Wednesday, October 22, 2014
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Une nouvelle ère progressiste pour les Etats-Unis ?

NEW YORK – Lors de son entrée en fonction en 1981, le président américain Ronald Reagan avait prononcé cette phrase devenue célèbre : « Le gouvernement n’est pas la solution à nos problèmes. Le gouvernement est le problème ». Trente-deux ans et quatre présidents plus tard, le récent discours d’investiture de Barack Obama, qui défend vivement l’idée d’un rôle accru du gouvernement pour faire face aux défis les plus pressants des Etats-Unis – et du monde – pourrait bien avoir tiré un trait sur cette époque.

La déclaration de Reagan en 1981 était extraordinaire. Par cette remarque, le nouveau président des Etats-Unis indiquait qu’il était plus important pour lui d’accorder des réductions d’impôts aux plus riches qu’à recourir à une action gouvernementale pour résoudre les problèmes de la société. Surtout, sa présidence a initié une « révolution » émanant de la droite politique – contre les pauvres, l’environnement, et la science et la technologie – qui a duré trente ans, ses principes plus ou moins suivis par tous ceux qui lui succédèrent : George H.W. Bush, Bill Clinton, George W. Bush, et dans une certaine mesure, par Obama pendant son premier mandat.

La « révolution reaganienne » comportait quatre piliers : les réductions d’impôts pour les riches ; une réduction des dépenses consacrées à l’éducation, aux infrastructures, à l’énergie, au changement climatique et à la formation professionnelle ; un énorme accroissement du budget de la Défense ; et une déréglementation de l’économie, dont la privatisation de services publics comme la gestion des bases militaires et des prisons. Qualifiée de révolution du « marché libre » parce qu’elle promettait de réduire le rôle du gouvernement, elle marqua en réalité le début d’une offensive menée par des intérêts particuliers contre la classe moyenne et les pauvres.

Ces intérêts particuliers comprenaient Wall Street, les groupes pétroliers, les grandes compagnies d’assurance et les fabricants d’armes. Ils demandèrent des réductions d’impôts et les obtinrent ; ils demandèrent un relâchement des mesures de protection de l’environnement, ce qui leur fût accordé ; ils demandèrent, et reçurent, le droit d’attaquer les syndicats ; et ils demandèrent que leur soient octroyés de juteux marchés publics, même pour des opérations paramilitaires, et là aussi, ils obtinrent satisfaction.

Pendant plus de trente ans, personne ne remit réellement en cause les conséquences liées au transfert du pouvoir aux plus offrants. Pendant ce temps, les Etats-Unis, qui étaient auparavant une société où prédominait la classe moyenne, devinrent une société de plus en plus divisée entre les riches et les pauvres. Les PDG, qui percevaient un salaire équivalent à 30 fois celui du salaire moyen d’un ouvrier, gagnent aujourd’hui 230 fois ce montant. Autrefois champion de la protection de l’environnement, les Etats-Unis ont été la dernière économie avancée à reconnaître la réalité du changement climatique. La déréglementation financière a enrichi Wall Street, mais a finalement donné lieu à une crise économique mondiale provoquée par la fraude, des prises de risque excessives, l’incompétence et les délits d’initiés.

Le récent discours d’Obama marque peut-être, espérons-le, non seulement la fin de ce programme destructeur, mais également le début d’une nouvelle ère. De fait, l’essentiel de son discours portait sur le rôle positif que peut jouer le gouvernement pour développer l’éducation, lutter contre le changement climatique, reconstruire les infrastructures, prendre soin des pauvres et des handicapés et en général pour investir dans l’avenir. Ce discours d’investiture était le premier en son genre depuis que Reagan avait prôné le recul de l’État en 1981.

Si le discours d’Obama marque bien le début d’une nouvelle époque de politique progressiste aux Etats-Unis, il s’inscrit dans un schéma décrit par Arthur Schlesinger Jr., l’un des grands historiens américains, qui consiste en intervalles de trente ans environ entre les périodes « d’intérêts privés » et celles de « l’intérêt public ».

A la fin des années 1800, les Etats-Unis ont traversé une période de capitalisme triomphant, avec la création de nouvelles grandes industries par les requins de la finance d’alors, avec des inégalités et une corruption massives. La période progressiste subséquente fut suivie par un retour temporaire à la ploutocratie dans les années 1920.

Vinrent ensuite la Grande Dépression, le New Deal de Franklin Roosevelt, et à nouveau 30 ans de politique progressiste, des années 1930 aux années 1960. Les années 1970 furent une période de transition vers le reaganisme – 30 ans de politiques conservatrices au service des intérêts de grandes entreprises puissantes.

Le temps est certainement venu de voir une renaissance de l’intérêt public et du rôle central du gouvernement aux Etats-Unis pour combattre le changement climatique, venir en aide aux plus démunis, encourager les technologies durables et moderniser les infrastructures du pays. Si les Etats-Unis concrétisent ces propositions audacieuses, par le biais de politiques publiques ciblées, comme l’a envisagé Obama, la science novatrice, les nouvelles technologies et le fort effet d’entraînement qui en découleront auront des conséquences bénéfiques pour tous les pays dans le monde.

Il est néanmoins prématuré de déclarer qu’une nouvelle époque progressiste commence aux Etats-Unis. Les intérêts particuliers restent puissants, certainement au Congrès – et même au sein de la Maison Blanche. Ces groupes d’intérêts et riches particuliers ont offert des milliards de dollars aux candidats à la dernière élection présidentielle et s’attendent à ce que ces contributions produisent un dividende. De plus, trente ans de réduction d’impôts ont fait que l’État n’a plus les ressources suffisantes pour mener à bien des programmes dans des domaines clés, comme la transition vers une consommation énergétique à faible émission de carbone.

Obama a pourtant relevé le défi, appelant à une nouvelle ère d’action directe du gouvernement, et à juste titre parce les nombreux défis actuels – sauver la planète de nos excès ; s’assurer que les avancées technologiques profitent à tous les membres de la société ; et construire les nouvelles infrastructures nécessaires aux plans national et mondial pour garantir un avenir durable – nécessitent des solutions collectives.

La mise en œuvre des politiques gouvernementales est tout aussi importante pour une bonne gouvernance que la vision qui les sous-tend. La prochaine tâche sera donc d’élaborer des programmes sensés, novateurs et d’un bon rapport coût-efficacité pour relever ces défis. Malheureusement, les Etats-Unis ont perdu l’habitude de concevoir des programmes audacieux et novateurs pour répondre aux besoins essentiels de leurs citoyens. Il est temps de prendre un nouveau départ et la défense éloquente d’une vision progressiste par Obama a indiqué dans quelle direction les Etats-Unis doivent aller.

Traduit de l’anglais par Julia Gallin

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  1. CommentedRonald Abate

    "America was the last major economy to acknowledge the reality of climate change." What an absolutely absurd statement, especially from a professor at Columbia. Ever since the earth has had a climate it's has been changing. Did he really mean anthropogenic global warming("AGW")? But over the last approximately 13 or so years the global climate has not warmed even though CO2 has increased due to the increased use of fossil fuels by developing economies. Maybe he meant catastrophic anthropogenic global warming ("CAGW"). But that is a highly uncertain theory that has been produced by computer modelers with an alarmist agenda, working for universities with an alarmist agenda, receiving grants from a government with an alarmist agenda. The fact that Sacks used climate change, which is a meaningless term since the climate is always changing, reveals that he is aware of the uncertainty of the theory and the science, but is still committed to the ideology. For those with a more open mind, there are plenty of blogs that attempt to report the science in a more honest fashion. Anthony Watts, a meteorologist from Chico, CA moderates one of the most read science blogs on this subject with over 138 million views at www.wattsupwiththat.com. Dr. Judith Curry moderates a climate blog www.judithcurry.com that also provides a balanced approach. Both of these blogs will direct readers to many other blogs that are balanced in their coverage. For example www.CO2Science.com. Then you can Google Professor (MIT) Dr. Richard Lindzen or Professor (Princeton) Dr. William Happer, or Dr. David Evans AGO (Australia Greenhouse Office computer modeler) for additional information on the true state of the science.

  2. CommentedKevin Remillard

    Leszek Balcerowicz is a Polish economist, the former chairman of the National Bank of Poland and Deputy Prime Minister in Tadeusz. "Generally in the West, intellectuals like to blame the markets," he says. "There is a widespread belief that crises occur in capitalism mostly. The word crisis is associated with the word capitalism. While if you look in a comparative way, you see that the largest economic and also human catastrophes happen in non-market systems, when there's a heavy concentration of political power—Stalin, Mao, the Khmer Rouge, many other cases."

    Going back to the 19th century, industrializing economies recovered best after a crisis with no or limited intervention. Yet Keynesians continue to insist that only the state can compensate for the flaws of the market, he says.

    "This idea that markets tend to fall into self-perpetuating crises and only wise government can extract the country out of this crisis implicitly assumes that you have two kinds of people, normal people who are operating in the markets and better people who work for the state. They deny human nature."

  3. CommentedMeenakshi Srinivasan

    Being a debater's mom, I have to sit in on teen debates and some of the points made there are far better than this naive article by Mr. Sachs. It is sweet to see that he loves his current president's idea of bigger government. But I, for one, would like to see spending cuts to cut down deficit and increase taxes where appropriate. For too long we have lunched out on our children's futures. Let us draw the line at our grandchildren's.

      CommentedShane Beck

      I think you are the one that is being naive- cut too hard and too fast like the austerity being imposed upon Greece and to a lesser extent Spain and Italy and you go into a death spiral. You may have balanced budgets and be cutting the deficit but you also have problems with 50% youth unemployment in Greece and Spain. Do you wish to see your children and grandchildren unemployed for long periods of time?

  4. CommentedFrank O'Callaghan

    There has been an apparent conspiracy of silence on many issues. I doubt that an actual conspiracy has been in place. Nevertheless, there is a lack of debate on how states and taxes operate.

    The public revulsion at a self serving bureaucracy paying itself with taxes that cannot be challenged. This is skillfully used by anti social elements to launch a war on the great majority in the interests of the wealthy.

    The majority are not served by either the bureaucrats or the plutocrats.

  5. CommentedCher Calusa

    We live in an integrated, intertwined global social and economic system. Such a silly notion.. that a speech, directed to one countries' needs, could inspire the healing of a worldwide addiction. An addiction to greed, which by the way the United States and friends, delivered to the rest of the globe. We have "developing" nations now, that just want continue this model in order to gain a piece of this American Pie. We can't blame them for wanting to become powerful and rich nations. We unleashed the proverbial Pandora's Box. Help the poor? Let's step back and examine our popular form of world dominance and creative shortages spawned by our outdated notions of progress. We created "the poor" in our own coutry and across the world by engaging in overproduction and fostering a society based on self interest. The hypocrisy will not be respected and the United States is not existing in a vacuum. We live or die by he cooperation of all countries. I doubt that we can craft a truly progressive society under the same circumstances and using the same model that created our societal and economic chaos. We ned a better foundation. Transparency would be a good start, however, I see no leaders who are ready for this.

  6. CommentedZsolt Hermann

    At least the speech signals an awareness that there is a problem that needs addressing.
    But even if we change one software to another it cannot help unless we change the operating system software.
    We are incapable of solving any problem, inside of the US or around the world from within the present framework, with our present understanding.
    We have to fundamentally change the whole outlook and structure based on two basic points:
    1. There cannot exist any nation, culture or even individual any more with local, self centered calculations in a global, interconnected and interdependent network. Even the seemingly most irrelevant, most local action or decision influences the whole system, thus without taking the whole system into consideration for any planning or action leads to crisis.
    2. The "American Dream" inspired over production, over consumption economic system is artificial, unnatural and thus it is unsustainable and outright destructive in the closed, finite, natural system we exist in.
    Without accepting these two principles as cornerstone, there is no hope for any improvements.

  7. Commentedpieter jongejan

    The biggest mistake was the deregulation of the financial sector. The fast growth of the financial sector was followed by articial low interest rates and artificial low economic growth rates. The first task should be te reduce the present seize of the financial sector from 30%+ to a more sustainable 20-25%. (booming South Korea has 20%) The best way to do this by raising the real long interest rate from the present 0% to the normal 2,5% of the past 200 years. (South Korea has 2%). The problem is that higher interest rate will result in higher deficits in the short run. Therefore politicians from the left and the right dislike higher interest rates too. Without higher real interest rates the saving rate will remain low and the investment rate even lower.

  8. CommentedThomas Haynie

    One of the great thinkers and proponents of the movement has the luxury of several of his ideological flubs being preserved on Youtube. M. Friedman’s comments on crime in Central park being a product of the fact that the park was not in privet hands stands out as my favorite. Never mind that Juliani’s efforts are attributed to large portions of the crime reduction in ALL of NYC. The Freakonomics authors might also attribute that to the legalization of abortion. I grow impatient of the attitude that actions by govt. are flawed and inefficient by definition. This is ideology. Why not work on improvements?

  9. CommentedThomas Haynie

    And a good think in my opinion. “… govt. is the problem” is just liberatopian ideology that has been taken WAY too far, however shaky it’s logic or actuality. Decisions based on ideology generally don’t do anybody any good.

  10. Commentedjim bridgeman

    The tax cuts were for all. By the time Bush was done almost half of the population had all income taxes eliminated, and many of them were getting earned income rebates, negative taxes, in effect. It's not necessary to lie about what your opponents did in order to debate them.

  11. Commentedjim bridgeman

    Reagan was interested in cutting taxes for the benefit of all. And every job created in the subsequent 20 years is witness to the correctness of his vision.

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