Thursday, July 31, 2014
Exit from comment view mode. Click to hide this space
5

Un bulletin de notes pour Rio

NEW YORK – L’une des plus éminentes revues scientifiques mondiales, Nature, vient de publier un rapport accablant en préambule au prochain Sommet de la Terre sur le développement durable, Rio+20, qui se tiendra la semaine prochaine. Les notes attribuées à la mise en œuvre des trois grandes conventions adoptées lors du premier Sommet de la Terre à Rio en 1992 sont les suivantes : la Convention sur la diversité biologique – 0/20 ; la Convention-cadre sur les changements climatiques – 0/20 ; la Convention sur la lutte contre la désertification – 0/20. L’humanité peut-elle encore éviter l’expulsion ?

Nous savons depuis au moins une génération que la planète doit changer de trajectoire. Au lieu de faire tourner l’économie mondiale avec des combustibles fossiles, nous devons bien davantage avoir recours aux alternatives produisant moins d’émissions de carbone, comme les énergies éolienne, solaire et géothermique. Au lieu de chasser, pêcher et défricher sans tenir compte des répercussions sur les autres espèces, nous devons aligner notre production agricole, la pêche et l’exploitation forestière sur les capacités de renouvellement de l’environnement. Au lieu de laisser les membres les plus vulnérables de la population mondiale sans accès à la planification familiale, à l’éducation et aux soins de santé de base, nous devons mettre fin à la pauvreté extrême et réduire les taux de fécondité très élevés qui persistent dans les parties les plus pauvres du monde.

En bref, nous devons reconnaître qu’avec sept milliards d’habitants aujourd’hui, et neuf milliards vers la moitié du siècle, tous interconnectés dans une économie mondiale de haute technologie et gourmande en énergie, notre capacité collective à détruire les systèmes indispensables à la vie est sans précédent. Et pourtant les conséquences de nos actions individuelles sont en général tellement éloignées de notre conscience quotidienne que nous risquons de tomber dans le précipice sans même nous en apercevoir.

Lorsque nous allumons nos lampes et nos ordinateurs, nous ne sommes pas conscients des émissions de carbone qui en résultent. Lorsque nous consommons nos repas, nous ne sommes pas conscients de la déforestation causée par des pratiques agricoles non  durables. Et lorsque des milliards de nos actions s’associent pour provoquer des famines et des inondations ailleurs dans le monde, accablant les plus démunis dans des pays comme le Mali et le Kenya en proie à la sécheresse, rares sont ceux à être même vaguement conscients des pièges dangereux de l’interconnexion mondiale.

Il y a vingt ans, la communauté internationale a tenté de faire face à ces réalités au moyen de traités et de lois internationales. Les conventions issues du premier Sommet de Rio en 1992 étaient pertinentes : bien pensées, clairvoyantes, inspirées par un esprit civique et axées sur les priorités mondiales. Et pourtant elles ne nous ont pas sauvés.

Ces traités ont continué à vivre dans l’ombre de nos politiques quotidiennes, de notre imaginaire et réapparaissant selon les cycles d’intérêt des médias. Les diplomates se sont traînés d’une conférence à l’autre pour les faire appliquer, sans produire d’autres résultats que la négligence, des retards et des chamailleries sur des questions de droit. Vingt ans plus tard, nous n’avons que ces notes désastreuses pour preuve de nos efforts.

Y a-t-il une autre voie ? La voie du droit international implique les avocats et les diplomates, mais pas les ingénieurs, les scientifiques et les responsables communautaires en première ligne du développement durable. Elle est jonchée de termes techniques abscons sur le suivi, les clauses contraignantes, les pays appartenant ou non à l’annexe 1, et d’une masse de jargon juridique, sans avoir pour autant donné à l’humanité le langage lui permettant de discuter de sa propre survie.

Nous disposons de milliers de documents, mais aucun vocabulaire commun pour parler des problèmes. Voulons-nous nous sauver et sauver nos enfants ? Pourquoi ne l’avons-nous pas dit ?

Lors du Sommet de Rio+20, nous devrons le dire, clairement et fermement, et de manière qui conduise à l’action et à la solution de problèmes, pas à la défensive et aux querelles. Puisque les politiciens suivent l’opinion publique au lieu de la forger, ce doit être l’opinion publique même qui exige sa propre survie, et non des représentants élus qui seraient censés nous sauver de nous-mêmes. Les héros en politique sont rares ; attendre une action décisive de la part des politiciens serait attendre trop longtemps.

Le plus important résultat de Rio+20 ne sera donc pas un nouveau traité, d’autres clauses contraignantes ou un engagement politique. Ce sera un appel mondial en faveur de l’action. Dans le monde entier, des voix de plus en plus nombreuses demandent que le développement durable soit au centre de la pensée et de l’action mondiales, en particulier pour aider les jeunes à répondre au triple défi – le bien-être économique, un environnement durable et l’inclusion sociale – qui définira leur époque. Rio+20 peut y contribuer.

Au lieu d’un nouveau traité, adoptons à l’occasion du prochain Sommet de la Terre une série d’objectifs pour le développement durable, ou ODD, qui serviront d’inspiration pour les actions de toute une génération. A l’instar des Objectifs du Millénaire pour le développement qui nous ont ouvert les yeux sur la pauvreté extrême et encouragé une action mondiale sans précédent pour lutter contre le sida, la tuberculose et la paludisme, les ODD peuvent ouvrir les yeux des jeunes sur la changement climatique, la perte de la biodiversité et les désastres de la désertification. Nous pouvons encore tenir nos engagements incarnés par les trois conventions de Rio, en plaçant les personnes à l’avant-garde de ces efforts.

Des ODD pour en finir avec l’extrême pauvreté ; pour réduire l’empreinte carbone des systèmes énergétiques ; pour ralentir la croissance de la population mondiale ; promouvoir des chaînes d’approvisionnement alimentaire durables et protéger les océans, les forêts et les zones arides. Corriger les déséquilibres de notre époque peut inciter une génération entière à se passionner pour la résolution de problèmes. Les ingénieurs et les surdoués de la technologie de la Silicon Valley à Sao Paulo, de Bangalore à Shanghai, ont en réserve de nombreuses idées pour sauver le monde.

Les universités du monde entier abritent des hordes d’étudiants et de professeurs déterminés à résoudre les problèmes pratiques de leurs pays et de leurs communautés. Les entreprises, du moins les entreprises responsables, savent qu’elles ne peuvent prospérer et motiver leurs salariés et les consommateurs sans être partie prenante de la solution.

Le monde est sur le point d’agir. Rio+20 peut contribuer à mobiliser une génération entière. Il reste un peu de temps, très peu, pour transformer les 0/20 en 20/20 et passer l’examen ultime de l’humanité.

Traduit de l’anglais par Julia Gallin

Exit from comment view mode. Click to hide this space
Hide Comments Hide Comments Read Comments (5)

Please login or register to post a comment

  1. CommentedKariuki Kiragu

    Having groped my way into the triple-bottom line world in the last 10 years, I find that, to the economic, environmental and social pillars, a spiritual one should be added.
    It comes with the currencies of goodwill, appreciation and inner peace so necessary to harmonizing the other 3 pillars.
    Working in the slums and among the poor in Nairobi, the feeling has been the need to first engender trust and a sense of responsibility to the larger community, say, Africa. Thus, discourse invariably commences on an ideological plane, inherently spiritual.
    The bank yonder is misty, the river is wide, silent…let’s make the leaps of faith, from one stepping stone to another.

  2. CommentedTom McGivan

    I sense that the important point to take from this is the idea of technology at the forefront of responding to climate change. Politicians from both developed and developing countries have worked tirelessly to implement treaties, policies and other forms of motivation but the reality is that we have not done enough. The role of politics should now be to provide real economic incentives for investment in change, given the way our society functions, genuine economic reform trumps a motivational speech every time.

  3. Commentedjallo jallo

    The reality is that anything that would resemble sustainable development is not going to be called for public opinion either, and thisis where Prof. Sachs expectations are doomed to be unfulfilled. And why is that? Because achieving anything that would remotely resemble sustainable development would imply making hard choices, and giving up things that most people in the West value, (or they think thatbthey value) namely individualism and freedom of choice (as consumers), materialism and opulent lifestyles, environmentally insensitive technologies that make our life easier, high expectations of comfort, etc. Anything different to these would be greenwahing. What we need to make people understand is that these priviledges have been achieved as a result of centuries of unsustainable economic growth and they will dissapear anyway as ecological limits to growth

  4. Commentedjames durante

    There are two fundamental barriers to the kind of "course correction" Sachs is talking about: capitalism and the nation state. Look at almost all the articles on this site: the mantra is growth. It is difficult to imagine that in the real political world there will be any real aspirations for the goals Sachs mentions. Each one is contradicted by individual and national interests, at least in the broad context of the twin pillars of modernity. Consider the current presidential election in the US. As far as I can tell neither candidate will have any interest or motivation in discussing Sachs' worthy goals.

    The precipice is here. Look over the edge.

  5. CommentedFrank O'Callaghan

    Professor Sachs is a breath of fresh air. He does not deny the problems or lessen their daunting scale. Yet he suggests that Humanity can deal with the threat off global climate change. I am not sure that I agree with him. We can certainly influence the rate of change and perhaps the nature of that change, e.g. in anti-desertification and reforestation schemes.

    I hope that he is right. It is probably right to hope. It may even have an effect on the outcomes by improving motivations of the actors. My fear is that we have passed a tipping point and that the juggernaut of climate change is in irrevocable motion.

Featured