Tuesday, July 22, 2014
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Une opportunité considérable pour la santé mondiale

NEW YORK – Chaque année, des millions de personnes décèdent des suites de maladies pourtant évitables et soignables, en particulier dans les pays pauvres. Dans de nombreux cas, les médicaments vitaux sont produits en masse à bas prix, mais vendus à des tarifs prohibitifs pour ceux qui en ont besoin. Bon nombre d’individus trouvent la mort car ils ne peuvent tout simplement bénéficier d’aucun traitement ou vaccin, un part si infime des compétences mondiales et des ressources limitées de la recherche étant consacrées à lutter contre la maladie chez les pauvres.  

Cet état de fait révèle un échec économique et juridique auquel il est urgent de remédier. La bonne nouvelle c’est qu’il existe aujourd’hui un certain nombre de possibilités de changement, dont la plus prometteuse réside dans un effort international mené par l’Organisation mondiale de la santé, qui pourrait bien commencer à réformer un régime de la propriété intellectuelle qui empêche actuellement le développement et la disponibilité de médicaments à bas prix. 

Deux problèmes principaux limitent aujourd’hui la disponibilité des médicaments. Premièrement, ils sont très coûteux ; ou, pour être plus précis, leur prix de vente est extrêmement élevé, bien que leur coût de production ne représente qu’une fraction de ce montant. Deuxièmement, la production pharmaceutique est axée sur une maximisation des profits, plutôt que sur les bienfaits sociaux, ce qui entrave les efforts en faveur de la création de médicaments essentiels au bien être humain. Les pauvres ayant peu d’argent à dépenser, les sociétés pharmaceutiques, selon les arrangements actuels, sont peu enclines à effectuer des recherches sur les maladies qui les affectent.   

Cette situation n’a rien d’immuable. Les sociétés pharmaceutiques affirment qu’un niveau élevé des prix est nécessaire pour financer la recherche et le développement. Pourtant, aux États-Unis, c’est le gouvernement qui finance la majeure partie de la recherche et du développement liés à la santé – directement, à travers des soutiens publics (les National Institutes of Health, la National Science Foundation), et indirectement au travers d’achats publics de médicaments, dans le cadre des programmes Medicare et Medicaid. Même la part qui n’est pas financée par le gouvernement ne constitue par un marché classique ; la plupart des achats de prescriptions par les particuliers étant couverts par les assurances.

L’État finance la recherche liée à la santé dans la mesure où de meilleurs médicaments sont synonymes d’intérêt général. Les résultats bénéficient à tous, enrayant les épidémies et réduisant la facture économique et humaine des maladies généralisées. L’efficacité exige un partage à grande échelle de la recherche dès que celle-ci est disponible. Thomas Jefferson comparait la connaissance à des bougies : quand l’une est utilisée pour allumer l’autre, la flamme de la première ne perd rien de sa force. Au contraire, tout devient plus lumineux.   

Pourtant, en Amérique comme dans la majeure partie du globe, les prix des médicaments sont encore exorbitants, et le partage des connaissances est extrêmement limité. Ceci s’explique par l’existence d’un système de brevets qui accorde aux innovateurs un monopole temporaire sur leur création, ce qui les encourage à préserver leurs connaissances, de peur qu’elles ne soient révélées à un concurrent. 

Bien que ce système stimule effectivement certains domaines de recherche permettant à l’innovation d’être financièrement profitable, il permet également aux sociétés pharmaceutiques d’augmenter les prix, cette stimulation n’aboutissant ainsi pas nécessairement à un retour positif pour la société. Dans le secteur de la santé, il pourrait être plus profitable de dédier la recherche au médicament « pour tous » plutôt qu’au développement d’un traitement qui fasse réellement la différence. Le système des brevets est même susceptible d’avoir des effets négatifs sur l’innovation dans la mesure où, alors que le facteur clé de toute recherche réside dans l’antériorité des idées, le système des brevets encourage le secret.     

Le remplacement du modèle actuel par un système de récompense soutenu par l’État constituerait une solution à la fois au niveau élevé des prix et à la mauvaise orientation des recherches. Au travers d’un système de récompense, les innovateurs se verraient rétribués pour leurs nouvelles avancées, mais ne conserveraient aucun monopole pour l’exploitation de celles-ci. De cette manière, la puissance des marchés compétitifs permettrait qu’une fois un médicament développé, il soit disponible au prix le plus bas possible – et non à un tarif gonflé par le monopole.  

Fort heureusement, un certain nombre de législateurs américains font preuve d’un intérêt prononcé pour cette approche. Le Prize Fund for HIV/AIDS Act, un projet de loi élaboré du Congrès élaboré par le sénateur Bernie Sanders, s’inscrit dans cette initiative. Ce projet inclut également une disposition importante destinée à encourager la recherche ouverte, ce qui orienterait le modèle actuel de la recherche vers le partage plutôt que le secret.

Toutefois, c’est de changements bien plus considérables qu’a besoin notre système d’innovation. Les efforts de l’OMS pour encourager de larges réformes au niveau international sont tout à fait cruciaux. Au printemps, l’OMS a publié un rapport préconisant des solutions similaires à celles proposées dans le projet de loi du Sénat américain, mais à l’échelle mondiale.   

Tout aussi important, le rapport “Research and Development to Meet Health Needs in Developing Countries,” préconise une approche globale, impliquant des contributions de financement obligatoires de la part des gouvernements, en faveur de la recherche sur les besoins des pays en voie de développement en matière de santé ; une coordination internationale des priorités et des programmes en matière de santé ; ainsi qu’un observatoire mondial axé sur les régions du monde dans lesquelles les besoins sont les plus prononcés. Fin mai, la communauté internationale aura l’opportunité de commencer à appliquer ces idées, lors de l’Assemblée mondiale de la santé de l’OMS – un moment d’espoir pour la santé publique autour du monde.

Réformer notre système de recherche n’est pas seulement une question économique. Il s’agit dans bien des cas d’une question de vie ou de mort. C’est pourquoi il est essentiel de désolidariser les incitations en R&D des prix des médicaments, et de promouvoir un meilleur partage de la connaissance dans le domaine scientifique. 

Du côté des États-Unis, le projet de loi Sanders marque un progrès important. Pour ce qui est du monde, les recommandations de l’OMS représentent une opportunité, comme il n’en existe qu’une fois tous les dix ans, de remédier à une inégalité flagrante et persistante en termes d’accès à la santé, et plus généralement d’établir un modèle de gouvernance, en matière d’intérêt public global, qui tire parti d’une époque mondialisée. Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser s’échapper cette chance. 

Traduit de l’anglais par Martin Morel 

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  1. CommentedDavid Joseph Deutch

    If only the Congress and the Senate had more members willing to do what is truly right for people, rather than bickering and blocking.

  2. CommentedMarianne Doczi

    I think this is a very pragmatic and achievable approach to incentivising R&D to create the necessary drugs. It also enables the benefits of open innovation to be applied, namely that experts from diverse disciplines will provide suggestions/solutions. It will also encourage more collaboration. It frees up experts from their institutional settings to set up syndicates to apply their knowledge.

  3. CommentedNatalia Ciausova

    I wonder whether the governments of developing countries are expected to contribute to the reseacrh of their countries' health needs? Or, as usual, they are expected to wait till others (so called "developed") come and solve their problems. It never worked before and it never will.
    The division into "developed" and "developing" is outdated and should be replaced with a "collective global responsibility".

  4. CommentedZsolt Hermann

    As any other aspect of the global crisis, like politics, economics, financial institutions or education, global health inequalities are also simply symptoms of the main disease: our inherent selfish, greedy nature.
    Trying to pick the problems one by one, attempting to solve them individually will only deepen the problem, as we can see for example how people try to solve the Eurozone crisis simply concentrating of finances, causing even deeper crisis with every move, because they refuse to explore the true underlying cause.
    Humanity's only chance of solving all of our interconnected crisis situations (since as an example to the health problems of the developing world we could add all the human induced health problems of the developed world resulting from our excessive, unhealthy lifestyle) is to adjust human nature and attitude, to change ourselves from 100% subjective, self calculating individuals to 100% mutually responsible, considerate global citizens.
    And while obviously we could wonder where we could take the motivation for such a fundamental change the deepening crisis, and real existential questions for the whole species can be forceful enough to at least raise questions about our present direction, and if we also take into consideration the numerous, objective, scientific publications describing our global, integral human network of the 21st century, and how we could turn our present crisis into a fruitful cooperation using our interconnections in a positive way, we have both negative and positive reasons to initiate the change.

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