Monday, April 21, 2014
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Un nouveau programme démocratique pour la Russie

MOSCOU – Lors de l’allocution annuelle du Président russe Dmitri Medvedev devant l’Assemblée Fédérale, je fus frappé par le fait que son discours semblait avoir été écrit pour un pays développé et prospère, et non pas pour la Russie d’aujourd’hui.

La Russie tiendra des élections présidentielles en 2012. Néanmoins, ce qui arrivera en 2011 sera, d’après moi, encore plus important que ces élections elles-mêmes. En effet, l’évolution de la société russe pourrait transformer le monde politique en Russie ; et ce envers et contre les opposants domestiques qui refusent le changement ou ceux qui ont définitivement rangé la Russie parmi les « autoritaires incorrigibles ». Mais, pour que cela se produise, un nouveau programme pour la Russie doit être développé cette année.

Il y a une décennie, les priorités étaient la défense de l’intégrité du territoire russe et la restauration de la gouvernance du pays. La population avait soutenu un président, Vladimir Putin, qui était attaché à ce programme de « stabilisation ». On peut débattre sur les moyens employés pour y arriver, ainsi que leur succès, mais il est indéniable que la Russie a largement surmonté ses défis existentiels.

Cependant, les progrès en termes de stabilisation n’ont fait que mettre en évidence les problèmes non solutionnés en Russie, qui furent exacerbés, mais non causés, par la crise financière globale. Après tout, ce sont des choix exclusivement domestiques qui ont générés les caractéristiques actuelles de l’économie russe : basée sur l’exploitation de ressources, en désindustrialisation et dépendante des dépenses des consommateurs. Et ce n’est pas non plus la crise qui a généré la corruption, qui affecte les fonctions officielles à tous les niveaux, ni la perte de la dynamique démocratique en Russie.

Nous, Russes, avons construit une dépendance au pétrole et au gas, en oubliant que ces ressources ne dureront pas éternellement. Et, même en présence de conditions favorables sur les marchés mondiaux, nous ne sommes pas parvenus à solutionner le problème de la pauvreté, qui concerne encore des millions de russes. 

Je suis convaincu que les ennuis de la Russie sont tous liés au système politique en fin de compte. Nous avons besoin d’un environnement démocratique et concurrentiel, d’esprit d’initiative à tous les niveaux, d’une société civile active et d’un vrai contrôle public. C’est seulement à ces conditions que les problèmes compliqués trouveront des solutions.

Pourtant, dès 2005-2006, les autorités ont mis en place des mesures rendant pratiquement impossible toute capacité de réaction à des problèmes graves. Les décisions de nommer, au lieu de d’élire, les gouvernements régionaux, d’introduire un système de vote pour des partis, au lieu d’individus, d’augmenter le seuil électoral pour qu’un parti entre à la Duma, et d’annuler l’imposition d’un taux de participation électorale minimum ont créé un système politique hermétique aux réactions de la société ; d’autant que toutes ces décisions furent accompagnées d’une manipulation endémique des élections et des mass médias. Fort logiquement, l’élite politique est devenue égocentrique et au service de ses seuls petits intérêts.

Cet été, lorsque les feux de forêts faisaient rage en-dehors de Moscou, l’isolation de l’élite a pris une allure menaçante. Cependant, quelque chose de neuf est arrivé : la société est devenue plus exigeante, reconnaissant ses intérêts et sachant les exprimer.

Bien que les traditions d’auto organisation dans la société russe ne soient ni profondes ni fortes, de vrais mouvements dans cette direction sont devenus clairement visibles de tous. Des activistes d’organisations non gouvernementales, journalistes, écologistes, hommes d’affaires et gens ordinaires qui souffrent de la tyrannie et la corruption des fonctionnaires publiques ont commencé à s’unir.

Les autorités l’ont reconnu, au moins jusqu’à un certain point. Une importante décision de Medvedev a suspendu la construction d’une autoroute traversant la forêt Khimki près de Moscou suite à une large opposition civile. Durant de nombreux mois, les autorités de Moscou et fédérales avaient ignoré les opposants à l’autoroute, et la décision de Medvedev était un signal : le mépris du peuple est inadmissible. Pourtant, juste après cela, la bureaucratie tenta de vider de tout pouvoir les auditions publiques – créées pour donner aux gens et aux institutions civiles la capacité de s’exprimer sur ce genre de problèmes.

La lutte entre les tendances démocratiques et anti démocratiques est donc devenue profonde. Si les tendances anti démocratiques vainquent, tout ce que nous avons accompli ces dernières années sera mis en péril – y compris la stabilité elle-même.

C’est cette menace qui a évidemment motivé le discours de Medvedev en novembre : « Il n’y a pas de secret », Medvedev avait écrit dans son blog, « quant au fait que, au cours de la période actuelle, des symptômes de stagnation ont commencé à apparaître dans notre vie politique, et est apparue la menace que la stabilité se transforme en un facteur de stagnation. »

L’annonce du président était inattendue. L’évaluation de Medvedev attestait de sa compréhension que les problèmes de la Russie sont enracinés dans le système politique – dans la dégradation du parti au pouvoir, étant donné l’absence d’une réelle opposition, et dans le manque de respect des droits des minorités politiques.

Je me réjouis de l’emphase de Medvedev sur les préoccupations sociales et de sa rhétorique anti bureaucratique. Mais ses déclarations ne représentent qu’un premier pas vers la formulation d’un nouveau programme pour la Russie, dont le premier élément doit être un renouvellement et une accélération du mouvement vers une démocratie réelle et efficace. Il est vital que les Russes croient que les mots de Medvedev reflètent ses priorités et qu’il est prêt à se battre pour elles.

Parmi ces priorités, une des plus importantes est l’éducation. Aujourd’hui, l’exigence constitutionnelle d’une éducation gratuite et universelle est en passe de devenir une fiction. Les gens se demandent : Comment se fait-il que, après la deuxième guerre mondiale, l’état avait assez d’argent pour assurer une éducation gratuite, alors qu’aujourd’hui il ne le peut plus ?

La société demande également des mécanismes efficaces pour combattre la corruption, qui est en train de devenir un sérieux problème politique, précisément parce qu’elle a augmenté la distance entre les gens et les autorités. En effet, l’élite actuelle ne peut ou ne veut pas solutionner le problème. Seule une initiative présidentielle sérieuse, supportée par la société civile et de nouvelles forces politiques courageuses, pourra changer les choses.

Le nouveau programme doit aussi inclure un solide composant économique. Rafistoler le budget et compter sur les initiatives individuelles n’est pas suffisant pour assurer un renouveau économique. La Russie a besoin d’un saut qualitatif vers une économie de la connaissance, moderne, et écologiquement durable. Je vois ici un lien direct avec le problème de l’éducation.

Je suis convaincu que Medvedev doit devenir le leader du processus de formulation du nouveau programme russe, et il doit agir l’an prochain. La société le supportera.

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