chinois et les jeunes indiens sont confiants en l’avenir ; ce qui ne manquera pas de les faire réfléchir sur les raisons pour lesquelles la jeunesse iranienne ne partage pas cet optimisme.

Une dernière raison qui justifierait que l’Occident change de cap est que les sanctions mises en œuvre se montrent de moins en moins efficaces. Seuls 12% de la population mondiale habite en Occident ; le pouvoir lui échappe lentement mais sûrement. La décision de juillet 2009 des pays non-alignés (qui comprend 118 membres) d’organiser leur prochaine session à Téhéran est une illustration forte de la perception que ces pays ont de l’Iran. Si l’Occident persiste avec sa politique de sanctions, cela ne donnera rien de bien. Mais qu’est ce qui est le plus important : faire le bien ou se sentir bien ?

Exit from comment view mode. Click to hide this space
Hide Comments Hide Comments Read Comments (2)

Please login or register to post a comment

Featured