Thursday, July 31, 2014
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Une seconde chance pour la réforme européenne

MUNICH – La Banque Centre Européenne est parvenue à calmer les marchés en promettant de racheter sans limite les obligations de la zone euro, car cette décision a effectivement rassuré les détenteurs d’obligations sur le fait que les contribuables et les retraités des économies européennes encore saines assumeraient, si nécessaire, le poids du remboursement. La BCE n’a pas précisé les modalités de cet arrangement mais son engagement a aiguisé l’appétit des investisseurs, réduit les écarts de taux d’intérêt dans la zone euro, et rendu possible de financer les économies en crises par la planche à billet.

Ce répit offre une opportunité idéale pour avancer sur les réformes. Le Premier ministre de la Grèce Antonis Samaras doit convaincre ses compatriotes de sa détermination à les mettre en œuvre. Le Premier ministre de l’Espagne Mariano Rajoy et le ministre des Finances portugais Vitor Gaspar méritent d’être soutenus dans leurs actions. Et l’on ne peut qu’espérer que le Premier ministre italien par intérim Mario Monti sera candidat aux prochaines élections législatives. Ces dirigeants savent tous ce qui doit être fait.

La France, par contre, ne semble pas avoir pris conscience de la situation. Le Président François Hollande veut résoudre les problèmes de son pays avec des programmes de relance de la croissance. Mais lorsque les hommes politiques disent « croissance, » ils veulent dire « emprunt ». C’est bien la dernière chose dont la France a besoin.

Le rapport dette/PIB de la France est déjà aux alentours de 90%; même si le déficit de son budget 2013 ne dépasse pas 3,5% du PIB, son rapport dette/PIB atteindra 93% à la fin de l’année. La part des dépenses publiques dans le PIB, située à 56%, est la plus forte de la zone euro et se situe au deuxième rang de tous les pays développés.

Il n’y a pas que les acteurs de cinéma comme Gérard Depardieu qui quittent le pays pour échapper à la forte imposition ; l’industrie aussi fuit le pays. Les fabricants automobiles, hier si fiers, luttent aujourd’hui pour leur survie.

En effet, l’industrie manufacturière française ne représente plus qu’à peine 9% du PIB, moins que la part manufacturière de la Grande Bretagne (10%) et moins de la moitié de celle de l’Allemagne (20%). Son compte courant s’enfonce dans un déficit toujours plus profond. Le chômage connaît une hausse record.

Le problème fondamental de la France, comme celui des pays les plus affectés par la crise, est que la vague de crédit bon marché que l’introduction de l’euro a rendue possible a nourri une bulle inflationniste qui l’a privée de toute compétitivité. Selon les calculs de Goldman Sachs, la France devrait réduire ses prix de 20% pour être en mesure de rembourser sa dette en toute viabilité.

Il en est de même pour l’Espagne ; l’Italie, pour sa part, devra baisser ses prix de 10 à 15%, et la Grèce et le Portugal devront réduire les prix de leurs marchés intérieurs respectivement de 30% et de 35%. Les statistiques de pouvoir d’achat de l’OCDE dépeignent un tableau similaire : la Grèce devrait appliquer une dépréciation de 39% et le Portugal de 32%, ne serait-ce que pour s’aligner sur les niveaux de prix de la Turquie. Mais jusqu’à présent, rien n’a véritablement été effectué dans ce sens. Pire, le taux d’inflation dans certains pays en difficultés demeure encore très supérieur à celui de leurs partenaires commerciaux.

Les dirigeants de la zone euro estiment qu’il est possible de relancer leur compétitivité en adoptant des réformes, en entreprenant des projets d’infrastructure, et en améliorant leur productivité, mais sans réduire les prix de leur marché intérieur. C’est une erreur, car de telles mesures n’améliorent la compétitivité que si les prix intérieurs baissent par rapport à ceux de leurs concurrents dans la zone euro. Aussi longtemps que ces pays resteront dans l’union monétaire, une réduction des prix relatifs de leurs marchés intérieurs est inévitable : soit ils réduisent leurs prix, soit leurs partenaires commerciaux gonfleront plus rapidement.

Il n’existe aucun moyen aisé ou socialement confortable de réaliser cela. Dans certains cas, une telle approche peut être si périlleuse qu’elle ne saurait être désirée pour aucune société. L’écart est simplement trop important entre ce qu’il faut faire pour restaurer la compétitivité et ce que les citoyens peuvent supporter s’ils demeurent au sein de l’union monétaire.

Pour devenir meilleur marché, le taux d’inflation d’un pays doit rester en deçà de celui de ses concurrents, mais cela ne peut s’obtenir que par une récession économique. Plus les syndicats défendront la grille des salaires en vigueur, plus la croissance de la productivité sera faible, et plus longtemps la récession se maintiendra. Il faudrait à l’Espagne et à la France une récession de dix ans, avec un taux d’inflation annuel inférieur de 2% à celui de leurs concurrents, pour récupérer leur compétitivité. Le chemin vers la compétitivité sera plus court pour l’Italie, mais pour le Portugal et la Grèce, il sera substantiellement plus long – peut-être trop long.

L’Italie, la France, et l’Espagne devaient être en mesure de récupérer cette compétitivité dans la zone euro dans un délai prévisible. Après tout, l’Allemagne a réduit ses prix par rapport à ses partenaires de la zone euro de 22% de 1995, alors que le projet de l’euro avait déjà été définitivement validé, jusqu’en 2008 et l’éclatement de la crise financière globale.  

Il y a dix ans, l’Allemagne était dans la situation que connaît la France aujourd’hui – le malade de l’Europe. Elle a enduré une hausse du chômage et souffert d’un manque d’investissements. Une grande part de son épargne était investie à l’étranger, et ses investissements intérieurs nets étaient parmi le plus bas de tous les pays de l’OCDE. Sommé d’agir, le gouvernement social démocrate de Gerhard Schröder a décidé en 2003 de priver des millions d’Allemands du second palier de leur assurance chômage, ouvrant ainsi la voie à la création d’un secteur à bas salaire, ce qui a permis de réduire le taux d’inflation.

Malheureusement jusqu’à présent, aucun signe n’indique que les pays en crise, la France en tête, sont disposés à se serrer la ceinture. Plus ils se raccrocheront aux formules magiques, plus la crise de la zone euro perdurera.

Traduit de l’anglais par Frédérique Destribats

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  1. CommentedCarol Maczinsky

    The ECB was not authorised to guarantee that. We cannot accept anarchism from the top, robber central banking.

  2. CommentedGerald Silverberg

    Bravo, Herr Sinn!

    That the internal devaluation you advocate is self-defeating (and moreover, quite aside from the concomitant social unrest, is very hard to accomplish), has finally dawned even on the IMF. Since the real outlier in Eurozone unit cost evolution was always and almost exclusively Germany (France in fact was the one Eurozone country in macro equilibrium, with nominal wage growth equal to productivity growth and targeted inflation), did it ever occur to you that it would be much easier for everyone concerned for Germany to inflate the EZ back into relative competitiveness balance by raising its labor share and devaluing the Euro than to condemn everyone else to deflationary collapse (see my NY Times op-ed from 2011 (https://sites.google.com/site/savingtheeuro/).

    Prescribing the German (and Chinese) race to the bottom of lowering labor share is a recipe for global macroeconomic unsustainability, even if it has been in Germany's economic interest until now. But it is hard to imagine that the author of "Die Basar-Ökonomie", which predicted the decline of the German export powerhouse in 2005, could put two and two together to understand that universal austerity and wage deflation is a recipe for disaster (and now is plunging even Germany into recession).

  3. CommentedAlexander Stingl

    The construction of the Euro and the EU was supposed to be built on more than just the economic pillar originally. It was the mentality of influential lobbyists and propagandists for a neoliberal rationale, which Hans-Werner Sinn stands for, that sounded the trumpet for the idea that the sole pillar that was needed was the economic one and that all else would follow naturally because their religion, their faith in the "invisible hands" and this God-like entity "the Market", would be enough to create a commonwealth for all. The warnings of those saying that you cannot stand on one leg for long was silenced by the noise of the trumpets, and on they marched into the crisis of today. Whom did this religion help? Those who continue to sell the neoliberal agenda in selling their trumpets (books, articles, interviews, economic studies). The only solution is to stop listening to pundits who continue to think in nationalistic economies and territorial solutions, and to create genuine long-term solutions for a united European society in a post-colonial world.

  4. Portrait of Pingfan Hong

    CommentedPingfan Hong

    From a domestic point of view, it seems unfair and miserable for those European countries mentioned in the article to have to reduce their price level ( thus wage level ) by 20 per cent in order for them to become competitive at the international level. However, from emerging economies point of view, it is perfectly fair: why should a worker in Europe earn 20% per cent more than a worker in Turkey if both of them do the same job? From the global point of view, it is a natural process of convergence among countries: no countries are entitled to stay advanced forever in terms of productivity and living standard.

  5. CommentedShane Beck

    France suffers the common fate of countries like Italy, Spain and Greece than have shacked themselves to the German giant: they simply cannot compete with it in value added exports. They either have to opt out of the common currency to make their exports competitive or the have to delegate all their economic decision making, hence sovereignty, to a supranational economic body. There is no middle way and countries like Greece, Italy, Spain and France are deluding themselves if they think otherwise.

  6. CommentedAntónio Correia

    Recently, Paul Krugman said that "The Euro is a shaky construction" – and no one can deny this statement. The Euro has been designed – by Delors et al – as a "single currency" instead of a (much more realistic) "common currency", and now it is very clear that this was a very bad choice. It is quite obvious that the “bad romance” between France and Germany must come to an end and be replaced by a solid, long lasting friendship:

    http://www.marianne.net/Un-appel-franco-allemand-d-economistes-pour-une-sortie-paisible-de-l-euro_a217204.html

    Twenty years after the Maastricht Treaty, a "Maastricht 2.0" Treaty is required, as soon as possible, so as to avoid a sad situation, in the near future, where the foreseen "European common home" becomes replaced by a true "European house of correction". We need to build a true European Union through a cooperative European disunion:

    http://building-a-true-european-union.blogspot.com

  7. CommentedCristina Martello

    I believe that domestic prices reduction is not the only way to gain competitiveness and it shoul not be the tool or at least the only tool European leader should use.

  8. Commentedserge d'agostino

    Very interesting from a liberal economist: the sources of our problems in Europe, namely the lack of real cooperation between States, austerity considered as a dogma and that those who sin must atone in pain.

    Never he refers to non-cooperative game in which is engaged Germany since the late 90s (in contrast, the German example is touted without our author thinks a moment that if all countries do the same thing we will be in a scenario of race to the bottom as in the 30s. The main thing to do is to reduce wages and social contributions in countries already struggling and not a word about the revaluation salary or recovery activity that Germany should / could deliver.
    Moreover our author considers that France adopted a stimulus policy: what a surpise! And read the end of the text: Greeks, Portuguese, Spaniards, Italians and ourselves, will appreciate). I think Sinn need a rest!

  9. CommentedFrank O'Callaghan

    How revealing!
    "Gerhard Schröder’s Social Democratic government decided in 2003 to deprive millions of Germans of their second-tier unemployment insurance, thus paving the way for the creation of a low-wage sector, in turn reducing the rate of inflation."
    The theory is that to be economically prosperous a country has to further impoverish and deprive those who work or have worked in order to enrich those who speculate.
    Intellectually shameful and morally bankrupt!

  10. CommentedLucas Klostermann

    Interesting analysis - inflation being an important part of competitiveness over time, in particular in absence of an exchange rate.
    It strikes me that the competitive comparison is primarily towards other EU or neighboring countries. With most of the EU countries exporting primarily to other EU countries, this seems indeed a very important perspective.
    However, in my perception an important argument used for the Euro and tighter collaboration within the EU is often the outside world; individual EU countries being feared to be irrelevant against the US, China or other large developing countries. What we have created with the Euro now is a currency union where a major instrument without the perils and strong social discomforts that Prof. Sinn refers to, has been taken away from national governments and/or financial markets; exchange rates and devaluation. Towards the main trading partners within the EU this instrument is dearly missed, towards the outside world having a Euro or not is maybe not that important.
    I am curious how others view this, and hope for a positive twist.

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