Wednesday, September 17, 2014
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Une Europe allemande ?

LISBONNE/RIGA – L’Europe qui émerge des décombres de la crise euro sera-t-elle allemande ? Le pouvoir dans l’Union européenne semble, en général, s’être déplacé pendant la crise euro vers les capitales nationales, et plus spécialement vers une capitale nationale : Berlin. Toutefois, devant une Allemagne introvertie, une France décotée et une Grande-Bretagne plus ou moins détachée de la zone euro, la grande nouvelle en politique étrangère européenne gravite autour de l'avènement de petits joueurs qui voient les choses en grand.

Dans cette Europe, les décisions importantes pourraient bien maintenant se prendre à Stockholm ou à Varsovie, et non seulement à Berlin, à Paris ou à Londres. De plus, les dossiers importants de politique étrangère étant déjà rendus au seuil de l'Europe, qu'ils proviennent d'Égypte, du Belarus ou maintenant de la Syrie, des initiatives européennes utiles doivent être accueillies à bras ouvert, peu importe d'où elles proviennent.

L’Allemagne, en politique étrangère comme en économie, peut donner un élan vigoureux à l’UE ; lorsqu'elle sera prête à le faire. Par exemple, avec l'aide de la Pologne, elle a piloté la tentative de l'UE pour faire front commun à la Russie, après s'être fait les muscles sur la Serbie. Cependant, dans d'autres dossiers, par exemple, celui de la Libye, au lieu de prendre l'initiative, l’Allemagne s'est contentée d'utiliser sa nouvelle marge de manœuvre nouvellement acquise pour suivre ses propres préférences sans égard à celles des autres membres de l’UE.

À la fameuse question d’Henry Kissinger sur qui appeler lorsque l'on doit discuter avec l'Europe, il n'est pas obligatoire aujourd'hui de répondre par « la chancelière allemande ». Même s'il est vrai que Berlin impose de plus en plus ses préférences économiques sur les autres membres de la zone euro, elle n'est pas prête à utiliser la force militaire comme instrument de politique étrangère, ainsi qu'elle l'a démontré dans le cas de la Libye.

De plus, l’Allemagne, semble-t-il, est en voie de devenir une « puissance géo-économique » motivée par les besoins de son secteur des exportations. En utilisant des moyens économiques pour poursuivre ses fins en politique étrangère, l’Allemagne s'éloigne graduellement de ses partenaires européens.

Pendant ce temps, même si la France est en train de perdre son pouvoir relatif par rapport à l’Allemagne sur les questions économiques, elle joue encore un rôle décisif en politique étrangère. La France a pis les rênes des opérations en Libye et est en train faire la même chose en tentant d'imposer des sanctions plus sévères contre l'Iran et d'appuyer les Nations Unies en Côte d’Ivoire.

Par contre la démarche unilatérale de la France irrite fréquemment ses partenaires européens. Par exemple, lorsqu'en septembre, le président français Nicolas Sarkozy a un peu coupé l'herbe sous les pieds de la position européenne commune à l'égard de la demande d'admission à l'ONU d'un État palestinien. En d'autres termes, même lorsque la France ouvre la voie, elle ne le fait pas toujours de manière constructive.

À part du rôle décisif qu'elle a joué en Libye en collaboration avec la France, la Grande-Bretagne devient de plus en plus marginale dans le processus décisionnel de la politique étrangère européenne. Même avant d'avoir mis son veto au sommet européen de décembre 2011 sur un plan des pays de la zone euro pour créer une « union fiscale », elle jouait un rôle moins important que traditionnellement sur des questions importantes de politique étrangère européenne.

La Grande-Bretagne a continué d'appuyer l'élargissement de l’UE, le resserrement des liens avec la Turquie et le développement en Afrique, mais elle n'a lancé aucune initiative originale pour obtenir l'appui d'autres états membres ou pour orienter le débat de l’UE. Bien souvent, dans d'autres dossiers, comme celui des relations avec les « partenaires stratégiques », en particulier la Chine et la Russie, le Royaume-Uni, là aussi, ne fait que suivre.

Pendant que les « trois grands » poursuivent de plus en plus leurs propres intérêts nationaux étroitement définis, d'autres États membres de l’UE se démarquent comme chef de file dans des champs de politique étrangère. Ainsi, la Suède, un État membre qui n'occupe que le 14e rang par sa population, et le huitième par son PIB, sous la gouverne du premier ministre Fredrik Reinfeldt et du ministre des Affaires étrangères Carl Bildt frappe beaucoup plus fort que son poids. L'année dernière, elle a augmenté son aide annuelle à l'Afrique du Nord de 100 millions de couronnes suédoises (11,1 millions €). Elle a proposé une mission de l’UE en Tunisie une semaine seulement après la révolution pour y soutenir les aspirations démocratiques. Dès le début, elle a aussi fortement appuyé les résolutions de l'ONU en faveur du soulèvement de la population en Libye.

La Pologne est également en train d'occuper une place de choix en politique étrangère. Plus précisément, le premier ministre Donald Tusk et le ministre des Affaires étrangères Radek Sikorski ont pris l'initiative de la stratégie de l'UE envers la Russie, où la Pologne a réglé la plupart de ses différends avec l’Allemagne et est maintenant à l'avant-garde d’initiatives visant à établir une démarche réellement intégrée. La Pologne a aussi pris les devants sur les questions de défense européenne (bien qu'elle ait passé son tour pour l'intervention militaire en Libye). Ceci reflète la vitalité de l'économie polonaise, avec une croissance prévue en 2012 de 3 %, un taux supérieur par rapport à tous les autres pays membres de l'UE.

L’Allemagne est peut-être en train de recevoir toute l'attention en ces temps de crise, mais la dernière année nous a rappelé que l'influence de l'Europe est à son plus fort lorsque les petites nations participent et unissent leurs efforts – et prennent même le relai – des grands pays. Par exemple, sur la question de l'Iran (à l'exception de la Grèce), les Européens se sont ralliés autour de politiques et de positions communes claires, comme celle de l'embargo pétrolier.

Donc, que la Pologne et la Suède se le disent : l'Europe a besoin de leurs initiatives. Quand bien même elles ne seraient qu'une goutte d'eau dans une Union européenne peuplée de plus de 500 millions de citoyens. D’autres États membres doivent suivre leur exemple afin de donner une véritable portée et une réelle influence à la politique étrangère européenne.

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  1. Commentedjean nutson

    The Europe that is more likely to emerge from the euro crisis is a Europe of no country in particular as countries like Germany whose economies are considered to be relatively stronger now could be weakened considerably by then which would shift more power and influence over Europe into the hands of the EU,IMF, and other social entities such as corporations.

  2. CommentedZsolt Hermann

    The suggestion that smaller countries need to take on the responsibility for leadership in the European Union is a good one.
    But as long as the nations remain entrenched within their own borders and national interests, all of them looking at the European or other global problems from their own perspective, and sometimes this country takes the wheel, other times another one, it happens very ad hoc, without real coordination, direction or purpose.
    We talk about global world everywhere, we see the signs of how much we are interconnected and how much we depend on each other through all the events of the global crisis, respected high level experts are writing multiple publications on the subject, but when it comes to actual planning or action we still ignore the reality and continue acting from the same fragmented, polarized viewpoint as we have done before.
    For Europe, or in fact the whole global humanity to solve problems and build a sustainable future we have to come out of our subjective, introverted, self calculating boxes and start acting above our differences, personal agendas.
    If we are truly sitting on the same boat as Nobel laureate economists coin phrased it we have to work out with mutual responsibility how to keep the boat floating and sailing in the right direction.
    We need a fully integrated, supra-national socio-economic structure to adapt us to the conditions of the global, integral age.

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