Thursday, August 21, 2014
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Coup de semonce pour la BCE

Les marchés boursiers ont contraint le président de la Réserve fédérale américaine (la Fed), Ben Bernanke, à une réduction de 0,75 point de base du taux directeur, une semaine seulement avant la réunion prévue du comité de politique monétaire de la Fed. Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne ne permettrait jamais que cela arrive à la BCE – c’est lui qui manipule les marchés et pas le contraire.

En effet, alors que l’économie américaine semble être en chute libre, Trichet menace les syndicats de la zone euro avec des hausses préventives des taux d’intérêt à moins qu’ils se conduisent comme il l’entend.

Ces menaces pourraient aller à l’encontre du principal objectif de la banque centrale : la stabilité des prix dans l’économie de la zone euro.

Par exemple, pour rendre ses menaces de hausse des taux d’intérêt crédibles dans le contexte d’un ralentissement économique global, le président de la BCE profite des conférences de presse pour dire au monde à quel point la croissance européenne est forte.

Cette revendication de forte croissance, outre le fait qu’elle ne correspond  pas à la réalité, encourage en fait les syndicats à demander des salaires encore plus élevés. Et pourquoi ne le feraient-ils pas si les perspectives sont aussi bonnes que l’affirme Trichet ?

Il se complique aussi la vie en soulignant le risque inflationniste en Europe. Son collègue au conseil des gouverneurs de la BCE, le président de la Bundesbank Axel Weber, semble avoir compris que plus les responsables de la BCE parlent de pressions inflationnistes, plus les syndicats revendiqueront. Il a ainsi récemment atténué sa rhétorique en indiquant qu’il ne fallait pas « trop dramatiser » les risques inflationnistes dans la zone euro.

C’est si vrai ! La principale réalité économique à laquelle la BCE est aujourd’hui confrontée est celle de l’économie américaine, qui s’enlise rapidement dans un sérieux déclin économique – la baisse surprise du taux directeur par Bernanke en dit long à ce sujet. Cela va à l’encontre de toute logique économique de penser que l’économie mondiale – dont l’Europe – n’en sentira pas les conséquences.

Mais si la croissance européenne ralentit, les pressions inflationnistes diminueront d’autant. Trichet devrait donc se détendre un peu, cesser de menacer son monde et laisser le fléchissement économique faire le travail à sa place.

Malgré les salaires et les prix élevés en Europe, le ralentissement économique mondial abaissera les cours des produits énergétiques et alimentaires et des matières premières, qui sont autant de facteurs importants à l’origine du taux d’inflation élevé en Europe. Le prix du brut a déjà baissé de manière considérable après ses sommets du début de l’année.

Mais le ralentissement qui se profile n’est pas la seule raison pour laquelle le danger d’une spirale prix/salaires en Europe est exagéré. Le gouvernement allemand s’apprête à engager des négociations salariales cruciales avec les syndicats du secteur public. Même si les syndicats obtiennent d’importantes augmentations des salaires – ce qui est probable et n’est que justice compte tenu de leur retenue ces dernières années – cela n’aura qu’un effet négligeable sur la stabilité des prix en Europe.

Un relèvement des rémunérations du secteur public signifie que le gouvernement devra dépenser davantage pour les salaires. Si cette augmentation doit être financée par des coupes budgétaires ailleurs, la principale conséquence sera une redistribution des dépenses de l’État, ce qui n’a pas forcément d’incidence sur l’inflation.

Le financement de la hausse des salaires par une augmentation d’impôts n’est pas non plus inflationniste. Seule une baisse des réserves du budget aurait un impact inflationniste, et cela ne serait pas dû à une spirale prix/salaires, mais à une augmentation des dépenses publiques, ce qui ne serait pas nécessairement négatif pour une économie confrontée à la possibilité d’un fléchissement économique sévère.

Il faut se souvenir qu’aux Etats-Unis, le besoin d’un plan de relance économique est apparu, semble-t-il, du jour au lendemain. La même chose pourrait se produire en Europe, surtout si l’on tient compte du refus de la BCE d’abaisser son taux directeur.

Un accord décent avec les employés du secteur public donnerait à l’Allemagne un stimulus fiscal juste au bon moment – alors que la demande générale est en baisse.

Le véritable problème d’un accord salarial généreux avec les syndicats du secteur public est que les syndicats du secteur privé pourraient s’en servir pour demander plus que les gains de productivité du secteur ne le permettent. Le renouvellement des conventions collectives avec les organisations de la chimie et de la métallurgie doit également être négocié cette année en Allemagne, et les dirigeants syndicaux ont placé assez haut la barre des revendications. Berthold Huber, le président de l’énorme syndicat IG Metall, a récemment promis à la base que ce serait une « méga année » pour les augmentations salariales.

Mais le ralentissement économique, qui tend à désamorcer les menaces de grève, fera que les travailleurs du secteur privé fileront doux, quels que soient les discours des dirigeants syndicaux. Tout le monde, y compris les syndicalistes belliqueux, tend à devenir raisonnable lorsque les perspectives économiques sont moroses.

Au lieu d’encourager les syndicats avec des discours sur la forte croissance européenne et les pressions inflationnistes – et leur manquer de respect avec des menaces et des interférences  – Tricher ferait mieux de modérer ses paroles et de laisser les choses suivrent leur cours.

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