WEEKLY SERIES

INTERNATIONAL ECONOMICS

STRATEGIC SPOTLIGHT

GLOBAL FINANCE

ECONOMICS OF DEVELOPMENT

ECONOMIC AND REGULATORY POLICY

ECONOMIC HISTORY

ECONOMIC PERSPECTIVES

PUBLIC INTELLECTUALS

GLOBAL OUTLOOK

REGIONAL EYE

SPECIAL SERIES

PROJECT SYNDICATE

Transatlantic Perspectives

Le défi universitaire de l'Europe

and

English Spanish Russian French German Czech

2003-01-23

Les systèmes universitaires des Etats-Unis et de l'Europe Continentale ne pourraient pas être plus différents. Lequel fonctionne le mieux ? La réponse est claire : celui de l'Amérique, et de loin.

Les universités européennes sont généralement basées sur trois principes peu judicieux:

  • ce sont les contribuables, et non les étudiants, qui paient pour l'éducation universitaire;
  • les nominations universitaires sont gouvernées par les contrats du secteur public et les procédures universitaires sont souvent centralisées et presque toujours rigides;
  • les salaires entre enseignants tendent à être égalisés ainsi que la qualité de l'enseignement entre universités.

Ce système est soi-disant plus égalitaire que le système d'enseignement supérieur de l'Amérique, que beaucoup d'Européens méprisent comme étant un système élitiste. En réalité, le système européen engendre généralement moins de chercheurs et des étudiants plus médiocres, particulièrement au niveau du doctorat, et il est probablement moins égalitaire que le système américain.

Le fait que les contributaires couvrent les coûts d'une éducation universitaire est en effet redistributif, mais dans la mauvaise direction : les bénéficiaires sont le plus souvent les enfants des familles européennes aisées. Même en observant une attitude généreuse, le système est, au mieux, neutre dans la mesure où la redistribution est concernée, car les plus riches paient plus d'impôts et utilisent plus de services universitaires.

En plus de favoriser les « nantis » de l'Europe, ce système rend quasiment impossible pour les universités privées autofinancées de survivre. En fait, ceci est probablement la vraie motivation du système universitaire public gratuit européen : maintenir le monopole de l'Etat sur l'enseignement supérieur.

Mais considérons plutôt le système américain : les étudiants paient pour leur éducation et, avec une partie des frais que ces étudiants versent, les universités financent les bourses pour les étudiants méritants mais pauvres. Un tel système est au moins aussi « équitable » que le modèle européen et probablement plus qu'un système dans lequel les contribuables paient pour tous, y compris les riches. En effet, une recherche récente comparant l'éducation aux Etats-Unis et en Italie démontre que les revenus familiaux jouent un rôle plus important pour déterminer la réussite d'un étudiant (mesurée à l'aune de son salaire) dans l'Italie « égalitaire » qu'ils ne le sont dans l'Amérique « élitiste ».

Mais la concurrence est aussi importante que le financement pour déterminer la qualité d'une université car la concurrence augmente le mérite du produit. Ceci est vrai dans le système américain, dans lequel les universités publiques et privées coexistent harmonieusement. L'université de Californie à Berkeley est publique. L'université de Stanford, à une heure de route en descendant vers la côte, est privée. Toutes les deux figurent parmi les meilleures universités d'Amérique. La concurrence entre elles fonctionne car elle implique une lutte pour attirer les meilleurs étudiants et l'offre de bourses aux étudiants pauvres méritants.

Par contraste, le contrôle de la centralisation et de la bureaucratisation en Europe sur les universités n'engendre que médiocrité. Les nominations dans les universités européennes sont souvent régies par des processus bureautiques complexes qui impliquent un nombre infini de « juges » choisis dans tout le pays. Ce processus est soi-disant destiné à « garantir » que les meilleurs enseignants sont nommés. En réalité, ces juges permettent aux initiés de nommer leurs amis plutôt que de favoriser la qualité de la recherche et de l'enseignement pour déterminer les enseignants qui sont engagés.

Certains pays, comme la France, sont en train de changer leurs systèmes en nommant quelques universitaires d'autres pays dans des comités de recrutement et d'avancement. Tandis que cette action constitue à l'évidence un pas dans la bonne direction, elle ne produira que peu de résultats.

Les meilleures universités américaines font fonctionner leurs processus de recrutement en interne, en s'appuyant uniquement sur les étrangers pour obtenir des opinions d'expert sur la qualité de la recherche d'un professeur candidat. Les meilleures nominations sont le fait de la menace selon laquelle des professeurs médiocres ne permettront pas d'attirer de bons étudiants et d'importantes subventions de recherche.

La tendance de l'Europe à égaliser le salaire et le traitement des professeurs et des chercheurs réduit également l'incitation à s'engager dans une recherche et un enseignement de qualité. Si le seul facteur d'augmentation du salaire d'un professeur est le passage du temps, pourquoi ferait-il l'effort supplémentaire d'exceller ?

Bien entendu, l'amour de la recherche et de l'enseignement explique pourquoi beaucoup de personnes rejoignent les facultés universitaires en premier lieu, mais pourquoi ne pas fournir à ces nobles sentiments une main secourable avec des incitations financières appropriées ? Les bas salaires font souvent partie d'un marché implicite : en échange d'un salaire médiocre, les administrateurs universitaires ferment les yeux sur la paresse de l'enseignement et de la recherche. De plus, si les salaires sont bas, comment les doyens des universités peuvent-ils empêcher leurs professeurs de quitter le pays pour une activité plus lucrative ? Ils obtiennent simplement un enseignement médiocre, une recherche de mauvaise qualité et des professeurs absents.

Les universités américaines utilisent souvent des incitations financières agressives et un traitement différentiel des professeurs afin de récompenser un enseignement et une recherche de qualité. De plus, la nature privée des contrats entre une université américaine et ses professeurs crée une concurrence saine pour le talent et un marché flexible et efficace pour les savants.

Par conséquent, il n'est pas rare qu'un jeune professeur brillant et productif en Amérique gagne autant, si ce n'est plus, que des collègues plus âgés et moins productifs. En Europe, les jeunes chercheurs prometteurs luttent et doivent compléter leur enseignement et leur recherche par un autre travail alors que les professeurs établis gagnent de bons salaires.

Dans ces conditions, cela ne surprendra personne que les universités américaines de nos jours soient de plus en plus composées de plusieurs des meilleurs savants européens. Il est surprenant, face à cet exode des cerveaux, que la pression des professeurs universitaires en Europe pour bloquer les réformes soit si forte.

Alberto Alesina enseigne les sciences économiques à l'université d'Harvard ; Francesco Giavazzi enseigne les sciences économiques à l'université de Bocconi, Milan.

You might also like to read more from and or return to our home page.

Toute reproduction du contenu de ce site sans accord écrit de Project Syndicate constitue une infraction à la législation internationale relative au droit d’auteur. Pour obtenir une autorisation, merci de nous contacter à l’adresse suivante : distribution@project-syndicate.org.
English Spanish Russian French German Czech

You must be logged in to post or reply to a comment.
Please log in or sign up for a free account.