Friday, October 31, 2014
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Les trois déficits des USA

BERKELEY – Selon plusieurs rapports publiés depuis le début de l'année et auxquels on aimerait croire, la reprise économique des USA se confirme. Le rythme de la création d'emplois s'est accéléré, les indicateurs relatifs à la production industrielle et aux services se sont redressés et la consommation a augmenté plus tôt que prévu. Mais il faut y regarder de plus prés.

La croissance de la production reste anémique et l'économie des USA continue à être confrontée à trois déficits notables : celui de la création d'emploi, du montant des investissements et enfin celui du budget qui dure depuis longtemps. Et probablement aucun ne pourra être épongé en cette année d'élection présidentielle.

Même si le niveau de la production vient de dépasser celui du quatrième trimestre 2007, il est bien en deçà du niveau qui serait atteint si les ressources humaines et la capacité de production étaient utilisées à 100%. L'écart entre les deux est estimé à plus de 7% du PIB, soit plus de 1000 milliards de dollars.

Il correspond à plus de 12 millions d'emplois qu'il faudrait créer pour revenir à la situation de 2007 lors du pic économique et fournir un travail aux 125 000 nouveaux entrants sur le marché du travail chaque mois. Même si, comme on le prévoit généralement, le taux de croissance atteint 2,5% en 2012, la  création d'emplois restera insuffisante et se prolongera jusqu'en 2024.

Cette situation est due avant tout à une demande agrégée insuffisante. La consommation qui représente quelques 70% des dépenses totales est limitée en raison du chômage, de la trop faible  hausse des salaires et de l'effondrement de la valeur de l'immobilier et du patrimoine des ménages. La remontée de la consommation lors des derniers mois de 2011 a été financée par une baisse du taux d'épargne des ménages et par une augmentation marquée des crédits à la consommation. Ces tendances ne sont ni saines ni durables.

Avec un taux de chômage de 8,5% (64% seulement des plus de 16 ans ont un emploi ou en recherchent) et la stagnation des salaires réels, les revenus du travail ont atteint le minimum historique de 44% du revenu national. Or le revenu du travail représente l'essentiel du revenu des ménages qui est le moteur de la consommation.

Avant la Grande récession, les travailleurs américains et les ménages étaient déjà en difficulté. Le rythme de création d'emplois entre 2000 et 2007 a ralenti au point de n'être plus que la moitié de ce qu'il était lors des trois décennies précédentes. La croissance de la productivité était forte, mais dépassait largement la croissance des salaires et le salaire horaire réel a baissé durant cette période, même pour les titulaires d'un diplôme universitaire.

La période 2007-2008 est la seule période de reprise durant laquelle le revenu médian réel des ménages a baissé. Par ailleurs, le marché du travail continuait à être polarisé, avec des créations d'emplois d'une part dans les secteurs à haute rémunération tels que la gestion, les nouvelles  technologies et les professions libérales et d'autre part dans les secteurs à faible rémunération tels que la restauration rapide, le soin aux personnes et les agences de sécurité.

Par contre, le marché du travail s'est fortement contracté pour les ouvriers qualifiés et les employés de bureau, notamment dans la production manufacturière. Disposant de moins de ressources, les ménages ont moins épargné, mais ils ont emprunté en engageant leur maison à titre de garantie et se sont endettés pour financer leur consommation, ce qui a contribué aux bulles de l'immobilier et du crédit qui ont éclaté en 2008 - d'où les douloureuses mesures de désendettement sont toujours en vigueur.

Trois facteurs ont aggravé la situation du marché du travail américain :

·         l'évolution technologique qui a automatisé les tâches répétitives et exige une main d'œuvre hautement qualifiée avec au moins un diplôme de premier cycle universitaire,

·         la concurrence mondiale, l'intégration des marchés du travail et les délocalisations qui ont supprimé des emplois et poussé les salaires à la baisse,

·         la baisse de la compétitivité des USA en tant que pays attractif pour la production et l'emploi.

L'évolution technologique et la mondialisation ont engendré des problèmes analogues dans d'autres pays développés. Mais c'est la politique des USA qui est à l'origine de leur perte de compétitivité.

En particulier ils n'investissent pas suffisamment dans la formation, les infrastructures, la recherche et le développement, trois domaines essentiels pour la création d'emplois à salaire élevé. Les sommes qui leur sont consacrées représentent moins de 10% du budget fédéral, et cette proportion est à la baisse depuis un certain temps. Or actuellement l'Etat peut emprunter à des taux extrêmement bas, tandis que dans ces trois domaines, nombre de projets potentiellement rentables susceptibles de doper la compétitivité sont en manque de financement.

Le président Obama a fait de nombreuses propositions d'investissement pour soutenir la compétitivité. Mais au Congrès les républicains les ont rejetées, prétendant qu'une crise budgétaire menace les USA. En réalité, le déficit du budget fédéral en proportion du PIB va fortement diminuer au cours des prochaines années, même sans mesures supplémentaires visant à réduire le déficit, avant de se creuser à nouveau et d'atteindre un niveau insoutenable en 2030.

Les USA sont confrontés à un déficit budgétaire de longue durée, essentiellement la conséquence de l'augmentation des dépenses de santé et d'une population vieillissante. Mais le déficit budgétaire actuel tient à des recettes fiscales insuffisantes dues à une faible croissance, à un chômage élevé et à des mesures temporaires de relance qui arrivent à leur terme au moment où la demande agrégée reste faible et qu'il faudrait des mesures supplémentaires de relance.

Pour que la croissance soit de 2,5% cette année, il faut au minimum que l'allégement des charges patronales sur les salaires et les indemnités chômage proposés par Obama soient maintenus jusqu'à la fin de l'année. Cela renforcerait la fragile reprise en cours sans creuser le déficit budgétaire à long terme.

Alors comment résoudre le problème du déficit des USA en matière d'emplois, d'investissement et de budget ? Les responsables politiques devraient coupler les mesures budgétaires destinées à diminuer le déficit en matière d'emplois et d'investissement avec un plan pluriannuel visant à réduire progressivement le déficit budgétaire.

Ce plan qui s'étendrait sur plusieurs années devrait comporter une hausse des dépenses dans l'éducation, les infrastructures et la recherche, tout en limitant la hausse des dépenses de santé grâce aux mécanismes de contrôle des coûts inclus dans la nouvelle législation sur l'assurance-maladie d'Obama. Adopter un tel plan tout en différant son application au moment où l'économie sera proche du plein emploi éviterait qu'une contraction budgétaire prématurée ne fasse replonger l'économie dans la récession. Cela doperait la production et la création d'emplois en rassurant les investisseurs quant au déficit et en redonnant confiance aux consommateurs et aux entreprises.

Aussi douloureux soit-il, il faut décider maintenant de ce plan afin de le mettre en œuvre dés que la reprise économique sera incontestablement au rendez-vous. Mais pour les prochaines années, les priorités budgétaires doivent être l'emploi, les investissements et la croissance. 

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  1. Commentedparthasarathy Shakkottai

    Bushido, the warrior code says:
    1. Think of what is right and true.
    2. Put the science into practice.
    3. Become acquainted with the arts.
    4. Understand the negative and positive qualities in everything.
    5. Learn to see everything accurately.
    6. Become aware of what is not obvious.
    7. Be careful even in small matters.
    8. Don’t do anything useless.
    This is about items 4, 5, 6, 7, and 8 for people who dabble in economy like me.

    The biggest problem in public analysis is the economic illiteracy of mainstream media, congress, president and neo-liberal economists who confuse the budgets of USA (the currency issuer) with budgets of everybody else (currency users). Scare words like “unsustainable debt”, “living beyond our means”, “debt crisis” etc. are used and comparisons made to household budgets, a totally incorrect analogy. The dollar is basically a token that keeps the economy running.
    Modern Monetary Theory is true. Lots of data is conformity with it. Deficits are good, surplus is bad, govt debt implies private sector wealth, national debt need not be paid back, USA does not need taxes to spend, the debt/GDP does not mean anything for a monetarily sovereign nation, China does not fund our economy, inflation is not a risk until full employment is reached, USA can afford to bailout the states and stop all austerity. Almost everything said in the mainstream media is wrong. The congress and the president repeat talking point economics as does Fox News. It is a shame!
    Income taxes play a minor role in macroeconomics. There is no urgency in fixing taxation. It is a major distraction to allow any useful action. Immediate deficit funding is what is required. Taxation has a role in income equality and inflation control and can be attended to later because right now the plutocracy is in control. Government creates money and the economy uses it. http://pshakkottai.wordpress.com/2011/11/23/how-the-economy-works-a-diagram/
    a) Federal Deficits – Net Imports = Net Private Savings is strictly true.
    Government creates money and the economy uses it. http://pshakkottai.wordpress.com/2011/11/23/how-the-economy-works-a-diagram/
    a) Federal Deficits – Net Imports = Net Private Savings is strictly true. Govt “debt” is the sum of all deficits and appears on one side of the equation whereas the private sector “debt” means negative savings. Govt deficit is the source of money.
    Govt “debt” is the same as private savings. These are in the form of the govt bonds held by citizens, pension funds and so on. If the national debt is paid off lots of citizens will be unhappy. The interest also flows into the private sector. The two key equations in economics which apply to any system of govt are a) and b):
    A numerical proof of (a) is shown in figure 4 of http://pragcap.com/resources/understanding-modern-monetary-system
    b) Gross Domestic Product = Federal Spending + Private Investment + Private Consumption + Net exports.
    The GDP has been approximately 5 times govt spending. Actual data is in
    http://pshakkottai.wordpress.com/2011/10/16/
    http://www.davemanuel.com/charts2/surpluses_and_deficits_1940-2011.html shows deficits have been quite common (58 deficits out of 70 years)
    The household net worth of USA is $58.5 Trillion. The national debt is $14 T. GDP is about the same, $14T/yr. The ratio of GDP/yr to govt spending/yr has been about 5 over the years. The same ratio holds for household net worth to national debt.
    The currency issuer is the monopoly producer of money and, just as every asset has a liability, also results in government liabilities. The issuer's liabilities, or "debt", is a digital account of the currency supply used by the currency users. To a fiat currency issuer, the currency supply is a digital accounting tool, not an asset in and of itself. The currency supply is simply the bookkeeping records corresponding to all the currency users’ savings in banknotes, deposits, and treasuries.
    Money functions as both a store of value and a medium of exchange. When users acquire dollars they can spend them for items in the marketplace or choose to save them as banknotes, deposits, and treasuries.
    The more users choose to save the more "debt" the issuer takes on. A common misconception is that currency issuers "borrow" money. The issuer does not borrow because it is the monopoly producer of the currency - the money that currency users spend or save. This is simply double entry accounting.
    Savings by currency users, domestic or foreign, is a straightforward concept on an individual level but becomes counter intuitive on a macro level." from
    http://dollarmonopoly.blogspot.com/p/issuer-user-paradigm.html”
    Which has nice sketches to explain MMT.

  2. CommentedWilliam Wallace

    Spot on. The real question that plagues us, however, is how to make political and economic debate rational again, else ideas such as these will remain stellar, yet unheeded, blog posts.

    I fear that until the Citizens United decision is reversed, and media de-oligopolized, we're going to have a hard time of it.

  3. CommentedPaul A. Myers

    I would like to see a broad-based progressive policy debate in the United States by economic progressives centered on an immediate $1 trillion public works program as part of a multi-trillion dollar, multi-year investment approach to more research, more investment in educational skills, and progressive employment practices that ensure low-wage jobs carry reasonable health insurance.

    Strong arguments should be taken to the American public that taking on public debt to build public assets is the "smart play" to gain future competitive advantages for the American economy, to make sure America comes out the "winner" in the future competition with the new emerging countries.

    A clear argument needs to be made that the only way to turn around the decade-long decline in average median wages, and the decline in purchasing power for the majority of American households, is through first massive investments in public infrastructure that impact private sector productivity and then improved skills-based education in the medium term--smarter plumbers, smarter physicists.

    A clear argument needs to be made that improving average real wages and family real incomes does not come from tax cuts at the top, that a billionaire-based economy is not a middle class economy.

    It is long since past time to take the progressive arguments straight against the economic reactionaries and brand the economic royalists for what they are.

    And since the economic royalists are running their poster boy for president this year, what better time to take the good arguments, the sound reasoning to the American public.

    And can we stop talking about the debt we're going to leave to our children and start talking about the assets and opportunities that we are going to bequeath to them.

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