WEEKLY SERIES

INTERNATIONAL ECONOMICS

STRATEGIC SPOTLIGHT

GLOBAL FINANCE

ECONOMICS OF DEVELOPMENT

ECONOMIC AND REGULATORY POLICY

ECONOMIC HISTORY

ECONOMIC PERSPECTIVES

PUBLIC INTELLECTUALS

GLOBAL OUTLOOK

REGIONAL EYE

SPECIAL SERIES

PROJECT SYNDICATE

European Economies

L’arche de l’euro

English Spanish Russian French Czech Chinese Arabic

2008-12-27

BRUXELLES – L’euro célèbre son dixième anniversaire dans le climat économique le plus difficile qu’il ait connu depuis sa création. La tempête financière venue des États-Unis et le début d’une grave récession économique mettent l’Europe face à des défis sans précédents.

Confronté à la plus grande épreuve de son histoire, l’euro est loin de voguer droit au désastre, comme l’économiste nobélisé Milton Friedman l’avait pourtant prédit il y a dix ans. Au contraire, l’Union économique et monétaire européenne s’avère être un atout de taille en cette période de tumulte.

Les sceptiques feraient bien de se rappeler que l’euro est lui-même né d’une crise. La monnaie unique a été conçue comme une réaction aux bouleversements de l’après-guerre – inflation à deux chiffres, forts taux de chômage et attaques spéculatives sur la livre, la lire et le franc français. C’est la crise du Système monétaire européen qui a conduit au lancement de l’euro, le 1er janvier 1999.

En dix courtes années, l’euro a bouleversé l’environnement économique, s’élevant au statut de deuxième monnaie mondiale et rivalisant avec le dollar comme moyen de paiement international, pour le commerce et la finance. L’Union monétaire européenne est aujourd’hui le plus vaste marché du monde, et elle continue de grandir. Avec l’entrée de la Slovaquie le 1er janvier, l’euro concerne désormais 16 pays et 329 millions de citoyens.

Les bénéfices d’une union monétaire basée sur un cadre économique stable et gouvernée par une banque centrale indépendante sont manifestes : la zone euro a connu une inflation et des taux d’intérêt bas pendant la majeure partie de la dernière décennie, un élan dans les domaines du commerce et de l’investissement, et une intégration rapide des marchés financiers. En outre, 16 millions d’emplois ont été créés au cours des 10 dernières années – record encore plus élevé qu’aux États-Unis.

Les troubles financiers et la récession économique que nous traversons ne font que souligner les avantages de l’Union monétaire de plusieurs importantes façons. Tout d’abord, l’euro a éliminé les possibilités de turbulences de taux de change et d’attaques spéculatives sur les devises auxquelles les économies les plus vulnérables auraient pu s’attendre dans le contexte d’agitation actuelle. En tant que devise mondiale stable et forte, l’euro limite aussi l’instabilité des taux de change internationaux.

Ensuite, la zone euro bénéficie d’une Banque centrale européenne indépendante dont les actions rapides visant à débloquer les tensions de liquidités et à coordonner la politique monétaire ont récemment contribué à éviter un effondrement financier. Des démarches aussi rapides et coordonnées par 16 banques centrales distinctes auraient été impensables.

Enfin, le cadre macroéconomique orienté vers la stabilité de l’Union monétaire a mieux préparé les pays de la zone euro aux tempêtes économiques. Grâce aux règles fiscales du Pacte de stabilité et de croissance, la zone euro a atteint sa position budgétaire la plus solide en 2007, amenant les déficits à leurs plus bas niveau depuis 25 ans. Cela a permis à de nombreux pays de l’Union européenne d’aborder la crise avec une bonne marge de manœuvre.

Les bénéfices de l’Union monétaire sont tels que les coûts visibles de la non-adhésion contribuent à relancer le débat politique autour de l’adoption de l’euro dans plusieurs pays non-membres.

Certes l’euro n’est pas une panacée, et n’a pas non plus fonctionné sans heurts au cours des dix dernières années. Les divergences entre économies de la zone euro en termes de croissance et d’inflation ont constitué un défi permanent. Même si les différences ne sont pas plus importantes que celles que l’on trouve à l’intérieur de grandes économies comme celles de l’Allemagne ou des États-Unis, elles risquent de se voir amplifier par la crise.

C’est pourquoi il est encore plus important de continuer à perfectionner le fonctionnement de l’Union monétaire. Cela ne demande pas simplement la consolidation des systèmes de résilience face à la crise, mais nécessite aussi d’équiper les économies de la zone euro en vue des défis à long terme que représentent la mondialisation, le vieillissement, la raréfaction des ressources et le réchauffement climatique. Dans une économie mondiale potentiellement plus instable au XXIe siècle, il nous faut récolter des bénéfices maximum de l’intégration économique en termes de croissance et d’emplois.

La clé d’un meilleur fonctionnement de l’Union monétaire réside dans une surveillance plus rapprochée et une coordination plus approfondie des politiques économiques. Les dirigeants doivent se montrer à la hauteur des responsabilités qui accompagnent le partage d’une monnaie. Ils doivent reconnaître l’impact des politiques économiques nationales sur la zone euro dans son ensemble, et ainsi discuter et coordonner les programmes économiques au niveau de la zone euro.

À cet égard, le lancement du Plan de relance économique européen – une initiative d’incitation fiscale à l’échelle de l’UE équivalant à 1,5 % de son PIB, approuvée par les chefs de gouvernements européens en décembre – constitue un pas en avant décisif. Il doit à présent être suivi d’un contrôle budgétaire plus rapproché, d’autant que les mesures d’incitations fiscales, la récession économique et les plans de sauvetage des banques vont ébranler les finances publiques. Le Pacte de stabilité et de croissance doit demeurer la pierre angulaire du cadre budgétaire de l’UE, et la surveillance efficace et le soutien des pairs seront essentiels pour aider les États-membres à se diriger vers des budgets équilibrés une fois que l’économie se sera ressaisie.

Une surveillance fiscale plus approfondie doit s’accompagner d’une plus large surveillance économique, notamment parce que les déséquilibres des balances courantes se sont accentués pendant la crise. La Commission européenne travaille aujourd’hui à étendre la cible de la surveillance au-delà de la politique fiscale pour qu’il devienne possible d’identifier les risques issus de déséquilibres macroéconomiques ou de changements de compétitivité et de s’en occuper avant qu’il ne soit trop tard.

Enfin, les pays de la zone euro doivent travailler davantage à trouver des positions communes sur les sujets internationaux afin de parler d’une seule voix dans l’arène mondiale. C’est la seule manière de promouvoir et de défendre les intérêts économiques de l’Union monétaire face à des défis mondiaux, et, pour en venir à bout, la coopération multilatérale sera de plus en plus nécessaire.

Prenons le sommet international de novembre sur la crise financière. Le fait d’être parvenu à un accord avant la réunion a donné à l’Europe un rôle plus conséquent. Quand la zone euro parviendra à adopter rapidement une position commune, cela permettra de parvenir à un accord à l’intérieur de l’UE comme sur la scène internationale. Il faut absolument que nous bâtissions sur ce succès et que nous développions une vraie stratégie internationale pour l’euro.

La monnaie unique européenne a été un grand succès, mais elle reste en chantier. Dix ans après l’introduction de l’euro, nous devons suivre l’exemple de ses fondateurs et transformer la crise en opportunité en nous unissant dans un esprit de coopération et d’ambition – et, ainsi, consolider les fondations de l’Union monétaire européenne.

Joaquín Almunia est commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires.

You might also like to read more from or return to our home page.

Toute reproduction du contenu de ce site sans accord écrit de Project Syndicate constitue une infraction à la législation internationale relative au droit d’auteur. Pour obtenir une autorisation, merci de nous contacter à l’adresse suivante : distribution@project-syndicate.org.
English Spanish Russian French Czech Chinese Arabic

You must be logged in to post or reply to a comment.
Please log in or sign up for a free account.