Tuesday, October 21, 2014
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Les Avenirs opposés de l’Amérique

J’ai récemment découvert un fait intéressant : les économistes américains qui s’occupent de finance internationale et les macroéconomistes américains qui s’occupent de l’économie domestique ont des points de vue très différents – en fait, opposés – sur les conséquences possibles de l’énorme déficit américain. Les économistes de la finance internationale considèrent qu’une crise financière est possible, suivie d’une récession douloureuse et peut-être prolongée aux États-Unis. Les macroéconomistes qui traitent de l’économie intérieure au contraire voient une prochaine chute de la valeur du dollar non pas comme une crise mais comme une occasion d’accélérer la croissance.

Les macroéconomistes qui examinent l’économie intérieure considèrent généralement la situation comme suit : à un moment donné dans l’avenir, les banques centrales étrangères seront moins enclines à poursuivre leurs achats massifs de sécurités en dollar pour soutenir le billet vert. Quand elles mettront fin à leurs programmes d’achat de dollar à grande échelle, la valeur du dollar chutera, et elle chutera fortement.

Et, de ce point de vue, si la valeur du dollar décline, les exportations américaines deviendront bien plus attrayantes pour les marchés étrangers et le marché de l’emploi américain reprendra, la main d’œuvre étant redirigée vers les nouveaux secteurs d’exportation en plein boum. La situation sera comparable à celle de la Grande-Bretagne quand elle abandonna son indexation de taux de changes et laissa la livre sterling se déprécier par rapport au mark allemand, ou ce qui se produisit aux États-Unis à la fin des années 1980 quand le dollar se déprécia par rapport à la livre, au mark et – surtout – par rapport au yen japonais.

Les économistes de la finance internationale décrivent un avenir plus sombre. Ils considèrent que la fin des programmes d’achat de dollar à grande échelle par les banques centrales mènera non seulement au déclin du dollar mais aussi à une montée en flèche des taux d’intérêts américains à long terme, ce qui fera immédiatement chuter la consommation des ménages et régulera les dépenses d’investissement après un court laps de temps.

Assurément, les économistes de la finance internationale considèrent également que les exportations américaines profiteront de la baisse du dollar mais les décalages de la demande sont tels que la poussée des exportations ne se produira qu’un ou deux ans après le déclin de la consommation et des dépenses d’investissement. Huit à dix millions de personnes devront passer du secteur des services et de la construction au secteur de l’import-export de biens, ce qui implique que le chômage structurel augmentera.

En outre, on assistera peut-être à une panique financière : les grandes institutions financières avec des obligations à court terme et des actifs à long terme rencontreront des difficultés à supporter une forte hausse des taux d’intérêt à long terme libellés en dollar. Ce facteur d’inégalité peut entraîner une certaine tension financière et une banqueroute tout aussi facilement que celles causées lors des crises mexicaines et d’Asie de l’Est dans les années 1990 ou de la crise argentine de cette décennie du fait des actifs en monnaie locale et des obligations en dollar que détenaient les banques.

Quand les économistes de la finance internationale mettent en avant ce scénario, les macroéconomistes spécialisés dans l’économie domestique leur répondent que cela ressemble à un cas d’incompétence en matière de politique monétaire. Pourquoi la Réserve fédérale devrait-elle permettre la hausse des taux d’intérêt à long terme quand les banques centrales étrangères cesseront leurs programmes d’achat de dollar ? Ne devrait-elle pas alors intervenir et prendre le relais par l’achat d’obligation du Trésor américain à long terme, conservant ainsi les taux d’intérêt à long terme à un niveau satisfaisant pour encourager le plein emploi ?

Les économistes de la finance internationale répondent généralement à cela que la Réserve fédérale n’a pas la capacité de le faire. Obligée à choisir entre le plein emploi et la stabilité des prix, selon eux, la Réserve fédérale choisira la stabilité des prix, parce que sa mémoire institutionnelle des années 1970 et de l’envolée de l’inflation reste très puissante. Ainsi, puisque la chute de la valeur du dollar fait monter les prix à l’importation et de ce fait fonctionne comme un choc négatif du côté de l’offre dans le secteur économique, la Réserve fédérale devra augmenter et non réduire ses taux d’intérêt et donc vendre plutôt qu’acheter des obligations du Trésor.

Des économistes sérieux que je respecte grandement se retrouvent à prendre position dans des camps opposés de ce débat. Je ne suis pas assez sage pour donner raison aux uns ou aux autres, mais je sais sans aucun doute quel côté j’espère voir se tromper.

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