Wednesday, April 16, 2014
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L'Économie schizophrène de l'Amérique

Les informations qui ont transpiré sur l'état de l'économie américaine dans la première quinzaine de mars ont dépeint - une fois de plus - un tableau que seul un schizophrène pourrait créer. L'investissement réel (ajusté pour tenir compte de la baisse des prix des biens de haute technologie et de l'information) a poursuivi sa fulgurante ascension. La production industrielle et le commerce correspondent aux prévisions consensuelles de croissance réelle du PIB a un rythme annuel de 4 % ou plus. Pourtant, en dépit de tout cela, l'emploi a stagné : la création nette d'emplois aux États-Unis est toujours en panne.

Cela ne veut pas dire que l'emploi en Amérique ne peut pas croître. Les secteurs de l'éducation et de la santé emploient près de 300 000 Américains de plus que l'an dernier - un taux annuel de croissance de l'emploi de 1,7 %. Les secteurs des affaires et des services aux entreprises ont employé un quart de million d'Américains de plus que l'an dernier - soit un taux de croissance annuel de l'emploi de 1,6 %. La logique de la stagnation du marché de l'emploi ne veut pas dire qu'on ne peut plus créer d'emploi sur le marché américain, mais que la croissance de la demande est insuffisante pour créer plus d'emplois que l'on n'en perd.

C'est facile à prouver. Les dépenses nominales totales sont en augmentation annuelle de 5,5 % aux États-Unis et l'inflation de 1,5 %. La croissance de la productivité dans son ensemble est de 3,5 %. Ainsi, l'équation est simple : 5,5 % - 1,5 % - 3,5 % = 0,5 %. Ce demi point représente la totalité disponible pour la croissance de l'emploi parce que c'est la croissance de l'emploi requise pour satisfaire la demande au vu du taux extraordinairement fort de la croissance de la productivité.

L'origine de la croissance de la productivité américaine est évidente. Pour une faible part, elle provient d'une simple accélération : dans une économie où le temps nécessaire pour retrouver un travail est proche des records d'après-guerre, la demande d'accélération des rythmes de production est accueillie favorablement d'un " Oui, patron ! " plutôt que d'un refus grossier.

Pour une large part, cette augmentation de la productivité vient des révolutions technologiques extraordinaires dans le domaine informatique et des communications qui ont mené à une augmentation radicale de l'utilité du capital hi-tech ainsi qu'à la baisse des coûts. Le coup de fouet aux richesses de la " nouvelle économie " dépasse même les rêves les plus fous des stimulateurs les plus avides. L'inattendu vient du fait que les nouvelles richesses ne vont plus aux actionnaires des start-ups des NTIC, mais aux acheteurs et aux utilisateurs du capital hi-tech et des consommateurs qu'ils desservent.

Alors pourquoi cela semble-t-il si étonnant ? À la fin du dix-neuvième siècle, les sommes énormes d'investissement et de progrès technique dans les chemins de fer américains sembla profiter à tout le monde sauf les actionnaires des entreprises de chemin de fer, alors que les faillites suivaient de près les booms et que le sport préféré de Wall Street devint la vente forcée des actions dévaluées aux investisseurs.

Pourtant, un autre domaine de la croissance de la productivité américaine est due au fait que le capital hi-tech donne aux entreprises américaines d'énormes encouragements pour faire des investissements massifs mais difficilement visibles, et encore plus difficilement mesurables, dans les organisations et les processus qui sont complémentaires de l'informatisation et des mises en réseau.

Il est très étonnant pour les États-Unis de bénéficier d'un taux de croissance de la productivité annuel de 3,5 % plutôt que d'un taux de 1,2 % comme c'était le cas avant 1995. Cela signifie un incrément annuel de 250 milliards de dollars au revenu mondial en provenance de cette seule source. Cela revient à ajouter une puissance de production équivalente à un quart de l'économie indienne, et ce chaque année.

Cette accélération persistante de la croissance de la productivité américaine a, cependant, créé un problème politique important pour le Président George W. Bush. La croissance de la demande à un rythme qui, à tout autre moment dans les décennies précédentes, aurait été perçue comme très satisfaisante est soudainement et désespérément insuffisante et Bush est critiqué (avec raison) pour l'affaiblissement du marché du travail qui en a résulté.

Mais pour tout le monde, sauf Bush - et pour ceux qui ne retrouvent pas d'emploi à cause de la faiblesse de la demande - c'est une occasion extraordinaire. La remarquable relance de la productivité qui est à la portée de l'Amérique mènera finalement à une accélération de la croissance des profits réels et des salaires réels, si seulement les politiciens américains résistent à la tentation de se tourner vers des solutions de facilité politiques qui font du tort à l'économie, des mesures protectionnistes envers la production industrielle et l'emploi.

De par sa qualité d'économie à la pointe, l'Amérique doit faire face à une tâche ardue pour assurer la croissance, parce qu'elle doit créer - et non pas seulement copier ou adapter - de nouvelles technologies, de meilleures formes de capital et des organisations commerciales plus productives. Si l'Amérique peut bénéficier d'une croissance aussi rapide que celle qu'elle connaît actuellement, c'est une bonne nouvelle pour d'autres économies, moins développées, particulièrement parce qu'une conséquence importante des révolutions technologiques continues dans l'informatique et les communications reste la facilité que cela apporte pour participer à la division mondiale du travail aujourd'hui centrée sur les États-Unis.

Ainsi l'économie schizophrénique américaine est un signe que le monde entre dans une ère économique vraiment exceptionnelle, si nous montrons que nous savons les comprendre, patiemment.

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