Tuesday, September 16, 2014
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Un succès papal

LONDRES – A la grande surprise des médias – tant du Royaume-Uni que de l’étranger – la visite du Pape Benoît xvi en Grande-Bretagne était des plus réussies. En tant que catholique et responsable nommé par le Premier ministre David Cameron pour superviser le déroulement de la rencontre avec le gouvernement, ma joie était innée. Mais cette visite a également ravi le citoyen en moi qui déteste toute mentalité grégaire.

Les médias ont tendance à changer comme le marché boursier. Il suffit de voir la place publique bourrée de haussiers pour se retrouver KO à cause des baissiers l’instant d’après. Avant cette visite, on nous a raconté que le public d’Angleterre serait au mieux indifférent au pire hostile. Ce cas de figure allait jusqu’à inquiéter le Vatican. Pourtant, dès son arrivée en Ecosse, le Pape s’est vu assailli par une foule de sympathisants, catholiques et non-catholiques confondus.

Je faisais partie du cortège papal qui a emprunté l’autoroute depuis Edimbourg où Benoît xvi a rencontré Elisabeth ii, jusque Glasgow, où il a célébré une messe en plein air. La foule s’était amassée le long de la route. Dès le premier jour, les médias ont compris qu’ils avaient très mal lu dans les pensées du public. Du jour au lendemain ce qui augurait un désastre est devenu un grand succès. Le public venait de détromper ces je-sais-tout de journalistes et le cynisme métropolitain.

La rencontre entre le Pape et les chefs spirituels a démontré que l’idée reçue selon laquelle le public ne peut pas comprendre quelque chose de plus long ou de plus compliqué qu’un clip est erronée. Un jour, un homme politique américain, feu Adlai Stevenson, a déclaré que l’homme moyen (et la femme) en savent largement plus que la moyenne. Les responsables politiques doivent donc traiter leurs électeurs comme des égaux et ne pas leur parler avec condescendance.

Vous pensez bien que cela n’a pas suffit à lui faire gagner la présidence en 1950. « Toutes les personnes intelligentes de ce pays sont avec toi », lui a-t-on dit. « Ce n’est pas assez, a rétorqué Stevenson. Pour gagner, il me faut la majorité. »

Nous souffrons néanmoins d’une overdose de slogans simplistes en politique. Argumenter son affaire de manière cohérente reste la meilleure façon de gagner l’assentiment du public sur le long terme pour n’importe quel plan d’action. Un argument est d'autant plus valable s’il est exposé posément – et valorise ceux à qui il s'adresse.

C’est ce que Benoît xvi fait, ainsi que son interlocuteur à la tête de la communion anglicane en Grande-Bretagne, l’archevêque de Canterbury Rowan Williams. Tous deux sont des intellectuels qui réfléchissent avec calme et prudence, raison pour laquelle Williams, en particulier, s’est retrouvé pris à partie par les médias. En 2008, une conférence dans laquelle il faisait le lien entre la loi islamique nommée la Charia et le système légal britannique a été très critiquée. Remis en contexte, son discours était à la fois juste et intéressant mais comme ce n’était pas le cas dans les journaux, son auteur s’est injustement retrouvé au pilori.

Le pape a fait son discours principal devant tout le gratin à Westminster Hall, un monument médiéval dont l’utilisation au cours des siècles est intimement liée aux plus grands drames de l’histoire du pays. C’est à cet endroit que Thomas More, canonisé par la suite, a été jugé pour avoir désobéi à son supérieur, Henry viii. More ne pouvait pas accepter la suprématie que le roi exigeait sur l’église. Sa conscience lui dictait de ne pas se plier à la volonté du roi. Martyr de sa propre conscience, il a été exécuté dans la Tour de Londres.

Saint Thomas More est devenu le saint patron des responsables politiques, ce qui est assez flatteur pour bon nombre de ceux dont il est sensé régir les intérêts. Après tout, tous les dirigeants politiques qui suivent leur conscience n’ont pas la chance d’être loués. Mais l'histoire de More et le fait que la loi britannique a commencé à se dessiner sous les arches gothiques en bois de Westminster Hall donnait au pape un bel hameçon pour commencer son sermon sur l'importance de l'éthique et de la religion dans la vie de la cité.

Beaucoup de laïcs arguent que, depuis l’époque des Lumières, la raison suffit à régir toute gouvernance et élaboration de politiques, fondées sur l'état de droit si la nation a de la chance. Benoît xvi a réaffirmé l’importance de la foi aux côtés de la raison pour sauvegarder notre civilisation.

Aux fondements de l’Europe ne se trouvent pas seulement Aristote, la raison et la Grèce antique, pas seulement Rome et l'importance qu'elle accordait à la loi, mais aussi Jérusalem et les religions abrahamiques (le judaïsme, le christianisme et l'islam). Dépourvue d’éthique, la raison peut s’avérer insuffisante pour assurer la survie de la civilisation, chose que l’Allemagne, le pays natal du pape, a découvert dans les années 1930.

Pour étayer son argument, le pape a fait remarquer que l’écroulement de la finance mondiale, en partie dû à une insatiable cupidité, a lancé le débat sur la nécessité d’un comportement économique fondé sur l’éthique. Avons-nous déjà oublié la répugnance éprouvée devant la malhonnêteté et la prodigalité qui ont contribué à mener la prospérité occidentale à sa perte ?

Un autre exemple de lien entre éthique et politique est la réaction des pays riches envers l’inégalité sociale dans le monde, terrible affront moral pour toute personne avec un minimum de conscience et de sensibilité. Malgré la triste crise du budget en Grande-Bretagne, le gouvernement s’est engagé à maintenir sa promesse de consacrer 0,7 % de son PIB pour assister les pays pauvres. Si seulement les autres faisaient de même, comme cette riche Italie qui n’accorde que 0,15 % de son PIB à l’aide étrangère.

Finalement Benoît xvi a lancé un sérieux débat au Royaume-Uni et au-delà. La religion et l’éthique doivent-elles et peuvent-elles participer au discours politique ? C’est une question cruciale – et pas seulement pour l’Europe.

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