Saturday, August 2, 2014
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Après la guerre contre le terrorisme

NEW YORK – Les grandes lignes de la politique étrangère du président américain Barack Obama sont devenues évidentes en 2009. Son administration estime que les Etats-Unis doivent dialoguer avec d’autres gouvernements même si leur nature lui déplait profondément. Il préfère agir avec d’autres pays que faire cavalier seul. Et au lieu de considérer ce que les pays font à l’intérieur de leurs frontières, la politique étrangère américaine s’intéresse maintenant à la manière dont ils agissent au-delà de ces frontières.

Cette nouvelle approche diffère nettement de celle de son prédécesseur immédiat, George W. Bush, dont l’administration a stigmatisé des pays comme étant malfaisants, refusé de coopérer avec d’autres gouvernements de peur que les Etats-Unis soient acculés, et cherché à transformer d’autres pays au lieu d’influer sur leurs actes. Pour retrouver des parallèles entre la politique étrangère d’Obama et celle de Bush, il faut se tourner vers Bush père, George H.W. Bush, le 41e président américain.

La diplomatie ne doit pas pour autant être perçue comme des concessions ou comme un aveu de faiblesse. Obama la considère à juste titre comme un outil important de politique étrangère, qui doit être utilisé quand elle laisse présager de meilleurs résultats que les autres formes d’action.

Obama a raison de penser qu’agir de concert avec d’autres est en général préférable. Les problèmes spécifiques de notre époque – la prolifération nucléaire, le terrorisme, le changement climatique et les pandémies – ne peuvent être résolus que par une action collective. De plus, le fait est que les Etats-Unis ont atteint la limite de leurs capacités aux plans économique et militaire et ne peuvent seuls atteindre leurs objectifs.

Enfin, Obama a également raison de mettre davantage l’accent sur le comportement des pays que sur leur nature. Il n’est pas juste qu’apporter une aide à des gouvernements odieux soit parfois essentiel. Il est également vrai que rien n’est plus difficile que de modifier le fonctionnement interne d’autres sociétés.

Et pourtant, malgré ces ajustements et malgré les talents de communicateur d’Obama et sa popularité personnelle (manifestée par le prix Nobel de la paix et la baisse des sentiments anti-américains dans le monde), 2009 a été une année difficile pour son administration au plan de la politique étrangère.

Pour commencer, manifester une volonté de dialogue avec un gouvernement ne se traduit pas nécessairement par une coopération. Les Etats-Unis ont fait preuve d’une nouvelle flexibilité envers l’Iran et la Corée du Nord, pays qui pour l’instant n’ont pas rendu la pareille. Être raisonnable ne produit pas toujours des résultats.

Dans le même ordre d’idées, il arrive que les pays choisissent de ne pas coopérer. La Chine, par exemple, refuse d’user de son influence auprès de la Corée du Nord, craignant qu’une instabilité de la péninsule coréenne ne se traduise par un afflux important de réfugiés en Chine ou par une Corée unifiée alliée aux Etats-Unis. La Chine préfère un statu quo insatisfaisant à ces alternatives.

De son côté, la Russie semble tout aussi réticente à exercer des pressions sur l’Iran pour qu’il limite ses ambitions nucléaires. Obama a fait de son mieux pour améliorer les liens américano-russes : le contrôle bilatéral des armements est à nouveau une priorité et le président américain a accepté de modifier les projets de déploiement des boucliers anti-missiles en Pologne et en République tchèque. Les Russes persistent pourtant à s’opposer à l’idée d’imposer des sanctions à l’Iran, de peur de compromettre leurs opérations financières dans ce pays et d’encourager le soutien iranien aux minorités musulmanes en Russie. Il sera donc difficile en 2010 et au-delà d’obtenir le soutien d’une majorité de la communauté internationale pour un ensemble de sanctions et d’incitations efficaces.

De même, dès lors qu’il a s’agi de négocier un nouveau traité pour atténuer les effets du changement climatique, les efforts diplomatiques ont été confrontés à d’importantes divergences en 2009, contraignant les leaders mondiaux à repousser une fois de plus leurs actions. Avec d’un côté les pays en développement qui craignent que leurs perspectives de croissance soient handicapées par des limites imposées aux émissions de carbone et de l’autre un soutien insuffisant de la part du Congrès aux Etats-Unis, il est peu probable qu’un traité mondial voit le jour en 2010.

Au Moyen-Orient, malgré la volonté exprimée par Obama de relancer le processus de paix israélo-palestinien, les progrès sont entravés par les divergences sur l’ampleur et le contenu d’un accord et la manière de le faire appliquer. Cette absence de progrès ne tient pas seulement à des dissensions concernant les objectifs, mais également à l’incapacité d’un gouvernement palestinien divisé à faire des compromis. Des dirigeants en position de faiblesse ne font pas des interlocuteurs idéaux dans des négociations de paix.

Les politiques intérieures de certains pays ont aussi une influence sur ce qu’Obama est en mesure d’accomplir. Le gouvernement afghan, corrompu et inefficace, sape les tentatives d’éradication de l’insurrection islamiste. Le gouvernement pakistanais ne partage pas la même évaluation des risques ou les mêmes priorités que son bienfaiteur américain. Il semble peu probable qu’une quelconque augmentation de l’effort militaire américain puisse contrebalancer l’incapacité des gouvernements à affaiblir les extrémismes dans ces deux pays.

La politique intérieure aux Etats-Unis mêmes contrecarre également les objectifs de politique étrangère d’Obama. L’absence de consensus sur le changement climatique, ou la résistance du Congrès face à de nouveaux accords commerciaux affaiblissent la position du président. Par ailleurs, l’impuissance à prendre les mesures nécessaires pour réduire le gigantesque déficit fiscal, qui va croissant, pèse également sur l’efficacité de la politique étrangère.

Enfin, des choix de l’administration Obama (cibler certaines colonies israéliennes par exemple) ou l’approche choisie (Guantanamo Bay vient à l’esprit) ont rendu une situation compliquée plus compliquée encore. Mais la réalité est que le monde est devenu plus difficile à gérer, et plus encore à diriger. L’époque de l’hégémonie post Guerre froide des Etats-Unis est révolue, en raison notamment de leur piètre gestion de l’économie, de la guerre en Irak, de l’émergence d’autres puissances et de la mondialisation.

Il y a bien sûr des aspects positifs. La relation des Etats-Unis avec d’autres puissances – la Chine, l’Inde, le Japon, la Russie, l’Europe et le Brésil – sont tout aussi coopératives qu’elles sont compétitives. Un conflit entre ces grandes puissances, la principale caractéristique de l’ordre international du XXe siècle, est peu probable. Il est également possible que certains des pays les plus fermés aujourd’hui, comme l’Iran, la Corée du Nord, la Birmanie, Cuba et le Venezuela, s’ouvrent et présentent une menace moindre.

Tout bien considéré, les premiers signes montrent pourtant que nous n’allons pas vers une époque de multilatéralisme sans heurts ou d’hégémonie américaine, mais plutôt vers une situation mondiale plus compliquée et difficile à manier. Les trois prochaines années du mandat d’Obama (ou sept, s’il est réélu en 2012) seront vraisemblablement caractérisées autant par des frustrations que par des succès.

Richard Haass préside le Council on Foreign Relations et est l’auteur de War of Necessity, War of Choice: A Memoir of Two Iraq Wars.

Copyright: Project Syndicate, 2009.

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