Wednesday, August 20, 2014
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Une Turquie “Néo-Ottomane” ?

ANKARA – Aujourd’hui, la presse internationale est obsédée par la question de savoir qui a « perdu » la Turquie et ce que cette perte supposée signifie pour l’Europe et l’Occident. Plus alarmant, certains commentateurs ont comparé la politique régionale de la Turquie à un renouveau de l’impérialisme Ottoman. Un éditorialiste turc est allé jusqu’à impliquer le ministre des affaires étrangères Ahmet Davutoğlu qui aurait dit « nous sommes vraiment néo-ottomans. »

Ayant moi-même assisté à la présentation de Davutoğlu devant le groupe parlementaire du parti au pouvoir en Turquie, le Parti pour la Justice et le développement (AKP), je suis en mesure d’attester du fait qu’il n’a jamais prononcé ces mots. En fait, Davutoğlu ainsi que nous tous à la commission des affaires étrangères de l’AKP n’avons jamais utilisé ces termes car c’est une interprétation erronée de notre position.

La politique régionale de la Turquie est conçue pour réintégrer le pays au sein de la communauté de ses voisins diercts, les Balkans, le mer Noire, le Caucase, le Moyen Orient et les pays de l’est méditerranéen. Nous prétendons approfondir le dialogue politique, développer les échanges commerciaux et multiplier les échanges individuels avec nos voisins dans les domaines sportifs, touristiques et culturels. Lorsqu’Egon Bahr formulât son Ostpolitik dans les années 60, personne n’a demandé à Willy Brandt si l’Allemagne était perdue

Dieu a octroyé à la Turquie une position géographique qui requiert fondamentalement que nous nous engagions avec l’est et l’ouest, le nord et le sud. Ce n’est ni un choix ni un luxe ; c’est une nécessité.

Le symbole des empires Byzantin et Seldjoukide, qui occupaient plus ou moins le même territoire que la Turquie actuelle, était un aigle à deux têtes regardant autant vers l’est que vers l’ouest. Il n’est donc pas étonnant que la Turquie ait le désir de s’engager des deux côtés de son territoire et estime que sa sécurité est mieux consolidée en minimisant les risques en accord avec ses voisins.

Nous estimons donc que le débat actuel sur l’orientation de la Turquie est superflu et dans certains cas, mal intentionné. Notre politique régionale doit être soutenue et non critiquée. La Turquie est devenue un atout précieux dans la constitution des régions avoisinantes et contribue déjà à modifier le statu quo vers plus de stabilité et de prédictibilité. Nos efforts de normalisation avec l’Arménie, par exemple, devraient apporter des changements dans toute la région du sud Caucase. Nous assumons notre part du fardeau. Les Européens raisonnables le comprennent bien.

Bien sur certains de nos voisins sont difficiles. Mais aucun pays ne possède le luxe de choisir ses voisins. La politique régionale de la Turquie est très réaliste, fondé sur des intérêts authentiques, et non une nostalgie romantique néo-ottomane, ainsi que l’ont laissé entendre plus d’un commentateur international.

Oui, en effet, il semble qu’il y ait une forme de renaissance néo-ottomane dans le domaine culturel et nos citoyens sont désireux de redécouvrir la vie, la culture et les us et coutumes ottomans. Tout en se normalisant intérieurement, la Turquie réinterprète aussi son histoire nationale. Cela va de pair avec la consolidation de notre démocratie. Cependant, tenter de donner à nos initiatives de politique étrangère, pourtant conçues avec soin, des relents impérialistes n’est pas seulement une interprétation erronée, mais c’est aussi une grave injustice vis à vis de nos efforts pour stabiliser la région.

Dans la mythologie romaine, Janus est le dieu des ouvertures, des débuts et des fins. La Turquie aujourd’hui a une géographie «  Janusienne » qui propose des portes et des ouvertures vers l’est et l’ouest. Elle propose des débuts et des fins dans Caucase, autour de la mer Noire, dans les Balkans et autour de la Méditerranée.

En cela, la Turquie complète et contribue à un passage transitionnel unique entre des régions difficiles, résultant de siècles de coexistences et d’ajustements. La politique étrangère de la Turquie contribue à ce rassemblement et apporte son aide à ses voisins directs pour rétablir les liens.

Contrairement à de récentes accusations, les concepteurs de la politique étrangère de la Turquie ne cherchent pas à ressusciter l’empire Ottoaman. Nous recherchons plutôt une réinsertion historique du pays dans son voisinage immédiat ; une correction, en quelque sorte, de l’une des anomalies issue des années de Guerre Froide. Une telle réintégration ne bénéficierait qu’à l’Union Européenne, à nos autres alliés occidentaux de l’OTAN. Aucun d’eux n’a donc de raison d’exprimer un quelconque malaise vis à vis de la Turquie.

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