Thursday, October 30, 2014
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Le G8, le G0 et l'Amérique

NEW-YORK – La crise financière de 2008 marque la fin de l'ordre mondial que nous connaissions. Pour la première fois depuis 70 ans, les USA ne sont plus en mesure de fixer l'ordre du jour des rencontres internationales et ne peuvent plus décider pour le reste du monde la manière de traiter les grands problèmes du moment.

Ils ont réduit leur influence sur la scène internationale en refusant de participer au sauvetage de la zone euro, d'intervenir en Syrie et de recourir à la force pour contenir le développement du nucléaire en Iran (malgré un fort soutien israélien). Le président Obama a officiellement mis fin à la guerre en Irak et retire les troupes américaines d'Afghanistan à un rythme limité seulement par la nécessité de sauver la face. L'Amérique cède le leadership, alors que nul autre pays ou groupe de pays ne veut ou n'est prêt à prendre le relais.

La politique étrangère américaine est peut-être aussi active que dans le passé, mais elle réduit ses ambitions et devient plus pointilleuse quant à ses priorités. Ainsi, de nombreux problèmes - le réchauffement climatique, le commerce international, la rareté des ressources, la sécurité internationale, la cyber-guerilla et la prolifération nucléaire, pour ne citer que quelques-uns d'entre eux - ne pourront que s'aggraver.

A quelques jours du prochain sommet du G8, bienvenue dans le monde du G0, un monde instable et imprévisible qui renonce à une collaboration internationale efficace face aux problèmes mondiaux. Paradoxalement ce nouvel environnement, aussi inquiétant soit-il, n'est pas des plus préoccupants pour les USA, car il leur offre la possibilité de jouer de leur position unique. Le monde du G0 n'est pas totalement négatif pour eux s'ils parviennent à tirer profit de cet avantage. Les atouts qu'ils conservent prennent une importance grandissante, d'autant qu'ils restent encore la seule vraie super-puissance et la première économie mondiale (encore deux fois plus importante que celle de la Chine).

Première puissance militaire, leurs dépenses consacrées à la défense représentent presque la moitié des dépenses mondiales dans ce secteur et dépasse la totalité des sommes engagées par les 17 pays qui les suivent. Le dollar reste la devise constitutive des réserves mondiales et la bousculade des investisseurs pour acheter de la dette américaine à chaque pic de crise depuis 2008 (même lorsqu'ils en sont à l'origine) souligne leur statut de pays refuge.

Ils restent en tête en matière d'entreprenariat, de recherche et développement, d'enseignement universitaire et d'innovation technologique. Ils sont aussi premier producteur mondial de gaz naturel et premier exportateur mondial de produits agricoles, ce qui réduit leur vulnérabilité aux pénuries alimentaires et aux variations de prix sur les marchés internationaux.

Aucun pays ne rivalise avec eux en termes de défense de l'Etat de droit, de la démocratie libérale, de transparence et de libre entreprise. D'autres pays défendent ces valeurs, mais ils sont les seuls à avoir la volonté, la capacité et la taille nécessaire pour veiller à leur prééminence. Aussi, alors qu'ils réduisent leur leadership sur la scène internationale, nombre de pays font appel à eux.

Prenons le cas de l'Asie. Du fait de la montée en puissance de l'économie de la Chine et de son influence régionale, ses voisins veulent resserrer leurs liens avec les USA. Le Japon, l'Australie, l'Indonésie et Taiwan se sont engagés récemment dans des accords en matière de commerce et de sécurité avec les USA. Même la Birmanie suit le mouvement en réactivant ses relations diplomatiques avec eux, tout en essayant de prendre de la distance par rapport à la Chine.

Autrement dit, pour des pays qui cherchent à répartir les risques, l'environnement de plus en plus hostile du monde du G0 rend les USA de plus en plus attractifs, ce qui leur donne l'occasion d'agir dans leur propre intérêt. Revendiquer moins de leadership leur permet de sélectionner les problèmes sur lesquels intervenir, de peser avantages et inconvénients avant d'agir et de choisir le moment le plus opportun pour cela. A titre d'exemple, leur intervention militaire en Libye ne leur impose pas d'intervenir en Syrie.

Il reste à voir dans quelle mesure ils vont saisir leur chance. Leur bonne position à court terme représente le plus grand obstacle à la défense de leur intérêt à long terme. C'est en quelque sorte la malédiction de la réussite : aussi longtemps qu'ils restent le meilleur refuge au cœur de la tempête, ils ne sont pas incités à pallier leurs faiblesses.

Ainsi malgré toute l'inquiétude qui s'exprime au sujet de leur dette publique, les investisseurs vont continuer à prêter des dollars. Néanmoins, sur le long terme les dirigeants américains doivent restaurer la confiance quant à leur budget en faisant des coupes dans des programmes politiquement intouchables tels que les retraites, Medicare et la défense. Ils devront abandonner au moins provisoirement leurs objectifs à court terme et l'orthodoxie de leur parti pour améliorer les infrastructures vieillissantes du pays, reformer le système éducatif et leur politique d'immigration et poursuivre une politique de consolidation budgétaire à long terme.

Leurs atouts dans le monde du G0 leur permettent d'investir pour l'avenir. Mais en les protégeant des risques les plus graves, ils ne les incitent pas à agir. Les dirigeants américains doivent reconnaître la réalité et rebâtir, même progressivement, leurs facteurs de puissance. C'est à cette condition qu'ils retrouveront la vigueur et la flexibilité voulue pour imprimer leur marque sur le nouvel ordre mondial.

Leur système politique est généralement efficace par temps de crise. Mais grâce aux atouts qu'ils conservent dans un monde sans leader, les USA n'ont pas besoin d'une crise pour agir. Il leur suffit de saisir la chance que leur offre le G0.

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

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  1. CommentedZsolt Hermann

    I would like to add some observations.
    What has started in 2008 is just the beginning and we still only scratching the tip of the iceberg, we are not in a crisis but in a system failure.
    The present socio-economic system, based on constant growth, expansion, and constant self calculation on the expense of others, has become self destructive since it is unsustainable in a closed, finite system, and we have passed the tipping point in 2008.
    Whatever happened since is just a series of desperate cosmetic adjustments, simply deepening the problem instead of solving it, like pumping a terminally ill patient full of morphine.
    What is happening now in Europe will appear in the US and other parts of the world very soon due to the inevitable natural laws governing our global, integral system.
    Since the US is the epitome of our excessive, overproduction, over consumption lifestyle that is collapsing, they will feel it possibly more than any other country.
    On the other hand the foundations, and resources of the US are good, thus there is good base to start recovery from, but only if they understand what went wrong and how we need to adapt to our global, interdependent conditions in order to recover.
    And it will be difficult because the new attitude humans need in relation to each other is totally opposite to how Americans viewed themselves and world for decades.
    Even in this article the writer is already analyzing how the US can use the global troubles ahead for their own purposes and benefit without any thought of others. This is impossible in our interconnected system.
    From now on each and every one of us need to take the whole system into consideration before individual or even national self calculations.
    The motivation to do so against our present thinking would come from the full understanding of our 21st century global, integral network, and how we fit into this network.
    Thus we need to take into consideration the countless of objective scientific data already surrounding us regarding this.
    Otherwise we do not stand a chance.

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