Friday, October 31, 2014
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Une option de dévaluation pour l'Europe méridionale

CAMBRIDGE - Cette année est susceptible de marquer une épreuve décisive pour l'avenir de l'euro. La survie de la zone euro exige une solution crédible à sa longue crise de la dette souveraine, qui exige à son tour de résoudre les deux déséquilibres macro-économiques - externes et fiscaux - au cœur de cette crise.

La crise a révélé que des disparités profondes dans la compétitivité se sont développées dans la zone euro. De 1996 à 2010, les coûts unitaires de main-d’œuvre ont augmenté d'à peine 8% en Allemagne et de 13% en France. Comparez cela à 24% au Portugal, à 35% en Espagne, à 37% en Italie et à un 59% en Grèce, qui bat tous les autres pays à plate couture. Il en a résulté de grands déséquilibres commerciaux entre les pays de la zone euro, un problème compliqué par les grands déficits fiscaux et les niveaux élevés de dette publique en Europe méridionale (et France) - dus en grande partie aux créanciers étrangers.

La réduction de ces déséquilibres exige-t-elle une rupture avec la zone euro ? Supposez par exemple que le Portugal doive quitter l'euro et réintroduire l'escudo. La dévaluation du taux de change qui s'ensuivrait, abaisserait immédiatement le prix des exportations du Portugal, augmenterait ses prix à l'importation, stimulerait l'économie et provoquerait la croissance si nécessaire. Mais une sortie de l'euro serait une affaire désordonnée. L'agitation qui en résulterait pourrait très bien battre tous les gains à court terme dans la compétitivité due à la dévaluation.

Il y a une alternative remarquablement simple qui n'exige pas les économies préoccupées de l'Europe méridionale à abandonner l'euro ni à dévaluer leur taux de change. Elle implique d'augmenter la taxe sur la valeur ajoutée tout en réduisant les cotisations sociales. Notre recherche récente démontre qu'une telle « dévaluation fiscale » a des effets très semblables sur l'économie en termes d'impact sur le PIB, la consommation, l'emploi et l'inflation.

Une dévaluation de la monnaie fonctionne en rendant les importations plus coûteuses et les exportations moins chères. Un échange TVA/cotisations sociales ferait exactement la même chose. Une augmentation de la TVA augmente le prix des marchandises importées, car les sociétés étrangères font face à des taxes plus élevées. Pour s'assurer que les sociétés nationales n'ont pas d’incitation à augmenter les prix, une augmentation de la TVA doit s’accompagner d'une réduction des cotisations sociales.

D'ailleurs, puisque les exportations seront exemptées de TVA, le prix des exportations nationales chutera. Les effets désirés des effets de la compétitivité sur la dévaluation du taux de change peuvent être ainsi obtenus tout en restant dans l'euro.

Cette politique peut également aider sur le front fiscal. De même que pour une dévaluation de taux de change, l'impact positif sur la croissance d'une augmentation de la compétitivité peut renforcer la position fiscale en augmentant les recettes fiscales. D'ailleurs, un avantage important des dévaluations fiscales est qu'elles produisent des revenus additionnels, proportionnellement au déficit commercial du pays. Pour les pays qui souffrent d'une faible compétitivité et, par conséquent, de déficits commerciaux en cours, ceci signifie typiquement plus de revenus, spécialement à court terme.

Comme les dévaluations du taux de change, les dévaluations fiscales ont leurs gagnants et leurs perdants. Toutes les deux agissent comme des impôts sur la richesse : l'inflation signifie que les obligataires souffrent d'une vraie perte proportionnelle à leur richesse et à la taille de la dévaluation. Si des impôts sur le capital ne sont pas ajustés, les détenteurs d’obligations nationales subissent une perte comparable.

En revanche, beaucoup de transferts, tels que ceux des allocations chômage, des prestations de maladie et des pensions publiques, sont indexés sur l'inflation et maintiennent ainsi leur valeur réelle. Il en va de même pour les salaires minima. Ces effets distributifs jouent un rôle important dans la politique de dévaluation du taux de change et la plupart de ces effets apparaissent aussi dans les dévaluations fiscales.

Les dévaluations fiscales ont déjà quelques défenseurs. En effet, le gouvernement du Président français Nicolas Sarkozy vient juste d'en annoncer une. Et les inconvénients d'une dévaluation fiscale entrant en conflit avec des règles de l'euro peuvent apparaître, en précisant simplement que le gouvernement de l'Allemagne en a effectué une en 2007, en lui donnant cependant un autre nom, quand il a augmenté la TVA de 16% à 19% et réduit la part de contribution des employeurs à la sécurité sociale, de 6.5% à 4.2%.

En bref, il y a des solutions fiscales de rechange simples à la dévaluation du taux de change, qui peuvent résoudre les problèmes à court terme de la compétitivité de l'Europe méridionale. Ce qui est sûr, c'est que les dévaluations fiscales faisables seront limitées en taille. Mais avec la restructuration de la dette, la politique d'accompagnement monétaire, l'appui de liquidité de la banque centrale européenne et les réformes structurales tant attendues, elles peuvent aider ces économies dans la gêne à reprendre une assise ferme sans dissolution de l'euro ni une importante récession induite par l'austérité.

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  1. CommentedWilliam Wallace

    Sounds doable in theory, but it depends on two unlikely factors. First, firms would need to immediately factor the labor savings into pre-tax price reductions, rather than increasing profits or decreasing losses. Secondly, given the unlikelihood of these price reductions, the impact on consumer spending of higher post-tax prices might decrease aggregate demand enough to offset the benefits of the policy.

    I rather think a lot more focus on structural as opposed to cyclical deficits, and wider EU support for the latter while discouraging the former, would do a lot to put things on firmer footing, while sending a coherent message to the bond markets.

  2. CommentedZsolt Hermann

    Zsolt 01:39 02 Mar 12

    We can forgive economists that they view everything through the glasses of financial and economical adjustments, believing they can solve all our problems by pushing here, pulling there and then everything falls into place again.

    The global crisis is much deeper than a simple economic problem, in truth the economy is just a superficial representation of how we humans relate to each other and the real crisis is there, within our attitude, relationship towards each other.

    But even if stay within the realms of economy and finances all the recommended solutions take it for granted that the present costant growth, expansive economical system can carry on, and we just need to find our way back to the higway that leads us to sunset, when more and more experts, studies shows that this approach is unsustainable at our present conditions we evolved into.

    Sooner or later we have to face the signs and the facts that we have to build a completely new human system from the ground up, starting with the most important components: human beings and how they connect to each other, how they view each other and cooperate with each other in the closed, interdependent, integral system of the 21st century.

    Everything else is secondary and depends on the fundamental principle of the human network in between us.

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